LA MÉTHODE EXPÉRIMENTALE AMÉLIORERA L'EXERGIGE DU SUFFRAGE UNIVERSEL
Si la mélhode est de nature à faciliter la solution du problème gouvernemental, les rapports à établir entre l'individu et la collectivité, elle peut, en outre, améliorer l'instrument de cette solution, en rendant le suffrage universel plus efficace.
Nous avons expliqué (1) comment le droit de suffraj^'e est une partie intégrante de la méthode, comment il en est en politique le complément nécessaire. Les expériences sociales ne sauraient être tentées avec profit sans Tassentiment de ceux qui les subissent (2). Les lois^ de quelque façon qu'on les édicté, sont toujours des expériences ; il est indispensable que l'adoption en soit soumise au vote des intéressés. Dans le système que nous avons développé, ce vote serait direct pour toutes les lois de principe) à Tinstar du référendum suisse. La question à résoudre par la méthode consiste à savoir jusqu'à quelle limite cette consultation directe doit être poussée, c'est-à-dire à faire la part du référendum et du vote par mandataires.
Nous n'avons pas mis en cause le suffrage universel
(1) Chap. VIII.
(2) « Il est quelquefois nécessaire, non seulement que de bonnes lois soient faites, mais qu'elles soient faites par ceux qui doivent les faire. Édicter de bonnes lois ne suffit pas^ lorsque les instincts permanents du peuple exigent, non pas que les lois soient bonnes^ mais, qu^en outre d'être de bonnes lois^ elles soient les propres lois du peuple. {ParoUs de 3f. Gladstone»\
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dont l'existence, comme nous Tayons dit ailleurs (i), ne nous semble pas aujourd'hui pouvoir être discutée ; il est inscrit pour toujours dans la constitution des démocraties. Toute tentative pour le restreindre se heurterait à une question de quotité tellement insoluble que ses plus ardents adversaires répugneraient à la soulever.
Certes le suffrage universel n'a pas été sans péché ; il commettra sans doute encore bien des fautes; aucune bonne raison n'autorise pourtant à en répudier Tusage.
Si la science politique était créée, si Ton pouvait trouver dans les diverses régions du territoire, comme Ton trouverait pour la géologie ou la physique, un corps de savants, familiers avec ses lois, possédant par suite un pouvoir de prévision qui fait défaut aux masses, le suffrage universel serait peut-être moins nécessaire, et cependant nous ne conseillerions pas d'y renoncer. L'hypothèse que nous émettons ici se réalisera un jour., La politique trouvera chez des hommes spéciaux des guides expérimentés et sûrs ; les électeurs seront initiés par eux aux principes, tenus par eux au courant des découvertes, et parmi eux, ou sur leurs indications, ils choisiront de préférence leurs délégués (2). Le consensus de ces électeurs n'en sera pas moins nécessaire à obtenir pour toute réforme nouvelle, par cette raison bien simple que les expériences sociales s'accomplissent dans un milieu cérébral, de même que les expériences médicales se réalisent dans un milieu physîo-
(1) Lois et Mœurs républicaines ^ p. 355.
(2) Si la politique est une science, elle aura un jour ses savants et ses praticiens, de même qu'il y a des chimistes et des métallurgistes, des physiologistes et des médecins. Les premiers professeront la doctrine et en étendront les limites par leurs travaux; les seconds mettront en œuvre les données de la théorie.