‹ La politique expérimentale (volume 2)Chapitre 134 sur 146 · LES UNIVERSITÉS. 8S · texte numérisé non relu

LES UNIVERSITÉS. 8S

faculté, les cours divers manquaient de coordination et n'étaient dominés par aucune vue d'ensemble. A côté de ceux qui n'avaient point d'élèves, on en trouvait d'autres qui n'étaient suivis que par des auditeurs de passage ou des amateurs des deux sexes (1). Tantôt le nombre des professeurs était insuffisant; de telle sorte que le même maître enseignait la zoologie, la botanique et la géologie ; tantôt le même cours était inutilement professé en différents locaux.

Il n'y avait pas de ressources pour les bibliothèques : l'outillage, les collections; les bâtiments étaient restreints ou misérables; les laboratoires étaient quelquefois, comme il arriva pour Claude Bernard, les tombeaux des savants (2).

(1) Lois et Mœurs républicaines, p. 336.

(2) « Le nombre de nos facultés est tellement exagéré que, pour avoir un public, certains professeurs sont obligés de faire des cours élémentaires auxquels se rendent les aspirants au baccalauréat. C'est ainsi que là où les plus hautes spéculations des mathématiques, de la physique, de la chimie, de la biologie, devraient être passées en revue et discutées, on n'expose de tout cela que les premiers principes, de telle sorte que nul ne peut devenir docteur es sciences^ par exemple, avec l'enseignement delà faculté... Si, au lieu d'avoir en France un aussi grand nombre de facultés, on avait un nombre d'universités assez restreint, six ou sept par exemple, si dans chacune d'elles étaient groupés les enseignements éparpillés aujourd'hui de divers côtés, les professeurs ne manqueraient pas d'auditeurs, même pour les spéculations transcendantes, et en parcourant le cycle complet de la science, ils élèveraient le niveau intellectuel de la nation aux plus grandes hauteurs... Ainsi le spectacle que présente aujourd'hui renseignement supérieur est celui de la dispersion, dispersion qui se manifeste dans les établissements, dans les départementsministériels auxquels ilsse rattachent, dans les collections, dans les laboratoires et les bibliothèques, dans \e personnel des professeurs, des élèves et des employés, dans les matières de l'enseignement, etc. » (Léon Donnât, Lois et Mœurt républicaines y p. 335 et suiv.)

Faut-il s'étonner si, dans un tel état de délabrement matériel et moral, l'esprit universitaire n'existait pas chez les maîtres ? La République a prudemment agi en s'efforçant de le créer avant de reconstituer des universités. (( Â une résolution subite brusquant toutes choses, on préféra une évolution graduelle, les engendrant l'une après Fautre, les asseyant Tune sur Tautre, et permettant au besoin de les reprendre et de les corriger. » (1) Et, dans son exposé des motifs à Tappui du décret de 1885, M. Goblet disait encore à cette époque : n Les mœurs, sans lesquelles la vie universitaire serait une fiction et une illusion, sont-elles assez formées pour appeler dès aujourd'hui la sanction de la loi ? Le jour où l'État constituera des universités, il se dessaisira pour elles d'une partie de ses attributions. Doit-il le faire avant qu'une expérience décisive l'ait pleinement justifié ? »

C'est donc bien la méthode expérimentale qui a été mise en œuvre, a Dans ces quinze dernières années, la République a refait les bâtiments des facultés. Elle a constitué à peu près de toutes pièces leur outillage^ leurs laboratoires, leurs collections, leurs bibliothèques. Elle a élargi les cadres de leurs enseignements. Elle a plus que doublé leurs budgets. Elle a rendu meilleure la situation des personnes et doté les enseignements des ressources indispensables. Elle a créé deux catégories d'étudiants^ autrefois inconnues en France : les étudiants en sciences et les étudiants en lettres. Elle a mis plus de science que par le passé là où dominait autrefois le souci des études professionnelles, et elle a donné une tâche professionnelle aux ordres de faculté qui n'en avaient pas. Elle a rendu aux facultés la personnalité civile qu'un pouvoir déliant leur

(1) L. LiARD, loc. cit.

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