LES UNIVERSITÉS. 54S
La latitude laissée par la loi répond à ce désir de Téminent directeur de renseignement supérieur au ministère de Tinstruction publique. Les grades universitaires acquerront avec le temps une valeur d'estime moins banale que celle de la licence en droit ou du doctorat en médecine. Dans la pratique, le grade sera surtout accompagné du nom de l'université qui Ta conféré ; c'est ainsi qu'aux États-Unis, si Ton est docteur à'Hai^ard Collège ou d' Yale Collège^ on a bien soin de le dire pour n'être pas confondu avec d'autres docteurs d'universités moins importantes.
Si la méthode expérimentale a préparé la reconstitution des universités, elle sera la condition de leur développement et de leurs progrès. Elle permettra d'améliorer et de compléter la loi actuelle ; les essais comparatifs facilite* ront les perfectionnements de détail. Une émulation salutaire s'établira entre les diverses universités qui posséderont à la fois l'initiative et la responsabilité de leur action. On les verra « pénétrées de leurs devoirs et de leur valeur, s'inspirant des idées propres à chaque partie de la France, dans la variété que comporte l'unité du pays, rivales des universités voisines, associant dans ces rivalités l'intérêt de leur prospérité au désir qu'ont les grandes villes de faire mieux que les autres, de s'acquérir des mérites particuliers et des titres d'honneur (i). »
Au point de vue de la doctrine, les universités modefrnes feront ce que les anciennes étaient devenues impuissantes à réaliser. La théologie était Tâme de ces dernières, et la méthode subjective leur procédé de travail. La science sera désormais Tâme de nos hautes écoles, et c'est d'après la méthode objective que les maîtres feront leurs démonstrations et leurs recherches.
(1) M. Jules Ferry, Circulaire du M novembre 1883.
La réforme proposée au parlement aura une portée plus grande que celle de renseignement supérieur. Les universités sont des foyers où se réchauffe Tâme nationale, où se vivifie Tesprit public. G*est ainsi que les considèrent les peuples étrangers. « Vers la fin de la guerre de cent ans, dit M. Liard, il était fondé des universités par les Anglais à Bordeaux et à Gaen, pour combattre Tinfluence française. Plus tard, il en était fondé une à Douai par Philippe II d'Espagne pour un semblable objet. De nos jours, l'Allemagne n'a pas eu de souci plus pressant, à peine les remparts de Strasbourg agrandis, que d'élever derrière eux une vaste université, comme une forteresse avancée contre l'esprit de la France. »
On s'est fait chez nous quelques illusions, surtout dans les rangs inférieurs de la démocratie^ sur la portée de l'enseignement primaire. Il ne vaut que par les maîtres qui le donnent, et ceux-ci ne valent eux-mêmes que par les maîtres qui, directement ou indirectement, les ont formés. Les universités sont les fleuves auxquels les écoles primaires s'alimentent; c'est dans leur sein qu'on verra prendre corps et s'affermir les idées confuses et les opinions hésitantes (i).
« Il n'y a là aucun danger de fédéralisme » , éprouve le besoin de dire M. Léon Bourgeois. Nous comprenons cette précaution dans un pays comme le nôtre, où les mots ont tant d'influence et où l'abus qu'on en fait offre tant de dangers. Quant à nous, les mots ne nous causent ni
(1) Lorsque j'ai proposé au Conseil municipal de Paris d'instituer à la Sorbonne, au moyen d'une dotation annuelle, un cours é.*Évolution des éires organisés^ j'ai eu à surmonter, pour le faire adopter, l'opposition des socialistes et des conseillers révolutionnaires, qui considéraient comme plus utile de subventionner renseignement primaire. (Procéf-verôaZ de la séance du S4 décembre 1^%!,)