‹ La Politique et le siège de ParisChapitre 7 sur 13 · Mais M . le Général Tro · texte numérisé non relu

Mais M . le Général Tro

« chu exerçait en pareille matt tière (les négociations avec « l'ennemi en vue de la reddi- « tion), sur les résolutions du « Conseil, une souveraine in- « fluence. Il demeura inébran- « lable. Sans se faire la moindre a illusion sur ses chances de « succès , Général Gouverneur « d'une Place assiégée, il se croyait a obligé d'attendre, pour rendre a cette Place, le jour où seraient « épuisés tous les moyens de « résistance. »

« // subordonna ses devoirs

PÉTITION A l'assemblée NATIONALE

Justice de l'Armée.

« qu'au dernierde leurs enfants, « a^n d'avoir le droit de dire^ « comme autrefois \in de nos « Rois en semblable infortune- « Tout est perdu fors l'hon- (c neur. »

(Acte d'accusation) (i).

Justice de l'Enquête.

« politiques à ses devoirs mili-

« laires. »

(Rapport de M. le Comte Daru.^

Elle accuse le Commandant en chef à Metz :

4... De n'avoir tenu aucun compte des ardeurs patriotiques de la population de Metz; d'avoir constamment agi, même par des influences exercées sur la presse locale, pour affaiblir l'esprit public et le rendre favorable à ses desseins.

(Acte d'accusation.)

(1) Qui reproduit presque textuellement cherché à faire comprendre l'effort du siège

Elle reproche au Commandant en chef à Paris :

A... De s'être laissé constamment dominer, dans le sens de la continuation indéfinie d'une lutte sans espoir, par l'opinion, c'est-à-dire, au jugement de plusieurs, par une minorité bruyante plutôt que par la majorité de la population.

Vers la fin du siège, le Conseil, dit M. le Comte Daru, décida, conformément à l'opinion émise par le Général Trochu.

que a l'honneur militaire , — a l opinion de Paris, — le d^ii voir de la défense exigeaient « un nouvel effort , auquel sérail a associée la Garde nationale! »

(Rapport d'enquête.)

les principes par lesquels j'ai toujours de Paris.

Faut-il pousser plus loin ces rapprochements et en faire ressortir, dans une discussion qui serait déplacée sous ma plume et à laquelle j'espère que les amis de la vérité et de la justice se livreront d'eux-mêmes, les affligeants contrastes ? Il y a donc aujourd'hui en France, comme je l'ai annoncé précédemment, deux vérités et deux justices ! Que dis-je ? Il y en a autant que de partis politiques, et cette justice-là n'est pas celle de Dieu. Elle n'est pas non plus celle du Pays. Elle est la justice des passions et des intérêts.

Oh! je sais à l'avance l'argument que m'opposera M. le Comte Daru : « A Metz, le Maréchal Bazaine n'était que « le Chef d'une Armée. A Paris, vous étiez le Chef d'un (c Gouvernement en même temps que le Chef d'une « Armée, et vous étiez lié par des devoirs politiques. »

Mais c'est là, Monsieur le Comte, une théorie absolument chimérique. Dans une pi^mière pétition, répondant à votre collègue M. de Rainneville, qui a fait un Rapport sur les actes diplomatiques du Gouvernement de la défense nationale, j'ai fait justice de cette prétendue diplomatie. J'ai montré que :

a Quand une nation a provoqué, de parti pris et avec éclat, a une guerre dont les autres nations ont cherché à la détourner; « quand, à trois semaines de là, une immense et irréparable déa faite remplace pour elle le triomphe annoncé, et qu'un Gou- « vernement fatalement inconsistant et impuissant, quel quil

PETITION A l'assemblée NATIONALE ^l

« soiiy recueille un tel héritage, // ne lui reste pas plus de diplo- « made qnil ne lui reste d'armée ; »

j'ajoute aujourd'hui pour vous : pas plus qu'il ne lui reste de politique. Quand huit cent mille ennemis victorieux ont envahi le territoire et entouré la Capitale privée d'Armée de secours; quand tous les ressorts de Gouvernement sont rompus ; quand la plupart des sources de la fortune publique sont taries ; quand l'entente et le concert pour l'action commune sont devenus impossibles; quand tout le monde parle à la fois et voudrait commander; quand très-peu obéissent; quand les esprits sont affolés; quand

les cœurs sont brisés

votre diplomatie et votre politique sont de vaines traditions, de vaines apparences qui s'effacent absolument devant des sentiments, des devoirs, des actes que le Rapport du Conseil de ^aierre de Versailles a définis comme moi : « combattre sans espoir pour l'honneur. »

C'est pénétré de ces sentiments, pour remplir ces devoirs, pour accomplir ces actes, non pour faii-e de la diplomatie et de la politique, que j'ai pris la Présidence du Gouvernement au lendemain de Sedan. Je Tai prise, pour assurer à ce Gouvernement le concours de FArméeetpour empêcher expressément, ce qui est le vœu de votre Enquête, qu'un moment vînt, dans cette lutte pour l'honneur, oh le devoir militaire fût subordonné à ce que votre Rap-

port appelle, en parlant des négociations avecrennemi, le devoir politique.

Nous avons, vous et moi, envisagé ces redoutables événements, j'ai le droit de vous le dire, d'un point de vue très-différent : vous, d'une retraite sûre, à Tabri de rinvasion, de l'émeute, de toute responsabilité ; moi, de Paris, au centre des efforts de l'invasion et des efforts de l'émeute, portant devant tous et devant chacun le poids de responsabilités prévues et imprévues. Je me persuade, Monsieur le Comte, que si vous aviez été ici au lieu d'être là, vous auriez jugé autrement.

Le Rapport de M. le Comte Daru est un livre de 500 pages. J'y répondrai sommairement,' me bornant à relever les points de sa discussion qui blessent trop violemment la vérité et la justice, pour qu'il me soit honorablement possible de les laisser passer. Le temps qui me presse et d'autres moyens me manquent pour opposer dans ce débat, comme il le faudrait peut-être, volume à volume.

PÉTITION A l'aSSE3IBLÉE NATIONALE ^3

Mais auparavant, je constaterai un fait^ et je proposerai au Rapporteur une question préjudicielle.

Le fait, que je qualifie d'énorme, auquel je devrais être accoutumé, puisque chacune despages de ma précédente pétition le dénonce à l'Assemblée nationale, auquel cependant je ne puis pas m'accoutumer, est celui - ci : U Enquête ^ du commencement à la fin des événements qu'elle juge et dont elle entend écrire l'histoire, « me met « en scène, me fait penser, parler, agir, suppose et discute (( mes intentions, évoque mes respjonsabilités, traite et quel- « quefois résout les questions les plus délicates, jusqu'à « celles qui intéressent mon caractère, la dignité de ma « fonction et la dignité de ma vie, sans m' avoir appelé « à entendre les récits trop ■ijuvent intéressés qui lui « ont été faits, à répondre aux insinuations ou accusa- « lions, à donner des explicatious, à dire enfin un seul « mot à ce sujet » (4 septembre et jours suivants, 31 octobre et jom^s suivants, enfin les principaux événements du siège de Paris).

N'est-ce pas là, ainsi que je m'en suis exprimé dans ma réponse aux Rapports antérieurs de l'Enquête, « la justice comme en Turquie ? »

La question préjudicielie, qui ne surprendra aucun de ceux des lecteurs du Rapport qui aiment la franchise des déclarations et la netteté des situations, est celle-ci : L'objet du Rapport est de juger et de condamner les hommes qui, après Sedan, après la ruine de TEmpire et la ruine de tout, ont assumé les responsabilités du Gouvernement. Mais était-il possible de les juger, surtout de les condamner, sans avoir, au préalable, clairement établi et fermement déclaré leur participation ou leur non-participation àTenvahissement du Corps législatif par la foule, événement qui fut, le 4 septembre, la consécration violente de la vacance du pouvoir, c'est-à-dire de la déchéance de fait précédant la déchéance légale proclamée depuis à Bordeaux?

Dans le premier cas, en effet, ce sont de grands coupables, et les périls qu'ils ont courus, les sévices qu'ils ont subis et subissent encore, sont leur expiation.

Dans le second cas, ce sont des hommes confiants dan le I*ays, peut-être courageux, qui ont assumé un pouvoi impossible et sans espérance, entre l'ennemi et l'anar-' chie, sans armées, sans matériel de guerre, sans police sans rien de ce qui fait qu'un Gouvernement vit.

M. le Comte Daru ne résout pas la question. Il la tourne, et se borne à dire que :

« Parmi les memhrea du Corps législatif que l'insurrection triom-

PÉTITION A l'assemblée NATIONALE 2o

pliante conduisit à rHôtel-de-Ville, il rien est pas un seul qui n'ait désavoué toute participation à ï envahissnnent de l'Assemblée. »

L'Enquête n'a pas, paraît-il, d'opinion à exprimer à ce sujet. Elle ne peut ^ dit-elle, affirmer des faits dont elle n'a pas la preuve; elle reste dans l'ambiguïté, et finalement elle fait aux Députés qui furent Membres du Gouvernement de la défense, du commencement à la fin du Rapport, une situation qui me paraît intolérable et contre laquelle, à leur place, je ne me lasserais pas de protester. Je ne connaissais aucun d'eux au moment où je déférai à leur vœu de me voir entrer dans le Gouvernement de la défense nationale. Jamais je n'y aurais consenti, si j'avais eu un doute sur la question dont il s'agit. Et ce qui a toujours fait ma sécurité, c'est que leurs déclarations à ce sujet ont été hautement confirmées par le Journal officiel qui montre que, le i septembre, aucun Député ne fit plus ouvertement et plus fermement son devoir devant la foule envahissante, que M. Gambetta dont le Président Schneider loua le pratriotique effort. M. J. Favre fit comme M. Gambetta. Es,t-il logiquement, moralement possible de concilier leur attitude, pendant la crise, avec la pensée d'une connivence criminelle dans la préparation et l'exécution ? Et parmi tous les meneurs, il ne s'en serait pas trouvé un seul qui eût mis l'Enquête sur la trace de cette connivence?

Le Rapport s'abstient. Il ne dit pas oui, il ne dit pas

non; mais en fait^ il discute comme s'il pensait oui, et il arrive, après une alternation de quelques bonnes notes et de beaucoup de mauvaises, données avec d'habiles précautions de langage aux Membres du Gouvernement de la défense, à les accabler. £n voici un exemple qui les concerne tous et leur Président spécialement :

M. le Comte Daru cite textuellement le passage ci-après d'un livre de 31. J. Favre, où la résolution que je pris le i septembre et les services que je me suis efforcé de rendre au Pays, sont jugés en des termes que je ne reproduis ici que parce que je ne puis faire autrement, puisqu'ils sont la base même de ma discussion :

« En se rendant à l'Hôtel-de-Ville pour prendre en main le « Gouvernement, M. le Général Trochu a fait acte de grand a citoyen. Il n'avait pas contribué au renversement de l'Assema blée ; mais quand tous les pouvoirs ont été à terre, que serait « devenue la France, s'il s'était effacé et condamné à l'inaction? a En se mettant courageusement à la tête de l'Armée et de la po- « pulation, il a sauvé la situation et rendu à son Pays un signalé « service. Ce service était exempt de toute ambition personnelle, « et il lui vaudra un jour la reconnaissance publique. Tôt ou tt tard, justice lui sera rendue. »

Le Rapporteur fait suivre cet exposé des réflexions suivantes :

« Nous avons le regret de ne pouvoir accepter sans faire des « réserves une pareille appréciation qui, si elle était fondée, a pourrait être appliquée à tous les membres du Gouvernement.

PÉTITION A l'assemblée NATIONALE 2/

« Nous ne contestons pas que le 4 septembre, à trois heures de « l'après-midi, les pouvoirs publics ne fussent renversés, que la « place ne fût vide et n'appartînt au premier occupant. Nous ne « contestons pas davantage que ceux qui Tont prise et occupée tt n'aient pu être animés de sentiments désintéressés. Mais il faut a bien reconnaître qu'en la prenant, ils s'associaient à un acte « qui avait eu pour but et qui devait avoir pour résultat la disper- « sion d'une Assemblée légalement constituée et l'anéantissement de « tous les pouvoirs existants; qu'ils apportaient «à laccomplisse- '.( ment » de cet acte l'autorité de leur nom, l'appui de leur influence « et la force de leur situation ; ils ne reculaient donc pas devant « une solidarité manifeste avec des hommes qui venaient de faire a une révolution , »

Quoi ! Ce raisonnement a de la justesse! et ces conclusions ont de la justice ! Tout est détruit à trois heures de l'après-midi ; la France envahie est sans Gouvernement ; la place est vide, et les hommes qui forment un nouveau Gouvernement, plusieurs heures plus tard, prêtent l'autorité de leur nom à Vaccomplissernent de l'acte qui a renversé les pouvoirs existants !

Ce serait contraire au possible et contraire à la raison, si dans cette étrange argumentation vous ne faisiez entrer mentalement, et sans récrire, selon votre système, la pensée que ces mêmes hommes étaient en réalité complices de l'acte !

Mais ce n'est pas tout, vous dites encore :

« Que, par conséquent, ils ne reculaient pas devant une solidarité « manifeste avec les hommes qui venaient de faire (antérieurement

« à cet effort de constitution d'un Gouvernement) une révulu- 0 tion ! »

Je réponds à celte injuste, mais surtout injurieuse imputation, qui, tout en s'adressant aux Membres du Gouvernement de la défense, s'adresse tout particulièrement à moi (selon le système du Rapport), puisque c'est exclusivement à mon sujet qu'elle se produit, par un argument ad hominem qui sera net :

La Représentation nationale a été naguère l'objet d'un attentat autrement criminel et autrement démoralisateur que l'envahissement du 4 septembre. Il fut commis par le Gouvernement légal qui lança, par trahison, sur l'Assemblée, les troupes qui avaient le mandat de la protéger. Elles pénétrèrent les armes à la main dans le sanctuaire de la loi. Vous y aviez un siège, avec les honneurs de la Vice-Présidence, Monsieur le Rapporteur, et vous vîtes de vos yeux les soldats chasser les uns, arrêter et conduire en prison les autres. Plusieurs, parmi les plus illustres, souffrirent pendant des années l'exil.

Je ne sais dans quelle catégorie de violentés vous fûtes classé ce jour-là. Ce que je sais bien, c'est que vous avez été, depuis, l'un des Ministres du régime impérial qui avait violé , en votre personne elle-même , le mandat dont vous étiez revêtu. Vous avez été Ministre, parce que l'espoir de servir utilement le Pays l'emportait légitimement dans votre esprit sur d'autres considérations et sur

PÉTITION A l'assemblée .NATIONALE 29

de pénibles souvenirs. J'ai toujours eu, plus juste que vous, cette conviction, et je trouverais détestable qu'on dît devons « que vous n'avez pas reculé devant une soli- « clarité manifeste avec les hommes de Fattentat du 2 dô- (( cemhre. »

Votre avènement vint^il est vrai, des années, et le notre quelques heures seulement après la crise. Mais pour vous, ce fut dans un temps de paix. Vous n'aviez ni le devoir pressant, ni le péril public ; vous aviez le temps et la liberté d'esprit. Nous, nous avions l'ennemi devant, l'anarchie derrière, et j'étais personnellement entouré de gens, d'honnêtes gens, qui me conjuraient d'ai^ir. Ce furent des heures d'angoisse qui peuvent compter, je vous en réponds, pour des années !

Une dernière question. Monsieur le Rapporteur, qui domine de bien haut tout ce débat et qui semble avoir complètement échappé à l'Enquête :

Vous montrez dans votre Rapport Paris en proie, avant ces événements, aux plus dangereuses agitations révolutionnaires. Vous rappelez celles de l'enterrement de Victor Noir, l'attaque audacieuse de la caserne de la Villette. Puis, la nouvelle du désastre de Sedan venue, vous montrez à l'œuvre autour du Corps législatif envahi, et dans la salle des séances. Régère, Pevrouton, Malon,

Kazoua, Jaclard, Briosne, Lefrançois, etc., etc., entin tout l'État-major connu de la révolution. Vous rapportez ces paroles du général Le Flô témoignant à l'Enquête : (( J'ai été témoin de V invasion de la Chambre par cette (( bande de scélérats que nous avons retrouvés dans la « Commune... »

Voilà la situation de Paris nettement définie par vous, avant et pendant le 4 septembre ! Que pensez-vous qui s'y fût passé le soir de ce fameux jour, que pensez-vous que fussent devenus Paris livré à la Commune et la France livrée à l'ennemi, si, avec une décision et une énergie que toutes les passions politiques du monde ne parviendront pas à rabaisser, « les hommes du 4 septembre » n'avaient pas pris le pouvoir, l'usurpant, non pas sur l'Empire disparu, mais sur l'anarchie seule présente?

J'attends votre réponse.

A défaut, je trouverais cette réponse dans le Journal officiel, dont l'extrait ci-après peut se passer de tout commentaire :

l'ÉTITIOX A l'àSSEMDLÉE >AT10XALE 31

Bordeaux-. — Assemblée nationale, séance du 6 mars 1871.

(Journal officiel.)

i^e proposition, lue à la tribimo par M. DcIpscIuzp.

a Sont décrétés d'accusation, du chef de haute trahison, les « membres du Gouvernement dit de la défense nationale, accla- « mes le 4 septembre.

« Une commission de quinze membres déhvrera les mandats a de dépôt contre les accusés, etc.

« Signé : Delescluze,

COURNET, R VZOUA . »

M. Delescluze exposa brièvement à l'Assemblée que ce Gouvernement avait trahi la République, violenté et emprisonné les citoyens, etc.

2« proposition, lue à la tribune par M. Millière.

a Sont décrétés d'accusation les membres du Gouvernement « de la défense nationale.

« Une commission de quinze membres fera l'instruction du « procès, etc.

« Signé : Millière. »

3° proposition, lue à la tribune par M. Louis Blanc.

0 Les membres de l'ex-Gouvernemeiit de la défense nationale « rendront compte, le jour que fixera l'Assemblée, de la manière a dont ils ont exercé le pouvoir pendant le siège.

a Signé : Victor Hugo, Greppo, Floquet,

Peyrat, Tolain, Joigneaux,

QUI.NET, SCHQELCHER, BrISSON,

Louis Blanc, Jean Brunet, Lockrov, Martin Bernard, Farcv, Gambon.

Journal officiel de la Commune, 21 mars 1871.

Page 1