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DEUXIEME PARTIE

Peut-être, me l)ornant à la première partie de ce travail, devrais-je le terminer ici. En etfet, par les preuves de fait que j'ai condensées dans cette première partie et dans une précédente publication, j'ai la conscience d'avoir démontré aux hommes de bonne foi — j'écris pour ceux-là seulement — que les sentiments qui ont inspiré l'Enquête et que les voies qu'elle a suivies, ne sont pas les sentiments et ne sont pas les voies de la justice. Je crois donc avoir atteint mon but.

Mais M. le Comte Daru, comme les Rapporteurs de l'enquête qui l'ont précédé et avec la Commission d'enquête, ayant admis que pour juger la cause, en ce qui

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concerne le Gouverneur de Paris Président du Gouvernement, il suffisait d'entendre ses ennemis ou ses adversaires et de lire des journaux ou des livres mal informés, est tombé dans des erreurs de fait qui mettent à néant la plupart de ses affirmations, raisonnements et conjectures. De ces erreurs, je ne relèverai que les principales, et il verra, par l'exposé qui va suivre, que l'Enquête, voulant s'étendre longuement sur le 4 Septembre, le 31 Octobre et les événements les plue considérables de cette période de la guerre (qui ne concernent pas, je le dis sans malice, la Délégation de Tours et de Bordeaux), aurait été juste, en même temps que bien avisée, en m'interrogeant contradictoirement sur ces événements où elle entendait me mettre en scène.

Je constate d'abord que le Rapport de M. le Comte Daru, qui a pour objet la politique et les actes de Gouvernement^ a compris dans sa discussion des points que son collègue M. de Rainneville a déjà traités dans un Rap- \)()v\. qui avait pour objet les Actes diplomatiques. On trouve en effet dans l'un et dans l'autre :

Le A Septembre (cela va sans dire) ;

L'armement (en masse) de la Garde nationale de Paris;

L'ajournement des élections ;

Les dispositions de l'ennemi à négocier, et la lettre où le général de Moltke tendait la main au général Trocliu ;

L'injustifiable entêtement du Gouverneur de Paris à continuer des efforts sans espoir;

Le désastre de l'Armée de l'Est.

Ce double emploi a sans doute pour but de fixer plus profondément dans l'esprit du lecteur des Rapports, la mémoire de ces giiefs de l'Enquête. Mais par là jp suis dispensé, y ayant déjà nettement répondu {Pour la vérité et pour la justice, première pétition à 1" Assemblée nationale), d'en reprendre toute la discussion. Je me bornerai, ensuivant celle de M.leComteDaru, à saisir les /a^Vs nouveaux et à les mettre en lumière par des récits qui ont eu des témoins que je ferai successivement connaître :

Page 23 du Rapport.

Le Rapporteur expose les désordres qui se produisirent dans Paris, le 3 septeml)re, à la nouvelle de la catastrophe de Sedan, et pour la première fois m'introduit sur la scène :

« On répandit le bruit que la Garde municipale faisait feu sur (1 le peuple. Un mohile blessé dans la bagarre fut porté au Louvre. u On le conduisit au milieu de l'émotion populaire jusque chn h

« Général Trochu qui fut obligé de venir haranguer la foule à qui « il promit que justice serait faite. »

Je demande aux hommes de bonne foi de peser les mots et l'arrangement des mots de ce premier récit emprunté, pour le fond, aux journaux du temps. Il ne me fait pas encore complice de l'émeute, mais il tend à m'en faire — comment dirais-je? — le complaisant.

Eh bien, si la Commission, pour ce début, m'eut fait rhonneur de me poser une question, je lui aurais dit :

(( J'étais au travail dans mon cabinet, au Louvre, quand (( l'officier de service vint m'annoncer que 200 mobiles « environ avaient pénétré dans la cour, demandant (c justice au Gouverneur. Je me rendis immédiatement « au perron où j'étais entouré du Général Schmitz et (( des officiers de l'Etat-major, du Lieutenant-Colonel « Usquin, du Commandant Bibesco , des Capitaines « Faivre, Brunet, Lair, etc. (en sorte que les témoins ne a manquent pas). Je fis approcher un petit groupe de ces (( hommes, qui n'apportaient pas le moindre blessé, par la (( raison concluante qu'il n'y en avait pas.

« — Mon Général, nous venons vous demander justice; « on a tué un de nos camarades.

« — Où et quand ? Un soldat de la garnison aurait été « tué, et je ne le saurais pas ! Et puis, est-ce que jamais « un homme est tué sans que la justice intervienne? Si

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(( donc un de vos camarades a été tué, et je n'en crois (( pas un mot^ la justice agira, et vous n'avez pas à entrer « dans son action. Mais en quittant votre camp sans au- « torisation, en traversant Paris en troupe pour venir (( ici, vous avez commis un grave délit. Il est atténué (( par votre inexpérience de la discipline et de la règle; (( mais s'il devait se renouveler, je vous tiendrais pour '( indignes de la confiance que j'ai mise en vous et de (( l'honneur que je vous ai fait en répondant de vous (( pour la défense de vos foyers. Je vous ordonne de ren- (( trer au camp.

« Personne ne dit mot. Un lieutenant des mobiles, il d'une bonne physionomie militaire, et qui me dit son « nom que je regrette d'avoir oublié, arri>a en ce mo- « ment :

(( — Mon Général, ces gens-là n'ont pas de mauvaises < intentions, mais ils ne sont pas soldats. Ils me cona naissent, et je me charge de les ramener au camp. Je i( vais, si vous le voulez, en prendre le commandement.

« Il partit avec eux, et, de ce jour à la fin du siérjc, « pas une manifestation des mobiles, en troupe, 'ne s'est « produite dans Paris. »

Voilà le fait dans sa simplicité, et voilà ma haranrjue. Ils ne sont pas vrais seulement, ils sont authentiques, et je prie M. le Rapporteur de trouver quelqu'un qui y contredise. Mais que reste-t-il de son récit et de son inten-

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tion ? Oh I je sais bien qu'à présent qu'il sait les faits, il déclinera l'intention. Mais je réponds : Une enquête est tenue de savoir les faits, et quant à l'intention, je la maintiens.

Ici commence l'exposé historique de la célèbre journée du 4- septendjie, accompagné de toutes les réflexions politiques et philosophiques que fait naître un tel sujet. Il a perdu de son actualité à ce point, que cette longue discussion de 60 pages apparaît comme un anachronisme. De quel intérêt peuvent bien être, en l'état présent du Pays qui attend encore dans l'anxiété une Constitution et les grandes lois dont il espère l'ordre et la paix, ces allées et venues, ces conciliabules, ces résolutions prises, abandonnées, reprises, de Gouvernants et de Députés effarés comme la population elle-même, sous le coup de l'effroyable nouvelle de Sedan ? l'attitude découragée des troupes et de leurs chefs ? la présence au milieu de la foule et les faits et gestes des meneurs de la démagogie, etc., etc.? A quoi bon, aujourd'hui, exposer, expliquer, commenter, interpréter par des dépositions qui sont toutes, sans ex-

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ccption, politiquement ou personnellement intéressées^ une situation, des désordres, une confusion-, un chaos qui s'expliquent si bien d'eux-mêmes ?

Il n'y a là, véritablement, qu'une chose qui ne s'explique pas d'elle-même et dont le Rapporteur ne dit mot. C'est comment il s'est pu faire que ces furieux, ayant à merci leurs ennemis politiques, et que ces affolés, maîtres des hommes qui, quelques jours auparavant, la candidature Hohenzollern abandonnée, avaient voulu et demandé cette fatale guerre, n'aient pas commis un acte de violence! Car enfin, l'habit déchiré de M. le Président Schneider, les froissements de M. Chesnelong et des autres protecteurs de sa retraite, ne suffisent pas, quoi qu'on fasse, à les recommander à la postérité pour le martyre.

Oui, j'ai toujours été frappé d'étonnement — d'un étonnement que ne paraît pas partager le Rapporteur — que le 4 septembre, alors qu'il n'y avait plus de Gouvernement, alors que toute direction était devenue impossible par la disparition de toute la hiérarchie dirigeante, alors que la foule — la bonne mêlée à la mauvaise — était absolument maîtresse de la situation , aucun de ces crimes de vengeance politique ou personnelle, de pillage, de destruction qui ont, depuis, dé^shonoré notre histoire, n'ait été commis. C'est que la foule eut à peine le temps de reconnaître et de mesurer l'étendue de ses libertés. Le soir môme, les usurpateurs du 4 septembre lui don-

naient une sorte de Gouvernement ; l'un d'eux lui donnait une sorte d'Armée, et il appelait aux remparts, dans un langage confiant et sincère, la population tout entière. Elle y alla, on put respirer dans une sécurité relative et préparer la défense de Paris qu'à treize jours de là Tennemi devait investir.

Voilà l'histoire du 4 septembre en quatre lignes. Quels rapports a-t-elle avec l'histoire du 4 septembre, en un volume, de M. le Comte Daru?

Est-il bien intéressant encore de discuter aujourd'hui, avec le Rapporteur, cette question, dont il semble éluder la solution^ mais sur laquelle, en fait, tous ses raisonnements prononcent nettement dans le sens de ses sollicitudes politiques?

a ... Les uns soutiennent que ces manifestations n'étaient pas a autre chose que l'explosion de la douleur et de la colère publi- « ques ; que l'Empire tombait affaissé sous le poids de ses a fautes ; que la révolution s'est faite toute seule, et que, le len- « demain du désastre de Sedan, un tel événement était absolu- (i ment inévitable.

« D'autres, tout en reconnaissant combien, sous le coup de « pareilles défaites, le Gouvernement était ébranlé, combien les « témoignages de la douleur publique (sans la colère?) étaient 0 légitimes, soutiennent que la révolution ne s'est pas faite toute a seule et qu'on a aidé à la faire. » (Rapport de M. le Comte Daru.)

Suit une série de faits et de commentaires pour montrer que cette dernière affirmation, qui est bien entendu

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celle dès hommes qui tombaient ce jour-là avec l'Empire, est la vraie. Mais, même en la tenant pour fondée, quel rapport a-t-elle avec la véritable question, la seule qu'il importât de résoudre ici, celle dont les amis de l'équité cherchent vainement la solution dans le Rapport, et qui est celle-ci :

De quelque façon que se soit faite la révolution après la catastrophe de Sedan, qu'elle se soit faite d'elle-même, comme nous le disons, ou qu'on y ait aidé, comme vous le dites,

V Empilée pouvait -il demeurer?

La voilà la question, la question pratique, la question vraie, que vous n'abordez pas, parce que vous n'y voulez pas répondre. Mais avant la conscience publique, l'Empire lui-même y avait répondu pour vous, et y avait répondu après Reichshoffen et Spickeren^ quatorze Jours avant la catastrophe finale de Sedan :

« L'Empert3ur ne reviendra pas à Paris. Ses ennemis seuls ont « pu lui conseiller ce retour. L'Empereur n'entrerait pas vivant « aux Tuileries, »

(Premières paroles de rimpératrice au Général Trocliu arrivant de Cliâlons aux Tuileries, le 18 août, à 1 heure du matin, l'Amiral Jurien de La Gravière présent.)

Pensez-vous que la situation de l'Empire, ainsi définie par l'Empire le 18 août, fût devenue meilleure le 4 sep-

tembre, après Sedan? Et oseriez-vous nier que Tacte porté et lu ce jour-là par le Général de Palikao au Corps législatif ne supprimât l'Empire, après l'Empereur depuis longtemps supprimé par son Gouvernement dans tous les actes publics?

Page 27 :

« Le Président et les questeurs du Corps législatif redoublèrent B d'instances auprès du Minislre de la Guerre et du Gouverneur « de Paris, auxquels messages sur messages furent expédiés. » (Rapport de M. le Comte Daru.)

Je nie de la manière la plus formelle avoir reçu un seul message du Président et des questeurs. Ces messages n'auraient rien changé à l'état de séquestration et d'impuissance où m'avait mis le Gouvernement, en m'ôtant le commandement des troupes. Mais ils m'auraient fait faire ce que je fis plus tard, au moment de Tenvahissement, quand le Général Lebreton, questeur, vint me le demander. Je serais monté à cjieval, et, sans troupes, j'aurais été à l'émeute,

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Pa^re 45 :

« Le Général Trochu avait accepté des mains de l'Empereur^ « sans que le Conseil eût été consulté, les fonctions de Gouvtr- « neur de Paris, que les Ministres avaient refusé de lui conférer « avant son départ. » (Rapport de M. le Comte Daru.)

Je nie de la manière laplus formelle que les fonctions de Gouverneur de Paris m'aient été offertes avant mon départ pour Châlons. Mais j'avais refusé ({'accepter des mains de l'Impératrice (pour parler comme le Rapporteur) les fonctions de Ministre de la Guerre et la Présidence du Conseil, circonstance qui détermina lavénement du général de Palikao.

Page 45 :

« Les mésintelligences entre le Général de Palikao et le Gou- « verneur de Paris s'accrurent, quand on vit le Général, dès son « arrivée et de son autorité propre, publier une proclamation quil « ne paraît pas avoir communiquée aux membres responsables « du cabinet, et quand on lut dans le journal le Temps une lettre « qui se terminait par cette phrase souvent citée : « L'idée de

« maintenir l'ordre par la force des baïonnettes et du sabre, dans

« Paris livré aux plus légitimes angoisses (devant l'invasion) et

« aux agitations qui en sont la suite, me remplit d'horreur et de

« dégoût. » (Rapport de M. le Comte Daru.)

Je nie de la manière la plus formelle que cette proclamation ait été publiée en vertu de mon autorité propre. Je Tavais faite en route, dans le wagon où j'étais. Arrivé aux Tuileries à une heure du matin, je la communiquai à l'Impératrice qui l'approuva, après m'en avoir fait effacer et le nom de l'Empereur, qui était en tête, et l'avis de son arrivée à Paris. Le Ministre de l' Intérieur ^présent aux Tuileries^ emporta cette proclamation, et ce fut lui qui la fit afficher dans la nuit même (témoins : l'Amiral Jurien de La Gravière, le Général Schmitz et le Capitaine Brunet).

Quant à la phrase, a souvent citée, » dit M. le Rapporteur, d'une lettre du Gouverneur de Paris au journal le Temps (que le Rapport ne reproduit pas), je la retiens expressément pour la discuter; je comble une lacune du Rapport en reproduisant ici cette lettre tout entière, et je remercie M. le Comte Daru de m 'avoir remis en mémoire ce document oublié. 11 représente, en effet {avant le siège de Paris, ce qui lui donne l'importance considérable des documents qui ne sont pas faits après coup), les principes, les sentiments et la règle de conduite qui ont inspiré mon effort du siège de Paris.

J'explique d'abord l'origine de cette lettre :

J'avais adressé à la population de Paris une proclamation où se rencontrait le passage suivant :

« Je fais appel aux hommes de tous les partis, n'appartenant « moi-même — on le sait dans l'Armée — à aucun autre parti « qu'à celui du Pays. Je fais appel à leur dévouement. Je leur de- « mande de contenir par l'autorité morale les ardents qui ne sau- « raient pas se contenir eux-mêmes, et de faire justice par leurs « propres mains de ces hommes qui ne sont d'aucun parti, pas « même du parti du Pays, qui n'aperçoivent dans les malheurs « publics que l'occasion de satisfaire des appétits détestables, )'

Il m'est sans doute permis de faire remarquer, incidemment, que les sentiments qui sont exprimés là sont assez fermes, dans un sens qui paraît médiocrement révolutionnaire. Mais, enfin, cette phrase <( faire justice de leurs propres mains a émut le journal le Temps qui, en louant la proclamation, vit là un lapsus regrettable. « Personne^ dit-il, en quelque situation qu'on soit, n'a le droit de se faire justice de ses propres mains. C'est une doctrine dangereuse et qui demande à être expliquée. »

Je lui répondis :

« Toute ma vie j'ai été un homme de libre discussion, et à l'ex- « plication que vous souhaitez, j'ajouterai une profession de foi.

« L'erreur des Gouvernements que j'ai connus, a été de con- « sidérer la force comme Vultima ratio du Pouvoir. Tous, à des « degrés divers, ont relégué au second plan la vraie force, la « seule qui soit efficace dans tous les temps, la seule qui soit dé-

riO LA POLITIQUE ET LE SIÈGE DE PARIS

« cisive quand il s'agit de résoudre les difficiles problèmes qui « agitent la civilisation, la force morale. Tous, à des degrés 0 divers, ont été personnels, n'apercevant pas que le Pouvoir « impersonnel qui ne se considère que comme une délégation de « la nation; qui ne conçoit et qui n'agit que dans l'intérêt de a la nation, jamais dans le sien propre ; qui se soumet à tous les « contrôles qu'il plaît à la nation de lui appliquer, et qui les (( tient pour sa sauvegarde ; qui est loyal, sincère, ardent pour i( le bien public et professeur d'honnêteté publique, est seul en (' possession de cette force morale dont j'ai défini la puisce sance.

« C'est dans cet esprit que j'ai parlé à la population de Paris, « c'est dans cet esprit que j'ai vécu et que, selon mes forces et ft ma position, j'ai combattu les erreurs qui ont mis le Pays dans « le deuil où il est.

« J'ai demandé leur concours à tous les partis, leur offrant le « mien gratuitement, sans réserve, et comme je l'ai dit, ne pou- « vant dire plus, avec tout mon cœur. Et voici comment j'ai ence tendu ce concours :

« Vidée de maintenir lordre par la force de la baïonnette et du c( sabre (devant l'invasion) dans Paris livré aux plus légitimes anc( fjoisses et aux agitations qui en sont les suites, me remplit d'horc< reur et de dégoût. L'idée d'y maintenir l'ordre par l'ascendant « du patriotisme s'exprimant librement, de l'honneur, eldusena timent des périls évidents du Pays, me remplit d'espérance et de c( sérénité. Mais le problème est ardu, je ne puis le résoudre seul. c( Je puis le résoudre avec l'appui de tous ceux qui ont les croyances c( et la foi que j'exprime ici. C'est ce que j'ai appelé le concours (( moral.

« Mais il peut arriver un moment où Paris, menacé parl'enc( nemi sur toute l'étendue de son périmètre, aux prises avec les « épreuves d'un siège, soit pour ainsi dire livré à celte classe « spéciale de gredins qui n'aperçoivent dans les malheurs publics

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(' que l'occasion de satisfaire des appéti's détestables. Ceux-là a errent dans la ville effiirée, crient: « On nous trahit, » pénè- (( trent dans la maison et la pillent. Ceux-là, jai voulu recom- <ï mander aux honnêtes gens de leur mettre la main au collet, en « l'absence de la force' publique qui sera aux remparts, — et « voilà tout. »

Je comprends que M. le Comte Daru n'ait pas fait de place à cette lettre dans son Rapport. Elle répond à l'avance, je le démontrerai, à la plus grande part de Targumentation de son volume. Mais il est bien modéré, quand il dit « qu'elle accrut' les mésintelligences qui existaient entre le Gouvernement et moi » . Elle me rendit suspect et odieux à r Empire, aux ministres de r Empire, et les honnêtes gens se l'expliqueront sans peine. Elle devint le thème et la raison de toutes leurs calomnies, de toutes leurs diffamations contre moi, alors et depuis. Cette lettre fut, à leurs yeux, le commencement de mes trahisons.

Elle révéla aux bons citoyens les principes, les sentiments, la règle de conduite, comme je l'ai dit plus haut, qui allaient inspirer la défense de Paris. Ils s'en pénétrèrent, et ce sont eux qui restant jusqu'à la fin, malgré les vicissitudes et les misères du siège, malgré les journaux, malgré les clameurs qui m'accablaient, associés à l'effort commun, l'ont fait durer cent trente-cinq jours et ont si dignement contribué à sauver l'honneur du Pays!

De mon côté, je suis resté inébranlablement fidèle à ce programme, non pas seulement contre mes adversaires, mais contre mes amis, mes plus sûrs conseillers qui me demandaient, à un certain moment de la crise, de m'en départir. Non, je n'ai jamais voulu permettre, fût-ce pour sauver ma vie, que, sous les yeux de l'ennemi, le sang français, coulant à torrents au dehors, fût versé par des mains françaises dans Paris assiégé; et mon expérience, plus solide sur ce point, permettez-moi de le dire, Monsieur le Rapporteur, que celle des contradicteurs qu'on m'a opposés jusqu'à présent, m'avertissait qu'au jour où la guerre civile éclaterait dans Paris par le fusil et par le canon, c'en serait fait des espérances des bons citoyens dont j'ai parlé plus haut, de leur courage et de la résistance.

Quand le 31 octobre, à l'Hôtel-de-Ville, cloué sur mon fauteuil par l'insurrection armée, je vis pénétrer jusqu'à moi le Chef d'escadron Faivre, qui ni'annonça qu'une de mes divisions, arrivée à Neuilly avec son canon, allait entrer dans Paris et marcher sur l'Hôtel-de-Ville : « Com- ({ mandant y lui dis -je, retournez immédiatement. Faites « savoir partout que je défends absolument l'entrée dans « Paris d'un seul détachement des troupes qui font face f( à l'ennemi. Les braves yens de Paris savent à l'heure (( quil est ce qui se passe ici. J'affirme quils vont accourir. » Eux seuls peuvent et doivent terminer cette crise qui

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a Ti ira pas bien loin, car les insurgés ne sont pas fV accord « entre eux^ crient sans agir, manquent entièiement d'équi- « libre et ne savent que faire depuis que nous avons refusé u de signer nos démissions. » C'était là, en effet, le spectacle que j'avais sous les yeux.

Je sais^ Monsieur le Rapporteur, que vous avez longuement discuté (et même raillé en un passage de votre livre, auquel je viendrai plus tard) cette grande question (( de la force morale » . Vous avez montré que le Gouvernement de la défense nationale, à Paris, n'y pouvait pas prétendre, et votre opinion sur ce point peut se résumer dans ce passage (page 491) de votre Rapport :

tt L'origine des Gouvernements influe singulièrement sur leur destinée. »

Mais, dans cet ordre d'idées, comment, attribuant à leur oyngine les erreurs, les fautes et la chute des Gouvernements, et appliquant durement cette loi au Gouvernement de la défense nationale, siégeant à Paris, ne l'appliquez-vous pas, dans un livre qui veut être la synthèse de nos révolutions, au Gouvernement qui tombait le 4 septembre? Son origine, n'était-ce pas l'attentat du 9 décembre, sur lequel, au cours de vos cinq cents pages, vous êtes muet, dont vous ne prononcez pas le nom I Voilà un Gouvernement dont \ origine est l'envahissement de l'Assemblée nationale, avec la dispersion, l'arresta-

tion, l'emprisonnement et l'exil des Représentants de la nation. C'est lui-même quia conduit l'entreprise, k vingt ans de là, il périt par Tenvahissement du Corps législatif et la dispersion de ses membres. C'est la foule qui agit. N'est-ce pas là une éclatante consécration de votre théorie sur les origines et les chutes, un exemple des retours de cette loi morale dont j'ai parlé plus d'une fois dans mes réponses aux Enquêtes? N'est-ce pas le 2 décembre perpétré par le Pouvoir légal qui a montré le chemin aux foules irritées et affolées du 4 septembre ? J'ajoute que ce n'est pas le 4- septembre, à Paris, que l'Empire est tombé, c'est le 2 septembre, à Sedan.

Vous dites encore :

« Que le système politique quia séduit M. le Général Troclui « et ses collègues, et qu'ils ont suivi avec persévérance, n'est « un moyen de Gouvernement que lorsqu'on sent derrière la o force morale la force matérielle prôte à l'appuyer. »

Qui nie cela? Mais où donc était la force matérielle, dans cette immense cité, socialement, moralement, administrdtivement désorganisée? Est-ce que, parce qu'on

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s'est toujours servi de ces mots « V Armée de Paris », il y avait une Armée de Paris? Est-ce que, à l'exception des deux régiments venus de Homo (le 4:2^ et le 35% qui tirent de si beaux etlbrts, si chèrement payés), il existait un seul corps qui n'eût été improvisé dans Paris même, depuis la déclaration de guerre? Est-ce que tout ce monde-là n'était pas au dehors, en présence de l'Ennemi? Est-ce qu'il y avait une vraie police, parce qu'on disait encore « \'à police »? Est-ce que les Tribunaux, Conseils de guerre ou Cours martiales condamnaient les coupables qu'on leur livrait? Est-ce que les prisons gardaient ceux qu'on y renfermait ?...

Ah ! Monsieur le Rapporteur, je crois rêver quand je lis les cent pages que vous avez consacrées, sur les dires de personnes sans responsabilité, ou intéressées, ou cherchant un rôle, etc., etc., à Ténumération fantastique des répressions que la coupable faiblesse du Gouvernement s'est refusée à exercer pendant le siège ! Que ne m'avez-vous mis en présence de ces hardis, de ces fermes défenseurs des vraies théories de Gouvernement? J'en connais déjà quelques-uns , j'aurais connu les autres, et je vous assure que j'aurais réduit leur superbe devant l'Enquête aux proportions fort diminuées de la superbe qu'ils avaient pendant la crise. Et je vous fais une pi'oposition :

Un Gouvernement légal, ayant pour appui TAssemblée

nationale, a succédé au Gouvernement issu de la tempête de 1870; Paris est socialement, moralement, administrativement réorganisé ; une police nombreuse, excellente, armée, y maintient l'ordre ; les insurgés de la Commune sont morts ou à Nouméa ; la paix est rentrée dans les esprits, les ouvriers sont rendus à leurs travaux et ils n'ont ■ plus d'armes...

Eh bien ! supposez que les cent mille hommes qui gardent cet ensemble ainsi transformé^soient appelés ailleurs. Vous verrez le Gouvernement légal, et mon digne camarade le Général de l'Admirault, et vous-même en tant que Député; amenés par la force des choses à être séduits à votre tour par le système de la force morale j c'est-à-dire qu'elle deviendra votre plus précieuse, presque votre unique ressource, et malheur à la cité et à vous, si ce n'est . pas sincèrement, cordialement, que vous vous en servez!

11 y a un passage de son Rapport où M. le Comte Daru, sous forme de conclusion, s'exprime ainsi :

a Quand on a Vinsigne et redoutable honneur d'êlro placé à la « tôte d'une nation dont l'existence est en péril, on n'est pas a recevable à dire qu'on s'est trouvé forcé par les circonstances « de suivre dans leurs égarements ceux que leurs souffrances, tt leurs passions ou leurs douleurs aflolent. On doit résister, et si

on ne peut pas résister, on doit se retirer, »

PÊTITTON A l'assemblée NATIONALE 63

Je réponds ;

C'est très 'beau, mais c'est faux.

D'abord l'honneur dont il s'agit devait être bien plus redoutable qu'insigne, car il n'y eut pas de concurrence, si ce n'est (avec timidité heureusement) de la part de la démagogie, pour le recueiUir. Et la plupart des hommes qui le qualifient d'insigne aujourd'hui, mirent alors entre lui et eux le plus de kilomètres qu'ils purent.

Ensuite, il n'est ni vrai, ni juste, ni digne de faire dire au Gouvernement de Paris, pour son excuse, qu'il a suivi les égarements des Parisiens. Ce qu'il dit, et c'est bien différent, c'est quil n'a pas pu empêcher tous ces égarements^ en ayant empêché beaucoup.

^ Enfin, prétendre que, se heurtant à des impossibilités et sentant son impuissance, le Gouvernement devait se retirer, c'est m'obliger à poser de nouveau à M. le Rapporteur la question déjà tant de fois posée et à laquelle il ne répondra jamais :

(( Quel Gouvernement lui aurait succédé ? » C'est en outre se refuser, très-malheureusement, à reconnaître qu'une telle retraite, en de telles extrémités et avec ses conséquences certaines, eût été non pas devoir, mais lâcheté.

Je résume cette première discussion sur la force morale, dont le véritable nom est patriotisme, en disant net-

i\ï LA POLITIQIE ET LE STÉGE DE PARIS

tement : Je me sens plus fier d'avoir écrit, au milieu des événements, les trente lignes de la lettre au journal le Temps, que le Rapporteur m'a forcé d'exhumer, qu'il ne doit l'être du gros volume, qu après les événements qu'il n'a pas vus, il offre, sous le couvert de l'Assemblée, au Journal officiel et au public.

Page 46 :

« Vinrent ensuite d'autres dissentiments. Le Général recevait a les membres de l'opposition. Quel était le but de ses entretiens « avec MM. Arago, J. Favre, -Picard ^ Kératry et Gambetia? » (Rapport de M. le Comte Daru.)

De quel droit le Rapporteur ressuscite-t-il, avec un point d'interrogation dont les intentions (innocentes et l)ienveillantes) n'échapperont à personne, cette vieille calomnie, originaire des rapports de la police impériale, que des témoignages authentiques ont mis à néant devant la justice et ailleurs?

Les défaites de Rcichshoffen et Spickeren avaient concentré sur les événements militaires et sur l'Armée, exclusivement, les sollicitudes de tous. Il n'y avait pas d'autres sujets de conversation. Tous les jours, allant à la séance

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et en révenant, les Députés entraient au Gouvernement, tantôt isolément, tantôt en groupes nombreux (très-souvent avec des habitants de Paris qui les suivaient), Députés de l'opposition. Députés de la droite. Le Rapporteur, bien entendu, ne parle pas de ceux-ci, qui étaient dix fois plus' nombreux que ceux-là dont je ne connaissais pas un seul, même de vue. Tous ces Députés, que je recevais parce qu'ils se présentaient^ venaient tous indistinctement me parler des affaires militaires, me demander mes espérances et mes vues. A tous je répondais indistinctement que les affaires militaires étaient déplorahlement conduites; que le Gouvernement s'obstinait à empêcher les restes de l'Armée de se replier sur Paris ; que nous perdions ainsi notre dernière chance de salut ; qu'il y avait là tous les élé- ■ ments d'une catastrophe finale; enfin le thème que, depuis ma lettre du 10 août (demandant à l'Empereur la retraite de l'Armée de Metz sur Paris), je ne me lassais pas d'exposer. Plût à Dieu qu'il eût prévalu !

Voilà la situation que M. le Comte Daru, dans l'esprit de vérité et de justice qu'on sait, caractérise en disant (page 46 du Rapport) :

« Pourquoi le Général laissait-il éclater son mécontentement à « tout propos et aux yeux de tous? »

Qui m'aurait dit que la politique et les politiciens, alors si abattus, si accablés par les événements, si em-

6(j LA POLITIQUE ET LE SIÈGE DE PARIS

pressés à quitter le ^rand centre où allaient se condenser les périls et se donner les coups, se feraient un jour, à la face du Pays, les accusateurs des bonnes gens qui ont été au-devant des coups et qui les ont reçus! Ah! je l'ai déjà dit, les bonnes gens, les coups revenant, deviendront, avec de tels exemples sous les yeux, plus circonspects et plus rares; les politiciens se multiplieront f

PaLre 48 :

« Le Général, arrivé à la hauteur du pont de Solférino, ren- « contra la foule qui, du Palais-Bourbon, refluait sur l'Hùtelde- « Ville, et à la tête de cette foule M. J. Favre qui lui apprit « l'envahissement de la Chambre ; sur l'invitation de M. J. Favre, tt le Gouverneur rétrograda et rentra au Louvre. Il ignorait alors ù que s'il avait poursuivi sa route jusqu'au Palais, il y aurait o trouvé deux cents Députés auxquels la force, et non la résolu- « tion, manquait pour essayer d'a'jir. » (Rapport de M. le Comte Paru.)

Comment n'écrivez-vous pas npoiw agir, )> Monsieur le Rapporteur? (^ela aurait mis le comble aux hardiesses de ce récit et l'aurait virilement terminé !

Mais comment aussi, je ne puis trop le répéter, l'Enquête, se proposant de dire ces choses, et celles qui pré-

cèclent/et celles qui suivent^ et voulant faire ces différents rôles au Gouverneur de Paris, n'a-t-elle pas été conduite par l'équité, par le besoin de la vérité^ à défaut, par le sentiment de son propre intérêt, à lui poser quelques questions, au moins une question, sur ces divers sujets? Quoi ! alors que, parti du Louvre à deux heures de l'après-midi, j'arrivais à trois heures (une heure pour parcourir cinq cents mètres) au pont de Solférino, au milieu de plusieurs centaines de mille hommes qui, se pressant à s'étouffer, étaient condamnés à Timmobilité ; alors que mon cheval ne pouvait plus avancer ni reculer; alors que mes deux aides de camp, séparés l'un de Tautre et désespérant d'arriver là où j'étais arrivé, demeuraient immobihsés eux-mêmes bien loin derrière moi

a Je rencontrais une foule refluant vers l'Hôtel de-Ville? » Mais cette foule, au milieu de laquelle j'étais fixé, était fixée elle-même. Elle ne refluait pas et ne pouvait pas refluer. Elle criait en tous sens, elle ne savait rien de ce qui se passait; personne ne put me le dire. Ce fut M. J. Favre, poussé, pressé lui-même, nullement acclamé, nullement nommé, nullement reconnu autant qu'il me sembla, qui m'annonça que le Corps législatif avait été envahi et que les Députés avaient été dispersés.

« Et il était à la tête de cette foule ! »

tt Et, sur son invitation, le Gouverneur rétrograda et rentra au « Louvre ! i^

Comment! 31. J. Fawc m'aurait invité h rentrer au Louvre ? Mais à quel titre cette invitation? De quel droit? Comment comprendre Tinconvenance dîme telle interversion de nos situations respectives?.

Je rentrai au Louvre parce que je ne pouvais plus faire un pas en avant, parce que l'impuissance absolue et presque ridicule de mon isolement, au milieu de ces masses tourmentées, m'en faisait une loi. Et je ne m'en allai pas au trotj comme on Ta dit, mais en luttant plus que péniblement, comme j'étais venu, et il me fallut une autre heure pour arriver jusqu'au Louvre où, brisé, je mis pied à terre à quatre heures (témoins : le Commandant Faivre et le Capitaine Brunet).

Mais, direz-vous, les récits, comme les souvenirs, diffèrent inévitablement, et l'Enquête a choisi les plus accrédités. Assurément les récits diffèrent. C'est pour cela qu'il faut interroger toutes les personnes mises en cause et contrôler leurs dires les uns par les autres ; c'est le devoir des enquêtes. Si la vôtre ne voulait pas m'entendre, elle avait au moins l'obligation de recueillir mon témoignage là où elle savait le trouver, au Journal officiel (séance de l'Assemblée nationale du 2 juin 1871), et de le reproduire.

PÉTITION A l'assemblée NATIONALE G9

Page 48 :

« Dans un pareil moment, se rendre à rHôtel-cle-Ville où sié- « geait le Pouvoir issu d'une insurrection, quand on était investi y d'un commandement militaire, c'était, politiquement, prendre « parti, au nom de l'Armée, pour la révolution et contre l'As- « semblée. » (Rapport de M. le Comte Daru.)

Non, Monsieur le Rapporteur, c'était prendre parti, patriotiquement , contre les Prussiens, que vous perdez toujours de vue, et contre la démagogie. Il est vrai que vous semhlez le reconnaître un peu plus loin ; mais comme dans l'alternative où vous me placez^ entre ces deux points de vue si différents, vous vous gardez de dire (selon le système du Rapport) ou, à votre avis, était le devoir, je le dis pour vous. Cela est d'autant plus nécessaire que, bien que vous n'ayez pas voulu vous prononcer nettement sur ce point (par modération, sans doute), toutes les pages qui suivent dans votre Rapport ont pour but de flétrir la résolution que je pris ce jour-là.

Page 49 :

« Si je m'étais effacé, a dit le Général Trochu, j'aurais été, à « mes yeux, coupable de désertion devant l'ennemi. Le Général

a ajoute qu'il a tout sacrifié au grand intérêt du salut public ; a qu'il a essayé de réparer les fautes commises. Il a échoué, et il a s'étonne de ne rencontrer, en échange de ses sacrifices, que a l'ingratitude des partis qui l'attaquent, le poursuivent et l'acca^ a blent.

« Le Général a oubhé que toute grandeur qui s'élève en France « depuis près d'un siècle est suivie d'un abaissement et d'une a chute, et que cette chute est d'autant plus profonde quel'e'/éa-lvation a été plus rapide et plus haute. » (Rapport de M. le Comte Daru.)

A cette philosophie transcendante, mais qui est tout entière dans les mots, j'oppose simplement, honnêtement, la réalité des faits :

De quelle élévation, de quelle grandeur parlez-vous ?

Serait-ce de la grandeur sans fonctions effectives, sans honneurs, sans traitement? delà grandeur sans espoir (J) et sans sommeil, avec la chance quotidienne d'être tué par devant ou tué par derrière ?

N'auriez-vous pas confondu la grandeur des Cours, des hautes situations, brillantes, dominantes et à gros

(4) Dès les premières séances du Conseil, sommé par mes collègues d'exprimer ma pensée sur l'issue démon entreprise, je leur dis :

Avec l'Armée de Metx et l'Armée de Reichshoffen à la portée de Paris, une guerre nouvelle, appuyée sur une base d'opérations incomparable, allait commencer;

Avec la seule Armée de Reichshoffen, nous aurions tenu iridéfiniment, Paris ne pouvant être investi;

Réduits aux forces que nous formons ici, nous allons faire ensemble. un héroïque folie, qui sauvera l'honneur.

M. le Comte Daru cite le fait, à litre d'argument contre moi, bien entendu.

PÉTITION A l'assemblée NATIONALE 71

revenus^ telle qu'on les entend vulgairement, — trèsvulgairement, — avec la grandeur du sacrifice, telle que je la compris après l'écroulement de la fortune du Pays? Nous ne parlons pas la même langue, Monsieur le Rapporteur, et nous différons encore plus par les sentiments.

« Pendant que, docile à Vappel qui lui était fait, le Général se « rendait à rHôtel-de-Viile....; » (Rapport de M. le Comte Daru.)

Le précédent Rapporteur, M. de Rainneville^ avait dit :

a A peine installés à l'Hôtel-de-Ville, les Députés mandèrent « le Général Trochu. »

A cette docilité de 31. le comte Daru, comme au mandement de M. de Rai nne ville, caractérisant ma situation le jour où je fis ce sacrifice au Pays^ j'oppose la même réponse : Avec des mots, si habilement choisis quils soient, vous ne parviendrez pas à fausser, à déconsidérer les sentiments qui firent qu'ayant ci la fois devant les yeux l'émeute et l'ennemi, cédant à V angoisse publique, au vœu des honnêtes gens épouvantés, aux avertissements de mon pjatriotisme et de ma conscience^ je me rendis à V appel du Gouvernement de la défense nationale.

Mais je laisse là les mots des Rapporteurs, et j'arrive à la discussion de ïerreur qui est, entre toutes, au point de vue de la vérité et de la justice, la plus considérable de l'œuvre de M. le Comte Daru, et la plus compromettante pour l'Enquête. Cet exposé montrera dans son vrai jour l'acte de moralité et de loyauté auquel fut subordonnée toute ma conduite le 4 septembre 1870, et aussi le degré de violence que peuvent faire à la vérité des enquêtes que n'éclairent pas la publicité, la discussion contradictoire des témoignages, la confrontation des témoins, et que dominent les passions politiques.

Le Rapporteur emprunte à un livre de M. Jules Favre le récit suivant :

« yous venicns de nous installer. Un exprès avait été envoyé au « Général Trochu qui pénétra non sans peine jusqu'à nous. »

Cet exprès était une députation où figuraient MM. Glais- Bi/oin, Steenackers et Wilson, membres du Corps législatif, qui m'avaient apporté le xMessage, verbal autant qu'il m'en souvient, du Gouvernement.

tt Le Général n'avait yis son unifurme et venait se mettre néan-o moins à notre disposition. Son langage fut net et ferme :

PÉTiTIOX A L ASSEMBLÉE NATIONALE 73

« — }e VOUS demande, dit-il, la permission de vous poser une a question préalable : Voulez-vous sauvegarder ces trois principes : a Dieu, la famille, la propriété?

« Nous lui en donnâmes l'assurance.

a — A cette condition, je suis avec vous, pourvu que vous fassiez a de moi le Président de votre con!<eil de Gouvernement. Il est indis- «.pensable que f occupe ce poste. Ministre de la guerre ou Gouvera neur de Paris, je ne vous amènerais pas l'Armée, et si nous vou- « Ions défendre Paris, il faut que l'Armée soit dans notre main.

« Cela dit et accej)té (ajoute M. le Comte Daru;, le nouveau a Président du Gouvernement se rendit au ministère de la Guerre, « où il resta quelque temps en conférence avec le Général de Pau likao. Son but, il la fait connaître à la tribune, était de donci ner au Ministre du Gouvernement déchu, son supérieur hiérartt chique, une marque de déférence qui, dans un pareil moment, put a à bon droit étonner celui qui en était robjef, »

De cet ensemble il résulte nettement :

i" Que lorsque je me suis rendu auprès du Ministre de la guerre de l'Empire, mon supérieur hiérarchique, ./>'tais déjrj. Président du Gouvernement ;

2° Que, par conséquent, c'était là une sorte de comédie de déférence qui, dans un pareil moment^ put étonner à bon droit celui qui en était rohjet.

Je me propose d'établir nettement, par une succession d'irréfutables preuves, que ces deux propositions constituent :

« Une calomnie ».

Et d'abord, puisque M. le Comte Daru, pour la preuve de ses dires, rappelle que fai fait connaître à la tribune le but de ma démarche auprès du Général de Palikao, j'ouvre le Journal officiel :

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