‹ La Politique Ecclésiastique du Second Empire de 1852 à 1869Chapitre 95 sur 150 · VI. — Le conflit de Laval (À · texte numérisé non relu

VI. — Le conflit de Laval (À

Dans plusieurs autres diocèses, la question romaine suscita de violents conflits entre le clergé et l'autorité civile. Ceux du diocèse de Laval, qui furent parmi les plus vifs, montrent bien à quelles difficultés se heurtait en pareil cas le gouvernement impérial.

L'’évêque de Laval, Wicart, autrefois très dévoué au gouvernement, lui était devenu très hostile depuis la question

(1) F1, dossier Coëtlogon, 14 mai 1861. En même temps que cette lettre personnelle, Persigny adressa à Coëtlogon une longue lettre officielle de blâme, où il faisait l'historique de la négociation. [1 chargea Coëtlogon de la lire à Dupanloup « comme de vous-même, et pour lui faire apprécier la situation exacte des choses ».

(2) BB:* 1.631, F1° 5.836, Genteau. Le clergé orléanais, modéré et peu influent, était en effet resté très calme.

(3) Voir L’Élat el le Clergé . HI fit maintenir au budget départemental une subvention de 2.800 francs pour le chapitre, une de 3.000 francs pour les sœurs de charité. Par contre la subvention de 2.000 francs pour les séminaires diocésains fut supprimée.

(4) F1° 2.597, Fte III Mayenne 9.

MAURAIN. — POLITIQUE

romaine (1). Par contre le préfet Belurgey de Grandville, naguère très favorable au clergé, s'était rallié à la politique de combat contre les légitimistes cléricaux que préconisait depuis longtemps Boudet. Le 31 décembre, Wicart se borna à déposer sa carte à la préfecture et, recevant le 1er janvier la visite du préfet, il lui déclara s'être intentionnellement abstenu d’entrer chez lui. Puis il invita à diner, pour le 22 janvier, plusieurs fonctionnaires; dont le secrétaire général de la préfecture, Ségretain (2), à l'exclusion du préfet. Segrétain fut aussitôt révoqué.

Wicart protesta vivement contre cette mesure auprès de Rouland et de Persigny. Le 29 mai, il se plaignit à Rouland d’une lettre peu courtoise par laquelle le préfet avait répondu à son invitation à la Fête-Dieu. « Je regrette assurément, répondit Rouland, la forme sèche et raide de la lettre de M. le préfet. mais tel est malheureusement et trop souvent le résultat des froissements et des irritations qui divisent les hommes lorsqu'ils se sont heurtés dans quelques circonstances de leur vie publique. » Rouland rappelait à Wicart le « procédé vif et blessant » dont il avait usé le 1er janvier vis à vis du préfet. « Que puis-je faire, si ce n’est de désirer que la concorde et la confiance remplacent des sentiments d’aigreur et d’éloignement ? Je voudrais pouvoir contribuer à faire partager ce désir, et au chef du diosèse et à l’administrateur du département » (3). Wicart dit alors qu'il oublierait « ces misères... si ma pauvre pensée n’avait si souvent à se porter vers ce beau séminaire futur qui, de loin, me regarde et me montre ses longs murs interrompus où pas un ouvrier n’est monté depuis plus de six mois » (4). En effet la subvention accordée par l’État pour la construction du grand séminaire avait été réduite de 115.000 franes en 1860 à 30.000 en IS6I pour « concilier l'intérêt politique avec l’impossibilité de suspendre l’entreprise » (5).

Dépendant ainsi du gouvernement, Wicart parut disposé à s’en rapprocher. Il s’empressa de déplacer un vicaire dont le parquet général d'Angers lui avait signalé les intrigues et les violences (6). [demanda à assister à la distribution des prix dulycée. Rouland jugea que sa présence serait utile au lycée, dans ce pays

) Voir pp. 395 et 427,-n. 2.

) Ce n’était pas l’ancien député de Laval.

) F1° 2,527, 8 juin 1861 « Orgueilleux et gourmé », a noté Rouland sur cette lettre. ) F19 2.527. Note de Hamille, 10 février 1864. ) BB'+ 1.632.

très clérical, et, devant la rivalité de l’évêque et du préfet, désigna pour présider la cérémonie le recteur de Rennes, Magin (1). Celui-ci avait préparé un discours où il rendait successivement hommage à l’évêque et à l’Église, au préfet et à l’empereur. Peu avant la cérémonie, Magin apprit que Belurgey de Grandville, en congé à Saint-Malo, d’où il devait revenir à Laval pour la distribution, n’y assisterait pas, étant, disait-il, malade. Magin, déconcerté, supprima en hâte les passages où il s’adressait directement au préfet. Restait un éloge pompeux de l’évêque (8 août). Le président du tribunal, de Gasté, beau-frère de Boudet, et le procureur impérial Crépon, qui devait peu après requérir contre Gicquel (2) étaient des adversaires résolus de Wicart. Ils s’indignèrent du discours de Magin. « L’impression a été aussi accentuée et aussi fâcheuse que possible », écrivit Crépon le soir même. Les rapports de gendarmerie exprimèrent le même sentiment. Le 10 août, Belurgey de Grandville se plaignit vivement à Persigny.

L'empereur, informé par les rapports de gendarmerie qui lui étaient directement adressés, sans passer par les ministres, fit écrire par Mocquard à Rouland de destituer Magin. Rouland était sûr du dévouement de Magin qui défendait énergiquement l'Université contre la concurrence du clergé, formidable dans l'Ouest. Il exposa à l’empereur (3) dans quelles conditions Magin avait dû mutiler son discours. Il assura que Magin, par une phrase improvisée d'hommage à l’empereur, avait su donner à son discours un caractère nettement gouvernemental (4). Il rendit responsable de l'incident « la vanité personnelle et obtuse » de Belurgey de Grandville qui, sous un prétexte, n’avait pas voulu assister à une cérémonie qu'il ne présidait pas et où l’évêque était présent, et qui avait poussé « la gendarmerie à faire des rapports qui ne sont pas l'expression du vrai » (5). Rouland manda Magin à Paris, le fit recevoir par Persigny qui se convainquit de sa bonne foi et lui conseilla d'adresser à l’empereur une lettre témoignant de son dévouement.

Boudet, par contre, intervint chaleureusement en faveur de Belurgey de Grandville, montra qu'il n’avait pu inspirer des rap-

(1) Sur cette affaire, voir F1e III Mayenne 9.

(2) Voir $ 4.

(3) 15 août 1861, Fie III Mayenne 9.

(4) Les magistrats assurèrent n’avoir pas entendu cette phrase.

(5) « Je n’avais nullement indiqué à M. Roulland (sic) la source de mes renseigne-

ments », nota Napoléon ITT.

ports de gendarmerie rédigés alors qu'il était encore à Saint-Malo, et que l’indignation causée aux fonctionnaires par le discours de Magin avait été unanime et spontanée (1). Boudet fit partager son avis à Rouher, qui venait de prendre l'intérim du ministère de l'Intérieur. Mais Napoléon [IT revenant sur sa première impression fit écrire par Mocquard une lettre flatteuse à Magin (2). Il envisagea même la révocation du préfet, bien que Rouland ne l’eût aucunement demandée,

Belurgey de Grandville resta préfet de la Mayenne Jusqu’en 1864 sans rentrer en relations avec Wicart. Les rapports de l’évêque avec les autres fonctionnaires restèrent très froids, mais, sans se rapprocher du gouvernement, il se montra très Féserve.

L'empereur paraît avoir pris plus à cœur ces incidents où sa personne était mise en cause que telle grave question de politique. Les conflits locaux nés de la question romaine tiraient de sa susceptibilité, et de l'effet qu'ils produisaient sur l’opinion publique leur principale importance. Mais en 1861, l'application de la nouvelle politique ecclésiastique arrêtée en 1860, suscita, entre l'Église et l’État des conflits d’une plus réelle gravité.

(1) Seuls, l'inspecteur d'académie et le proviseur témoignèrent en faveur de leur chef.

(2) Magin, dans une lettre du 29 août 1861 au fils de Rouland, en cite ce passage: « L'empereur a été heureux de reconnaître que le rapport dont vous avez été l’objet n'avait aucun fondement... ». Sa Majesté « accepte avec plaisir les nouvelles assurances de votre dévouement et me charge de vous faire savoir que le seul résultat pour elle d’un incident fâcheux a été de lui faire apprécier particulièrement un fonctionnaire sur lequel elle aime à compter » (Dossier Magin, F1°).

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