PROCLAMATION BLANQUI
<:( Le 4 septembre, un groupe d'individus qui, sous l'Empire, a s'étaient créé une popularité facile, s'éiait emparé du Pouvoir tt à la faveur de l'indignation générale. Ils s'étaient substitués au « Gouvernement pourri qui venait de tomber à Sedan. Ces « hommes étaient pour la plupart des bourreaux de la Répu- « bliquede 18i8. Ceux qui, sous tous les Gouvernements, avaient- « souffert pour leurs croyances, virent avec douleur cette usur- € pation des droits de la Nation, etc. »
Je m'arrête. Voilà, jusqu'à l'évidence, les Gourvernants que Paris aurait eus le 4 septembre, si d'autres
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n'étaient pas intervenus. Voilà les hommes avec lesquels l'Enquête estime que le Gouvernement du -4 septembre, en occupant le pouvoir, « est entré en solidarité. »
Ces probantes citations, que je pourrais multiplier à rinfini, montrent que c'est Y Enquête qui, en tant que jugement sur le 4 septembre, est en solidarité avec eux!
EXTRAIT DU RAPPORT DE M. LE COMTE DARU ([JagC 81)
« Peut-être le silence sur un passé si près de nous eûl-
ft il été le parti le plus sage. Vous paraissiez le croire^ car vous « aviez ajourné l'examen de la proposition d'enquête faite par « quelques-uns de nos collègues. Vous vous étiez demandé s'il « était bien utile de traduire devant l'opinion tel soldat, brave, « mais qui s'était trouvé comme ministre au-dessous de sa tâche ; « tel autre qui, d'abord porté aux nues, était tombé dans l'im- « popularité pour n'avoir pas réussi dans une œuvre aussi diiii- « cile que celle de la défense de Paris. Vous vous étiez demandé « s'il était bien utile de faire ressortir les erreurs commises par rt des hommes qui, avocats, ingénieurs, journalistes, étrangers « à la politique ou à la guerre, avaient eu à remplir des fonctions « difficiles en tout temps, plus difficiles encore dans des cir- « constances où la moindre faute pouvait amener les plus grands « désastres et les plus effroyables catastrophes. Quand on aura « prouvé les fautes commises, ce qui est toujours facile, quand
8 on aura distribué les accusations et les reproches, quel profit, a quel bien moral en résultera- t-ii pour le Pays? Quelles con- « clusions pourra-t-on lui présenter? L'Assemblée hésitait avec X raison à s'engager dans cette voie. Elle hésitait à placer à son (( ordre du jour la proposition d'enquêts qui lui était soumise, o Elle aimait mieux porter ses regards en avant qu'en arrière, « sur l'avenir que sur le passé. Mais elle na pu repousser la dea mande que le Président du Gouvernement du i septembre est venu a lui adresser du haut de la tribune, dans le discours qu'il a proi nonce le 30 mai 1871. Elle s est résolue, sur cette demande, à « ordonner l'Enquête, et elle nous a fait l honneur de nous charger a d'y procéder. »
Comment! l'Assemblée a eu cette sagesse, cette prudence, cette clairvoyance! elle a fait tous ces raisonne-j ments vrais, judicieux, solides; elle a vu les inconvénients très-divers (vous auriez pu dire les graves embarras et les périls) de la voie où elle allait s'engager.. Mais pour me complaire, elle y est entrée ! ! !
Et voilà la vérité sur les origines de l'Enquête?
De cette vérité, de cette ingénieuse justification d'une procédure dont rien ne justifiera jamais la passion, la forme, les moyens d'information et les résultats, je ne laisserai rien debout.
J'affirme d'abord, avec mes souvenirs très-présents, et avec le Journal officiel, que jamais TAssemblée nationale,
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jugeant que le silence sur un passé si près d'elle était le parti le plus sage, n'a ajourné par une discussion et par un vote la ou les propositions faites par quelques Députés. Ces quelques Députés, que M. le Bapporteur se garde bien de nommer, étaient, comme je l'ai dit, MM. Belescluze^ Cournet et Razoua (de l'extrême gauche) qui demandaient la mise en accusation et l'arrestation des membres du Gouvernement de la défense nationale, et M. Millière (du même côté de TAssemblée) qui demandait seulement leur mise en accusation. Dans les deux cas, il s'agissait d'un jugement, non d'une enquête, et l'Assemblée n'a pas eu à ajourner, par esprit de sagesse, la discussion de ces propositions qui datent de Bordeaux, 6 mars, A quelques jours de là, en effet, leurs signataires étaient les chefs de Finsurrection et de la Commune de Paris, presque tous y périssaient, et quand vint, au mois de mai suivant, la discussion sur le Gouvernement de la défense nationale, ces propositions, avec leurs auteurs, avaient disparu.
Restait la proposition de même date, 6 mars, de MM. Victor Hugo, Peyrat, Quinet, Louis Blanc, Martin Bernard, Greppo, Tolain, Schœlcher, JeanBrunet, Farcy, Floquet, Joigneaux, Brisson, Lockroy, Gambon (tous de l'extrême gauche), ainsi conçue :
a Les membres de l'ex-Gouvernement de la défense nationale « rendront compte, le jour que fixera l'Assemblée, de la manière « dont ils ont exercé le Pouvoir pendant le siège de Paris. >
Point d'enquête encore, comme on voit, mais un débat public y où entreraient les accusateurs et les accusés> ceuxci répondant à ceux-là devant leurs juges, c'est-à-dire devant l'Assemblée et le Pays.
Quand cette proposition vint à la discussion, M. Schœlcher déclara à la tribune que ses auteurs — vu la gravité des circonstances — l'abandonnaient. Je priai immédiatement, ne pouvant le faire moi-même, mon collègue et ami M. Toupet des Vignes de la reprendre en son nom.
Ainsi, — la preuve irréfutable en est faite, — c'était un débat public que demandait la proposition retirée, un débat 'public qu'avec la proposition que je faisais revivre, je demandais moi-même dans ce discours du 30 mai que rappelle M. le Comte Daru, et dont il dénature les intentions et le but. Le Journal officiel, séance du 30 mai, constate nettement la situation :
a M. LE Président. L'ordre du jour appelle la discussion sur « la prise en considération, proposée par la Commission, de la a proposition de MM. Louis Blanc et ses collègues, ainsi conçue :
« Les membres de l'ex-Gouvernement de la défense nationale « rendront compte, le jour que fixera l'Assemblée, de la manière « dont ils ont exercé le Pouvoir pendant le siège de Paris.
« La parole est à M. le général Trochu. «
Or, je le demande aux liommes de bonne foi, quel rapport y a-t-il entre un débat public et une enquête ou devaient venir *e condenser à l'abri de tout jugement exté-
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ineur, de- toute réfutation^ de toute diseussion contradictoire toutea les passions politiques, toutes les rancunes personnelles, toutes les colères intéressées cVun temps qui en est rempli {\Y.
Quand donc M. le rapporteur assure que j'ai demandé TEnquète, il énonce une intolérable contre-vérité. Et quand il ajoute, pour justifier l'Enquête, querAssembltV', qui en comprenait les inconvénients, l'inutilité et les difficultés, ne l'a prescrite que pour me donner satisfaction, il énonce une deuxième contre-vérité , au sujet de laquelle j'en appellerai à la conscience de l'Assemblée elle-même :
J'affirme, en effet, qu'aucune des questions qui se sont offertes à la discussion des Représentants du Pays, depuis leur réunion à Bordeaux jusqu'à l'heure présente, ne les a plus passionnés que la question des personnes et des actes du Gouvernement de la défense nationale, ou, comme on dit, du i Septembre ; que tous les débats de l'Assemblée ont porté Tempreinte et subi rintluence de cette ardente préoccupation; que c'est vainement qu'on chercherait au Journal officiel, pendant cette longue période, dans les dires d'un seul orateur, la trace des raisonnements de prudence et de sagesse, la trace de cette répugnance à récriminer contre le passé, signalés par le
(1) J'ajoute : devant des juges présents ou absents à leur gré, d'où résultait pour le tribunal une perpétuelle mobilité de composition, qui ôtait à l'instruction de la cause et à la discussion le peu de chances de suite et de logique qui leur restaient.
Rapporteur; que c'est spontanément, à une grande et véhémente majorité, dans un vote par assis et levé, qui fut une véritable manifestation politique, que l'Assemblée vota, le 13 juin, la proposition de M. de Lorgeril :
« Une Commission de trente membres sera nommée pour a examiner les actes de la Délégation de Tours et de Bordeaux, « au triple point de vue civil, militaire et financier. Elle se fera « communiquer les Rapports et procès-verbaux des diverses a commissions d'enquête déjà nommées, et aura pleins pouvoirs « pour recueillir tous les témoignages et prendre connaissance « de tous les documents propres à éclairer son jugement.
« Un Rapport sera fait à l'Assemblée du résultat de cette en- « quête. »
Le lendemain, 14 juin, l'Assemblée complétait cette résolution par la suivante :
« Les procès-verbaux du Gouvernement de la défense nationale « siégeant à Paris, et toutes les pièces, documents et témoignages « propres à éclairer le jugement de l'Assemblée, seront soumis à « la Commission d'enquête de trente membres, chargée d'exa- « miner les actes de la Délégation de Tours et de Bordeaux. »
Un membre de l'Assemblée, M. Lefèvre-Pontalis, avait pxprinié, dans la discussion, l'opinion que l'Enquête devait s'étendre au Gouvernement siégeant à Paris^ mais elle ne fut pas introduit-^ dans les deux résolutions votées.
Au lieu fin Rapport prescrit par ces votesj la Commis-
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sion eh a produit huit ou dix ; mais comment a-t-il pu arriver que la plupart de ces Rapports, et les principaux, aient eu pour' objet, au triple point de vue civil, militaire et financier, les actes du Gouvernement de la défense siégeant à Paris que V Assemblée n avait pas mis en cause ^ alors que cet immense travail n'offre qu'une place relativement secondaire à la Délégation de Tours et de Bordeaux que l'Assemblée avait expressément et uniquement mise en cause ?
C'est que, sans cette intelligente extension des votes de TAssemblée, il n'y aurait pas eu de Commission du i Septembre, d'actes du 4 Septembre, de dépositions, de récits, de commentaires j de jugements sur le -4 Septembre. Les hommes du -i Septembre eux-mêmes (plusieurs trèsintéressants à saisir) échappaient en majorité à leur destin déjà prêt ; enfin la France et l'Europe n'entendraient pas ces retentissements du 4 Septembre, qui, en fait de violence à la représentation nationale, ont fait oublier le 2 Décembre !
Je ne me plains pas de cette extension que je trouve conséquente et logique, bien qu'un vote formel de l'Assemblée fût nécessaire pour la consacrer. On ne pouvait guère faire enquête sur les délégués, sans faire enquête sur les délégants. Mais je suis fondé à dire, la Commission n'ayant pas reçu le mandat qu'elle s'est attribué elle-même, que ce n'est pas là une disposition qui révèle
cette hésitation à revenir sur le passé dont M. le Comte Daru fait honneur à ses collègues et à lui-même.
D'ailleurs les faits parlent plus haut que mes dires, car alors que la Constitution politique (lois constitutionnelles, avec les lois complémentaires sur le régime municipal, sur la presse, etc.), la Constitution économique (traités de commerce), la Constitution militaire (lois sur l'Armée) (1), sont encore à faire (décembre 1873), la Commission d'enquête offre au Pays, sous le couvert de l'As-
(1) Le temps n'est pas éloigné ou l'Assemblée reconnaîtra: 1° que la lo! de recrutement, en faussant le service obliga- TOIRE, MET LA France, la guerre éclatant, dans un état
d'infériorité numérique accablante (quant au chiffre DES HOMMES instruits PRETS A ENTRER EN LIGNE) VXS-A-VIS DB SES ADVERSAIRES ; 2<' QUE LA LOI D'ORGANISATION CRÉE UNE ARMÉE DONT LE BUDGET DE LA FrANCE ET AUCUN BUDGET EN EuROPE, MÊME CELUI DE l'AnGLETERRE, NE POURRAIENT PORTER LE POIDS. Nous SERONS CONSTAMMENT OBLIGES DE RÉDUIRE LES EFFECTIFS (EN HOMMES ET EN CHEVAUX) AU-DBSSOUS DU CHIFFRE NÉCESSAIRE POUR ASSURER LE FONCTIONNEMENT RÉGIMENTAIRE, OU DE NE PAS APPELER LES SECONDES PORTIONS LES CONTINGENTS, ETC., ETC.
On s'apercevra en outre que, pour aborder avec sécurité et
solidité UN AUSSI VASTE ENSEMBT.E DE CRÉATIONS ET DE RÉFORMES,
IL fallait commencer par le commencement, mettant a profit ce
PRINCIPE exprimé par UN MINISTRE (M. DbSSEILLIGNy) DANS LA
DISCUSSION DU DERNIER BUDGET : En oryUnisatian militaire, en finances^ entoute chose, si on vent tout faire à la fois, on ne fait rien.
Et IL VIENDRA UN MOMENT OU, NE POUVANT PAS AVANCER DANS
la réorganisation, on ne pourra non plt's ni reculer. ni changer dk voie, car les efforts dkja faits auront engage l'avenir.
PÉTrTiox A l'assemblée nationale it
semblée nationale et avant son jugement, vingt volumes de dépositions et de rapports — une bibliothèque entière — contre le Gouvernement de la défense nationale !
Cet effort, qui a duré plus de deux ans. en absorbant une part des forces vives de l'Assemblée, l'a t-il bien servie ? A-t-il mis, sans passion, le Pays en présence de la vérité? Non. Il a montré sous un nouvel aspect nos divisions, avec les haines et les luttes des partis.
J'exprime cette opinion sans craindre de déplaire à mes anciens collègues de l'Assemblée nationale devenus mes juges, parce que je sais qu'ils aiment la franchise et qu'ils mettent au-dessus de tout la vérité.