‹ La politique expérimentale (volume 2)Chapitre 143 sur 146 · LES MAITRES RÉPÉTITEURS. 5S · texte numérisé non relu

LES MAITRES RÉPÉTITEURS. 5S

§ 13. — Réforme du personnel surveillant dans les lycées (Réglementation séparée).

Tout le monde connaît la situation précaire du person-^ nel surveillant dans nos lycées. Chacun de nous a pu constater la défaveur qui l'atteint, ^oit de la part des élèves, soit de la part des familles, malgré le mérite et les qualités incontestables d'un certain nombre de ses membres.

On a remanié à maintes reprises les programmes ; on a modifié heureusement la position des professeurs ; on a amélioré les conditions matérielles où se trouvaient nos lycées et nos collèges; on n'a [oublié qu'une seule réforme (et ce n'est pas la moins importante) : celle du personnel, dont le concours est indispensable pour la culture intellectuelle et l'éducation morale de la jeunesse.

Quels que soient l'intelligence et le dévouement de beaucoup d'entre eux, les maîtres répétiteurs sont victimes de la situation qui leur est faite. Tels qu'ils sont actuellement recrutés et organisés, ils ne peuvent avoir ni autorité sérieuse dans le lycée, ni considération suffisante au dehors. Le décret du 8 janvier 1887 a, sans doute, rendu leur position meilleure à certains égards; mais il n'a eu pour résultat ni de relever ces jeunes gens dans l'estime des familles, ni d'accroître leur prestige sur les enfants. Ils le sentent, ils s*en irritent, et leurs mécomptes se traduisent trop souvent par des attaques peu mesurées qu'ils dirigent contre leurs chefs.

Tandis qu'il est l'adversaire avoué ou secret de ses supérieurs, le maître répétiteur est en butte à l'hostilité sourde ou déclarée des élèves, qui le persiflent ou le dédaignent. C'est entre eux une lutte constante. Le maître

a, pour se défendre, un arsenal de punitions, dont il use quelquefois avec intempérance; les élèves et leurs parents le lui rendent en mépris.

Ainsi placé hors des conditions qui devraient être les siennes^ ne voyant ou ne croyant voir autour de lui que malveillance, impuissant à obtenir la considération que son savoir et la nature de ses services devraient lui mériter, le répétiteur vit en dehors du monde, se confine dans des relations indignes de lui^ néglige sa tenue, fréquente les cafés, contracte des dettes criardes et augmente par son désordre le discrédit dont il est Tobjet.

Gomment veut-on qu'en un telétatd*esprit le maître soit un éducateur? Quelle action bienfaisante peut-il exercer autour de lui ? J*ai constaté souvent que bien des familles confiaient à des prêtres ou à des ordres religieux Téducation de leur lils^ non pas en vue de renseignement du catéchisme, et pluCôt malgré cet enseignement, mais à cause de l'éducation supérieure, de la politesse, des bonnes manières, des convenances du langage, dont les établissements ecclésiastiques leur offrent la garantie (I). Quelle est la réforme qui remédiera à cet état de choses? Le proviseur du lycée de Brest, M. V. Perdoux, propose tout un système.

De même que, dans Tarmée, il existe un corps de l'intendance, dont les membres sont assimilés, grade pour grade, aux officiers de troupes; de même, dans TUniversité^ il y aurait un corps d'éducation parallèle au corps enseignant. Gomme les professeurs, les maîtres répétiteurs auraient une carrière honorable et honorée, parce qu'elle leur ouvrirait les perspectives de l'avenir. Leur ambition ne serait pas bornée à la place de surveillant

(1) Lois §t Mœurs républicains y p. 239.

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général; ils deviendraient censeurs, proviseurs, recteurs même. L'égalité de situation entre professeurs et maîtres serait telle que des échanges se produiraient sans cesse entre le corps éducateur et le corps enseignant. Tel maître, qui aurait acquis les titres universitaires indispensables, et qui se sentirait la vocation de renseignement, prendrait rang parmi les professeurs. Tel professeur, qui posséderait les aptitudes administratives et qui en aurait donné les preuves, prendrait rang parmi les maîtres.

Au premier échelon du corps éducateur, M. V. Perdoux place les maîtres stagiaires. Bacheliers, ayant dixhuit ans accomplis, ils sont répartis en deux classes et nommés pour un an par le recteur. Ils sont logés et nourris au lycée. Ils y sont chargés des services auxiliaires : infirmerie, dessin, mouvements partiels, écritures administratives, bibliothèques. Si^ après un an de service, ils ne sont pas proposés pour la première classe de leur emploi, ils sont considérés comme démissionnaires.

Au bout de deux ans, le stagiaire devient sous-directeur de deuxième classe.

Les sous-directeurs sont âgés d*au moins vingt ans et pourvus du grade de bachelier. Ils sont logés et nourris dans le lycée. Us assistent, comme les directeurs, aux récréations, aux promenades, aux repas des élèves ; ils couchent au dortoir, remplacent les directeurs de huit heures du soir à sept heures du matin et aux heures de leurs repas. Quand ils ont obtenu le certificat professionnel, ils sont promus de la deuxième à la première classe ; quand ils ont obtenu la licence ou Tun des certificats équivalents, ils sont aptes à être directeurs adjoints.

Les directeurs adjoints doivent avoir vingt-cinq ans accomplis, être licenciés et avoir subi avec succès un exa-

POLIT. EXPÉR. 36

ses APPENDICE.

mea professionnel devant un comité siégeant au chef -lieu académique, et composé du recteur, de deux inspecteurs d'académie et de deux proviseurs du ressort.

Les directeurs remplissent les mêmes conditions et sont, en outre, pourvus d'une agrégation. Ils sont assimilés, pour Tavancement et le traitement, aux professeurs agrégés des lycées, tandis que les directeurs adjoints sont assimilés aux chargés de cours.

Il y a un directeur ou un directeur adjoint par groupe de soixante ou soixante«dix élèves pensionnaires ou demipensionnaires.

Les directeurs et directeurs adjoints surveillent les élèves pendant les études^ les conseillent dans leurs travaux, les accompagnent au réfectoire et à la promenade. Ils ne mangent ni ne couchent au lycée ; ils sont libres pendant les classes^ ainsi que pendant les congés et les vacances.

Les directeurs forment, sous le nom de comité (Téducation, le conseil permanent du proviseur, qui les réunit deux fois au moins par semaine, pour s'entretenir avec eux de la situation matérielle, intellectuelle et morale de leurs élèves.

Les fonctions de censeur, de surveillant général et de maître répétiteur sont abolies.

Tel est le plan que M. Perdoux a proposé à son ministre, M. Léon Bourgeois, qui ne recule pas devant les réformes, parce qu'il connaît le moyen |de les accomplir.

Un projet aussi vaste ne saurait être raisonnablement essayé dans tous les lycées de France. IL est assez séduisant pour qu'on ne le laisse pas tomber dans l'oubli. Avec la méthode expérimentale, la crainte ne tue pas l'espérance. M. Léon Bourgeois est resté novateur et prudent, en mettant le système à l'épreuve dans le lycée même du proviseur qui le conseille.

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