LETTRE DU GENERAL DE PALIKAO AU GENERAL TROCHU
Bruxelles, 6 septembre 1870 (autographe).
tt Je croyais, en partaïU. que vous me succéderiez comme
a Ministre de la guerre, et à ce titre je vous ai recommandé les « miens. . . »
Le reste de la lettre du Général a pour but, comme on sait, de me demander ses appointements, de me donner d'intéressants détails sur raccueil que la Belgique fait à nos soldats réfugiés, d'assurer le Général Trochu (devenu cette fois Président du Gouvernement) «de ses sentiments d'ancienne affection, etc. )>
C'est suffisant, je pense, mais ce n'est pas tout. J'avais été accompagné au Ministère de la guerre par deux des Députés qui étaient précédemment venus m'apporter au Louvre le Message du Gouvernement, MM. Wilson et Steenackers. Revenant avec eux en voiture à l'Hôtel-de- Ville, je leur dis l'accueil et les paroles du Ministre, et j'ajoutai : « Me voilà soulagé, Messieurs, et c'est avec une « conscience tranquille que je vais me jeter au milieu « des événements. Nous défendrons Paris; nous allons « tâcher de faire une Armée; mais jamais nous n'en « ferons une, j'y ai bien réfléchi, si je ne remplace pas
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(( M. J. Favre à la Présidence du Gouvernement. Il « faut que les officiers et les troupes voient là un drapeau (( militaire et de défense nationale qu'ils connaissent (( tous, non pas un drapeau politique. Aussi suis-je résolu, (( en vous quittant pour rentrer au Conseil, et quelque « délicate et insolite que soit une telle démarche, à dece mander à remplacer M. J. Favre dans la Présidence. »
M3I. Wilson et Steenackers approuvèrent vivement et encouragèrent ma résolution.
M. ^yilson siège dans l'Assemblée, à quelques bancs seulement, vers la gauche, de M. le Comte Daru que j'adjure d'aller réclamer de son voisin, quoiqu'il soit un peu tard, la confirmation officielle de mes déclarations.
Est-ce assez? Ai-je trop préjugé de moi en disant « que j'établirais par des preuves irréfutables que votre double proposition était :
a Une calomnie?»
Une calomnie que ne justifie à aucun degré la modération trompeuse qui l'enveloppe, comme elle enveloppe toutes les assertions de votre Rapport; une calomnie qui transforme en une comédie déshonorante pour mon caractère, une démarche loyale, militaire, hiérarchique, respectueuse des principes qui avaient été la règle de toute une longue carrière jusqu'à vous respectée !
Cette démarche n'avait alors à mes yeux d'autre mé-
rite que celui de me conduire, en subordonné déférent, devant un homme qu'une révolution avait, en une heure, précipité des sommets d'où, pendant seize jours, il venait de me traiter en ennemi. Elîe en a maintenant un autre, celui de révéler par un fait inouï le caractère, les procédés, les voies de l'Enquête, et de confondre votre entreprise. Vous avez montré votre 4 septembre, j'ai montré le mien.
Mais, répondrez-vous, on ne calomnie pas quand on a a été mal informé, quand on a été égaré par des apparences trompeuses. Je ne pouvais pas savoir, par exemple, que M. J. Favre, dans son livre, avait confondu les moments et fait, d'un drame en deux actes, un drame en un seul.
J'oppose à ce raisonnement prévu ce que j'ai opposé, dans une précédente pétition, aux raisonnements de vos collègues Rapporteurs de l'Enquête, dont j'ai combattu, au nom de la vérité et de la justice, les jugements mal informés et passionnés :
Une enquête qui dispose do l'honneur des citoyens d'un pays libre, et qui en dispose comme vous en avez disposé, est tenue desavoir. Et quand elle ne sait pas, parce qu'elle a commis l'acte coupable de ne pas interroger expressément les intéressés sur les circonstances qui touchent à leur honneur, je le répète, elle calomnie.
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Arrivé à ce point de ma réfutation, j'ai eu encore une fois la pensée de ne pas la pousser plus loin. Que puis-je y joindre en effet qui soit plus probant, pour caractériser l'Enquête ? Mais le Rapport de M. le Comte Daru, analysé par la presse trois mois avant d'être connu par les membres de l'Assemblée nationale, est à l'heure qu'il est publié (avant le jugement de l'Assemblée nationale) par le Journal officiel et par tous les journaux de Paris et des départements! J'ai vainement protesté contre ce violent déni de justice. Je continue donc mon etfort, quelque pénible qu'il soit.
Page 53 :
« M. de Roche fort fut donc associé à M. le Général Trochu dans « l'œuvre de la défense, et, par cette première condescendance a aux exigences d'une partie de la population, le Gouvernement « donna la mesure des concessions auxquelles, malheureusement, « il devait se laisser entraîner plus tard. (Rapport de M. le Comte Daru.)
C'est sans peine qu'on se rend compte des vues du Rapporteur dans cet arrangement de son tableau : M. de Roche fort fut associé à M. le Général Trochu! Non pas aux autres Membres du Gouvernement, non pas à 31. J. Favre, à M. Picard, à M. J. Simon, à M. Garnier- Pagès, etc.; non, à M. le Général Trochu! C'est saisissant. On veut être injurieux, en restant, comme toujours, parfaitement modéré.
Ah! Monsieur le Comte, on voit bien que vous n'étiez pas à cette fête! — je me suis souvent demandé pourquoi, Parisien et ancien officier d'artillerie, vous n'y étiez pas (1)? — A présent, je vous répondrai en exposant les faits, et ensuite en défendant, non pas le Général Trochu, mais M. de Rochefort, qui, je le sais, n'a pas droit à
(1) La constitution du Personnel de l'Artillerie de la Défense fut la grande difficulté des premiers mois du siège. Le dévouement de ceux des habitants de Paris qui avaient autrefois servi dans celte arme spéciale, pourvut à l'insuffisance numérique des Canonniers de la Marine et de l'Armée. Outre l'Artillerie des Mobiles parisiens qui formèrent quelques bonnes batteries, et l'Artillerie de la Garde nationale qui perdit du monde, sous le bombardement, au fort de Rosny, il y eut des compagnies d'Artillerie de volontaires qui rendirent de grands services. Plusieurs, notamment celles que forma et conduisit au feu le Chef d'escadron d'Artillerie Polhier, l'une des plus habiles spécialités et l'un des plus énergiques off.ciers du siège, eurent un rôle important dans la défense.
La totalité de l'Artillerie était sous les ordres du Général Guiod, contemporain et camarade d'Artillerie de M. le Comte Daru. Il était sorti du cadre de réserve pour exercer ce commandement en chef plus que difficile, auquel, en raison des manquements de la situation, aboutissaient toutes les réclamations et toutes les exigences. L'impopularité et l'injure furent la récompense de son dévouement, selon la loi d'une crise où, comme on voit, mieux valait disparaître que paraître.
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votre justice ; mais il a droit à la mienne, et il l'am'a dans la mesure qui lui est due.
Voici à ce sujet une déposition pleine de faits authentiques, indéniables, publics, que vous vous gardez de produire par la raison que vous ne pouvez pas les contester. C'est ma déposition devant l'Enquête i l^'" vol. des dépositions de l'Enquête, p. 279) :
«... Quand je revins à l'Hôtel-de-Ville, je trouvai M. de Roa chefort annexé au Gouvernement. II y avait !à quelque chose « de contraire à la bonne foi. Je trouvais modifiée la liste qu'on « m'avait fait connaître d'abord. Je le dis à l'un des membres a du Gouvernement, qui me répondit:
« — Si vous attendez encore quelques heures, vous verrez de ot quel intérêt il est que cet homme soit parmi nous.
tt J'ai dû, en effet, le reconnaître. La place de l'Hôtel-de-Ville tt (qui était sans garde, bien entendu), les escaliers, les salons « étaient remplis de bandes obéissant encore en ce moment-là à
la démagogie. Ces gens délibéraient à côté de nous, avec cette a différence de situation que nous étions dans un bouge et qu'ils « étaient dans les salons.
« Si le Gouvernement de la défense a pu vivre cette nuit-là, « a pu vivre le lendemain et le surlendemain, —j'insiste sur ces « trois jours, parce que trois jours ont été nécessaires pour a donner une apparence de cohésion aux troupes dispersées et « désorganisées qui étaient dans Paris, — c'est parce que la 0 démagogie, qui aurait eu le temps de se réunir, de s'armer, et « qui n'aurait trouvé en nous aucune résistance possible, s'est « divisée autour du nom de M, de Rochefort. Les uns disaient :
<t — Nous ne devons pas renverser ce Gouvernement, puisque ft l'un des nôtres y est.
Stî LA POLITIQUE ET LE S II- G E DE PARIS
« Les autres répondaient :
« — C'est un leurre, puisque vous voyez là Trochu, Favre et « les autres, qui sont nos ennemis.
« Je crois môme que des coups ont été échangés entre eux « autour de l'Hôtel-de- Ville. Un tumulte qi.enous avons entendu a a été expliqué ainsi. »
Entre ce récit fidèle d'une situation dont tout le monde aperçoit l'immense péril pour le Pays, fait par l'un des acteurs, confirmé par mille témoins, et la philosophie dogmatique d'un Rapporteur qui décrit cette situation dans son fauteuil, on peut choisir. On comprend, dans tous les cas, son tranquille dédain : Le Général se laissa persuader... Oui, Monsieur le Rapporteur, au moment où vous vous laissiez persuader vous-même qu'étant acquise la faiblesse des Gouvernants, il fallait que les gouvernés eussent la fermeté de s'en aller dans leurs terres, à cent cinquante lieues de ces événements, sur lesquels ils pourraient revenir faire enquête et écrire de gros livres.
Non, ce n'est pas le Gouvernement qui fît, ce jour- là, de malheureuses concessions à la démagogie. Cest la démagogie qui lui fit P heureuse concession de le laisser s'installer aux lieu et place de laCominune.Yo'ûk la vérité historique^ indéniable.
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M. dé Rochefort siégea dans le Gouvernement jusqu'à la crise du 31 octobre. Pendant toute cette période, il fut animé d'un sincère patriotisme, simple, point bruyant, appuyant les mesures d'ordre, l'autorité; enfin sage et conservateur à ce point qu'aucun des Rapporteurs, pas même M. le Comte Daru, n'a pu formuler une accusation contre lui ! Est-ce assez dire ? Bien plus, au sujet des mesures de rigueur qu'il réclama contre les insurgés du 31 octobre, il a obtenu de l'Enquête une sorte d'éloge. On voit que la fortune des deux associés a été très -différente devant le Rapporteur. Il introduit avec fracas 31. de Rochefort dans le Gouvernement, l'associe au Général Trochu et l'oublie, ou à peu près, dans l'immense volume consacré (pour une part principale) au Général, dans les conditions qu'on sait, conditions que définit 31. le Comte Daru (page i6i) en disant (( qu'il ne s'agit que des principes et que les personnes ne sont pas en cause »!
Cette justice, que je rends à 31. de Rochefort, il m'a demandé un jour de la lui rendre publiquement devant un tribunal (1). C'était son droit; mais ce droit me créait un pénible devoir, celui de ne pas permettre que mon attestation — je la lui ai donnée — servît à couvrir des actes, l'un se rapportant à la période du siège, mais découver après coup, et compromettant, à mon avis, pour son ca-
(l) La lellre par laquelle je répondis alors à celle de M. de Rocheforl a f»bUé« p*f tous les journaux du lenips.
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ractère, les autres postérieurs au siège, se rapportant au temps de la Commune et irrémissiblement coupables.
Voilà la vérité sur l'entrée de M. de Rochefort dans le Gouvernement de la défense et sur M. de Rochefort luimême. Elle diffère de la vérité de M. le Rapporteur^ en ce qu'elle est nette, complète, sans ambages, sans sousentente ni réticence. Elle dit ce qu'elle veut dire et ce qui est.
Je ne m'arrêterai pas longtemps à la série des actes de faiblesse que vous reprochez au Gouvernement à l'égard des foules, à partir du lendemain de son installation et surtout dans les premiers jours de cette installation. Vous ne jugez aue les faits, vous refusant à tenir compte des circonstances des faits, et c'est là le caractère invariablement injuste de TEnquête. Vous ne voulez pas voir que, dans les premiers jours, ce Gouvernement ne disposait di''aucun moyen de Gouvernement^ pas même d'un soldat; que, plus tard, tous les moyens de Gouvernement qu'il eut, créés par lui-même ])endant la confusion, le désordre; les misères morales et matérielles d'un siège sans
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exemple (qui ne tient aucune place dans vos jugements), furent absolument insuffisants et fonctionnèrent peu ou ne fonctionnèrent pas. Vous-même consacrez des chapitres entiers à la description minutieuse de faits qui montrent la violence de cette tourmente sociale, si explicable, si inévitable en même temps, à laquelle aucun Gouvernement né d'un tel désastre et au centre du désastre n'eût pu échapper. Elle est, de parti pris, dans votre pensée, la condamnation du Gouvernement que vous incriminez. Elle sera son excuse dans la pensée des hommes qui, s'élevant au-dessus des passions politiques, — auxquelles, si elles ne s'apaisent pas, nous allons devoir l'achèvement de la ruine de notre pays, — étudieront les faits pour la vérité et pour la justice.
— Les détenus sont remis en liberté par la force pubhque unie aux perturbateurs, quelquefois par la force publique chargée de leur garde ! Cest la faute du Gouvernement.
— On n'a pps sévi quand il le fallait. On n'a pas fait assez d'arrestations ! — Vous constatez vous-même que, dans toutes les circonstances (que vous énumérez successivement) où il a été possible d'en faire, de scandaleux et désastreux acquittements, même pour des crimes qui étaient de véritables forfaits, en ont été la conséquence. Cest la faute du Gouvernement.
Vous ne vous êtes pas rappelé, Monsieur le Rapporteur,
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OU VOUS n'avez pas voulu admettre la longue déposition que j'ai faite à ce sujet devant l'Enquête. Pourtant elle était vraie, sincère, probante pour tous ceux qui ont étudié l'état et les évolutions de Tâme humaine dans les grands périls. J'ai montré dans cette déposition que pas une des cours martiales elles-mêmes, instituées pour la répression du banditisme pendant le siège, ri avait prononcé une condamnation! Aucune cependant, en campagne à la suite d'une armée, n'aurait failli à son devoir, mais à Paris! Qui savait convacnt la tourmente finirait? Tel était le fantôme qui obsédait les esprits. C'est sous la même impression, que le nombre, infiniment restreint au commencement du siège, des personnes qui voulaient se confier aux ballons, devint plus tard si considérable que je ne savais plus à qui entendre. Les instances pour les missions en Province affluaient. On s'en étonnait autour de moi. '( C'est, disais-je, qu'à l'heure qu'il est^ ce dangerlà parait moindre que ce danger-ci. »
J'avais dit devant l'Enquête, pour compléter ma démonstration :
a Voici un fait énorme, qui prouve mieux notre situation à « Paris, que tous les raisonnements. Après l'attentat du 31 oc- « tobre, quatorze arrestations de coupables qui étaient certai- « nement les principaux, sont faites. 11 ne nous reste plus qu'à a les livrer aux conseils de guerre et, comme je l'entends dire « avec tant d'aisance, à les faire fusiller.
« Nous ne les avons pas livrés tout de suite aux conseils de
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« guerre, parce que nous avions rexpérience que les conseils, « manquant de confiance dans la situation, n'agissaient pas et ne « nous donnaient pas la sanction dont nous avions besoin. Nous a avons attendu le retour d'un certain équilibre dans les affaires, a Nous les avons livrés aux conseils seulement au commence- « ment des préliminaires de paix, au moment où l'Assemblée a nationale se réunissait à Bordeaux et où un Gouvernement rea gulier se formait. Il semble que nous étions déjà dans une « situation meilleure et que le Gouvernement ayant plus d'auto- « rite, la justice militaire serait plus ferme. Eh bien, nos conseils de « guerre (ceux du siège), composés d'officiers de tout grade cera tainement très-sûrs, les ont acquittés (1). La nouvelle nous en « est venue pendant que nous étions à Bordeaux. ^ Quelques mejibres. C'est vrai I »
(ler vol. de l'Enquête, page 289.)
Vous semblez disposé à contester que le Gouvernement de Paris, pendant le siège, fût impuissant à réprimer les violences de la presse. Est-ce donc si facile, même dans la paix, sous les Gouvernements réguliers ? Trouvez-vous que ceux qui se sont succédé en France depuis la fm de ces redoutables événements, aient fait faire jusqu'à présent à la situation, sous ce rapport, de grands progrès, bien qu'ils aient, eux aussi, disposé jusqu'à ce jour de l'état de siège et, par surcroît, de toutes les armes qu'un Gouvernement légal a entre les mains ?
« On ne fermait pas les clubs où se tenaient des propos incentt diaires, où se tramaient d'incessantes conspirations contre « l'ordre. » (.Rapport de M. le Comte Daru.)
(1) C'est de là que vinrent à l'Assemblée, comme députés, Delescluze et F. Pyat.
Si on supprimait, je le dis encore une fois, les 100,000 hommes d'excellentes troupes et la nombreuse et vigoureuse police qui gardent Paris, pour les remplacer par la Garde nationale, par des troupes improvisées dans Paris
même, sans police ou à peu près
croyez-vous, « de bonne foi », que sous tous les Gouvernements, il ne se formerait pas de clubs, et que, formés, le Gouvernement pourrait sans peine les interdire et les faire mettre sous le scellé? Interdits ici^, ils se reformeraient là.
Dois-je revenir sur les preuves irrécusables que j'ai accumulées dans une précédente pétition, pour montrer, qu'étant donnée la situation, le Gouvernement était dans l'impossibilité morale de ne pas distribuer toutes les armes qu'il avait ou qu'on trouvait; que quand il refusait ou retardait ces distributions par mesure d'ordre, les armes étaient invariablement enlevées (comme le furent les 25,000 fusib de Vincennes) sans que les troupes chargées de leur garde y missent opposition; qu'étant donnée la complète désorganisation de la hiérarchie administrative locale, le Gouvernement était clans rimpossiOilité matérielle de soustraire ces distributions à la confusion et au désordre ?
Je sais que, sur ces différentes questions et sur d'autres, l'Enquête a entendu des personnes qui les ont traitées ex professa et dont, généralement, le Rapport a inséré tex-
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tuellement les dépositions en tout ou en partie. Matières administratives, politiques, militaires, rien ne leur a échappé. Je lis les noms de ces informateurs de l'Enquête ; de près ou de loin, je les ai vus à l'œuvre pendant le siège dont ils ont retiré ou des décorations ou des situations ou la notoriété. L'Enquête a été pour eux l'occasion de montrer leur compétence, d'affirmer leur rôle. Mais cette conipétence, je la nie, et ce rôle, je ne l'accepte que sous bénéfice d'inventaire. Eniendus à huis clos, n'ayant devant eux aucun contradicteur, ils ont dit ce quils ont voulu, et l'Enquête, je puis l'en assurer, sans entrer à ce sujet dans des preuves nominales qui seraient fâcheuses, devait être et a été plus d'une fois la victime des grandes ou des petites passions de ces narrateurs irresponsables dont beaucoup étaient les « importants )) du siège.
Au fond, les choses se présentent ainsi : TEnquête trouve que la Délégation de Tours a fait trop de dictature en province, que le Gouvernement de Paris n'en a pas fait assez à Paris.
J'affirme que, sous ce dernier rapport, elle envisage la situation d'un point de vue théorique (justement applicable à toute autre Place de guerre que Paris) qui ne supporterait pas la discussion des faits. Elle méconnaît les