ACT T0RREN8 EN ALGÉRIE
de problèmes économiques qui tiennent une place, chaque jour plus grande, dans les préoccupations publiques i».
Ajoutons, en terminant, que le projet de loi est depuis quatre ans dans les cartons du ministère de Tintérieur et qu'il n*en est point sorti. Les bureaux sont comme Tavare Achéron^ qui ne lâche point sa proie. Le gouyerneur de l'Algérie n'est qu'un préfet général, dépourvu d'initiative; les pouvoirs publics de la colonie n'en possèdent pas davantage. Les bureaux ont beau jeu pour maintenir le statu quo ; les ministres qui passent n'ont guère le temps^ alors même qu'ils en auraient la volonté, de secouer leur torpeur et encore moins de vaincre leur résistance. Il en serait autrement si l'on reconnaissait à l'Algérie le droit de légiférer en certaines matières, le gouvernement français se réservant un droit de veto^ comme le fait le gouvernement anglais à l'égard de TAustralie. Si les provinces algériennes étaient libres, sous cette réserve, de modifier le régime de la propriété foncière, elles s'approprieraient en même temps le homestead et Tact Torrens, comme deux institutions qui se complètent Tune par l'autre. Gella-ci faciliterait l'affluence des capitaux, celle-là la conservation de l'épargne ; Tune rendrait la colonisation plus active et l'autre plus stable (1).
§ 8. — Projet de loi ayant pour objet la constitution des universités (législation séparée).
Il y avait en France, en 1789, vingt-deux universités. La Révolution les supprima comme elle supprima les provinces. Elle ne fit pas en cela un coup de force ; elle constata légalement un fait accompli. Les universités, comme
(i) Léon Donnât, too, ctï.
les provinces, n'existaient que de nom ; le mouvement intellectuel s^accomplissait en dehors d'elles et malgré elles.
La Révolution avait remplacé les provinces par des départements plus nombreux ; elle substitua aux universités des séries d'écoles spéciales. L'émiettement de l'instruction suivit l'émiettement administratif. On ne saurait affirmer que ce fut une faute dans la pratique. Dans l'un et l'autre cas, il fallait, en effet, sortir de vieux cadres usés et rigides ; il était plus commode de les briser que d'essayer de les changer. Les nouveaux cadres n'étaient pas prêts ; le temps seul pouvait les reformer. En détruisant l'obstacle à cette reconstitution, la dispersion momentanée des forces fut, pour l'enseignement comme pour l'administration du pays, une cause de progrès.
Le temps semble venu de mettre un terme à l'isolement des écoles^ comme à celui des départements, parce qu'on peut le faire d'après les idées modernes. Les nouveaux groupements vont être mis à l'épreuve pour les écoles si le parlement vote, comme il faut s'y attendre, le projet de loi introduit au Sénat, le 22 juillet i890, par M. Léon Bourgeois, ministre de l'instruction publique, et ayant pour objet la constitution des universités.
Dans son beau livre (1), M. Louis Liard justifie à l'avance l'opportunité de la mesure, en nous montrant dans quel état se trouvaient nos facultés à la fin du second empire, et en traçant l'historique des efforts tentés depuis 1875 pour leur préparer progressivement un avenir meilleur.
En 1870, les facultés offraient un déplorable spectacle d'impuissance et d'atonie. Dans une même ville, elles étaient isolées et sans rapport entre elles; dans une même
(1) Universités et Facultés,