NÉCESSITÉ DB LA MÉTHODE
pas que les partisans d*une restauration royale ou impériale puissent nourrir de sérieuses espérances, surtout après les compromissions peu aTouables auxquelles ils se sont prêtés. Une telle restauration ne restaurerait rien ; elle changerait une étiquette; elle ne ferait pas reviirre des idées et des sentiments eSbcés de phis en plus.
Tous les Français ont à prendre leur parti de la démocratie républicaine. Mais ils ont le droit de demander à cette démocratie de n^étre oppressive pour personne et de se montrer, au contraire, également juste pour tous. Ils ont le droit de demander à son gouvernement, non pas de faire leur bonheur, mais de ne pas les empêcher^ par une administration tracassière ou une législation maladroite, de le réaliser eux-mêmes.
Ainsi ))osée, la question paraît bien simple ; c*est pourtant celle qui exige aujourd'hui le plus de sens et de méthode.
Des citoyens, habitnés de longue date à être gouvernés, ne se contentent pas volontiers de l'action personnelle. L'effort privé, individuel ou collectif^ leur semble presque toujours insuffisant, sans le concours actif des pouvoirs publics. Aussi, ce concours est-il fortement sollicité par les élus du suffrage unÎTersel ; il ne pouvait manquer de Tètre. Sous la forme barbare dans laquelle ce suffrage est exprimé (1), et dans i*état actuel des esprits, toute Section politique donne lieu aux revendications les plus étranges et le mandat s'obtient au prix de monstrueuses concessions. La conception généralement admise des droits et des devoirs de l'État encourage les appétits comme les défaillances ; les mandataires sont conduits à tout promettre à des mandants qai se croient permis de tout
(1) (^hap. xLi.
4n APPENDICE.
demander. Jamais, peut-être, on ne vit le domaine des faveurs et des privilèges assailli avec plus d'audace et défendu avec moins de fermeté. 11 suffit pour s'en convaincre de regarder autour de soi.
Agriculteurs et industriels, fabricants et marchands, réclament des protections spéciales, chacun dans la sphère de son industrie ou de son commerce. Le droit de 5 francs sur le blé^ droit auquel est dû un écart constant de 5 francs environ entre le prix du blé au Havre et le prix à Anvers (1), ce droit ne satisfait déjà plus les propriétaires fonciers. Les maïs et les riz viennent d'être taxés; ne fallait-il pas accorder aux producteurs d'alcool de bette* rave un privilège sur les distillateurs de grains?
Le bétail français est protégé par la loi de douane ; pour plaire aux éleveurs de porcs, le gouvernement a prohibé par décret l'introduction des viandes salées américaines, suscitant ainsi, de la part des États-Unis, des représailles qui ne sont pas près de finir. 11 n'y a pas que le bétail sur pied qui passe la frontière ; on importe de plus en plus le bétail mort. De là, il y a quelques mois, un vif assaut dirigé, au Conseil municipal, contre cette importation par certains mandataires des luthiers et des mégissiers de Paris, ainsi que des bouchers delaVillette. Ces derniers sont en concurrence avec les bouchers des Halles centrales, qui reçoivent les moutons, refroidis ou congelés de FAlJemagne ou de la Plata; TËtat et la ville de Paris n'ont-ils pas le devoir de leur rendre leur commerce plus facile en supprimant celui de leurs rivaux?
Le vin de raisin frais vient d'avoir son heure de triomphe contre le vin de sucre et le vin de raisin sec ; le beurre espère bien avoir la sienne contre la margarine.
(1) Louis Straxjss> consul honoraire de Belgique : Tableau relatif à Vinfluence des droits de douane.