NÉCESSITÉ DE LA MÉTHODE
concurrence impossible sur les marchés étrangers et ils se ferment eux-mêmes ces marchés par l'exagération des droits protecteurs l Les socialistes, qui crient contre les intermédiaires, s'allient avec ces mêmes intermédiaires contre les grands magasins qui les suppriment. Les petites maisons, qui veulent la mort des grandes, s'unissent aux socialistes, qui visent à remplacer les grandes compagnies par des compagnies plus grandes encore, qui seraient les villes, les départements et TÉtat !
Ainsi les classes, les corporations, les individus, descendent dans Tarène pour se disputer les faveurs de l'État-Providence. C'est la curée ou c'en est le désir. Gomment se reconnaître dans ce débordement d'ambitions et d*envies ? Le tableau, pourtant fort incomplet que nous avons essayé de tracer, ne suffit-il pas à prouver la nécessité de la méthode ?
Qui montrera assez d'énergie et de persévérance pour en réclamer l'emploi? Pour cela, nous comptons sur ce personnage qu'un économiste américain, W« Grabam Sumner, appelle si pittoresquement « l'homme oublié ». Qu'est-ce que Thomme oublié? C'est celui qui achète pour lui et pour les siens des substances alimentaires et des produits manufacturés, et qui désire les acheter au meilleur marché possible ; celui qui travaille pour nourrir sa famille et qui considérerait la limitation légale de son effort comme la limitation de son devoir ; celui qui ne fréquente pas les cabarets, ne s'endette pas chez les fournisseurs et commande assez à ses besoins pour former l'épargne de l'avenir; celui qui paye régulièrement les taxes de sa commune, du département et de l'État; celui pour lequel toute augmentation du prix des choses, toute aggravation de l'impôt se traduit par une diminution de vie; c'est le conservateur et le contribuable, en un mot.
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Eh bien, Thomme oublié sait qu'une mauvaise loi a pour effet de gêner son activité productrice ou de rendre plus lourdes les charges qui pèsent sur lui. Il a tout intérêt à ce que de mauvaises lois ne soient pas faites. Espérons qu'il sortira de son inertie, qu'il entrera en scène à son tour pour demander qu'on pense un peu plus à lui. 11 peut être obéi, car il est le nombre; il doit être écouté, parce qu'il est le droit.
Mais, pour intervenir, il lui faut comprendre la portée des mauvaises lois.
§ 2. — Exemples de mauvaises lois.
Les lois, avons-nous dit, sont toujours des expériences; par malheur, ce sont le plus souvent des eipériences mal faites. Elles ne produisent pas le bien qu'on en attend; le mieux qui puisse en advenir, c'est qu'elles demeurent sans résultat ; trop fréquemment, elles ont de funestes répercussions. Quelques exemples vont le prouver.
Nos législateurs se sont préoccupés, avec raison, de l'état stationnaire de la population française (1). Aucun problème n'offre plus de gravité. Us ont cru possible de remédier par la loi à ce mal, à ce danger. Les Romains l'avaient pensé avant eux : la loi Pappia Poppœa avait pour but d'encourager la propagation de la race; elle n'aboutit à rien. Notre parlement a jugé le problème facile. En 4885, il décida que tout septième enfant serait élevé aux frais de l'État, et il inscrivit au budget un crédit de 40 000 francs pour couvrir les frais d'application de la
(1) Le nombre moyen de naissances par mariage, à l'époque actuelle, est de 3 pour l'ensemble de la France; il varie entre 2 et 4, suivant les départements. (V. Turquan, Fécondité cômparatipe des diverses catégories spéciales J)