LA. DÉMONSTRATION OB LÀ VÉRITÉ. IS
retraçant, comme exemple, la genèse des idées relatives au mouvement des corps célestes (i). Il nous suffit de rappeler ici quelques faits connus des savants.
Les pythagoriciens enseignaient que le soleil est immobile et que la terre tourne ; mais ils ne le prouvaient pas. Aussi le système de Ptolémée, conforme aux apparences, fut-il admis pendant l'antiquité et le moyen âge. Au sei« zième siècle, Copernic publia timidement la théorie qui porte son nom. Ce fut pour en avoir fourni des preuves convaincantes que Gahlée se trouva en butte aux attaques de rÉcole et de l'Église.
Toutefois^ Téclat de la démonstration ne dissipa pas encore les ombres de la croyance vulgaire. Bossuet écrivait, à la fin du dix-septième siècle : « Il n'y a pas de cours si impétueux que la toute-puissance divine n'arrête quand il lui plaît ; considérez le soleil, avec quelle impétuosité il parcourt cette immense carrière qui lui a été ouverte par la Providence ! Cependant, vous n'ignorez pas que Dieu ne Tait fixé autrefois au milieu du ciel à la seule parole d'un homme (2). »
Ce fut seulement après que Newton eut constitué la science de l'astronomie, en donnant une forme rationnelle aux observations de ses prédécesseurs, que les adversaires du mouvement de la terre abandonnèrent le champ de bataille.
En 1575, un des hommes qui font la gloire de la France, un inventeur de génie qui apprit la science « avec les dents » , la défendit de même et, pour cette raison, vécut
(1) Chap. xxviii.
(2) Cité par J. Bertrand : les Fondateurs de Vastronomie taoderne, p. 58.
pauvre et persécuté^ Bernard Palissy, ouvrait, à l'âge dd soixante-cinq ans, des conférences sur Thistoire naturelle et la physique du globe. On remarquait dans Tassistance les personnages les plus distingués de l'époque ; Ambroise Paré était parmi eux. Ces leçons se succédèrent durant dix années. Les idées qui y furent émises sont considérées par Guvier comme les idées mères de la géologie moderne. Elles passèrent cependant presque inaperçues, et rien n^en serait arrivé jusqu'à nous, si le conférencier ne nous en avait conservé la trace dans son traité des Eaux et Fon^ taines publié en 1580.
Avant Palissy, on était fort embarrassé pour expliquer la nature des coquillages pétrifiés que Ton trouvait partout sur la terre et jusqu'au sommet des hautes montagnes. Les uns, ceux pour lesquels le mot remplace la chose, s'en tiraient en disant : « Ce sont là des jetix de la na ture (i ) » . D'autres, plus réfléchis et cherchant leurs inspi* rations dans la Bible, pensaient que le déluge avait transporté ces coquilles aux lieux mêmes où on les trouvait actuellement et où, en se retirant, les eaux les avaient laissées.
Le potier de Saintes avait, lui, une perception claire des révolutions de notre globe. Il expliquait dans ses con* férences que les mers avaient changé de lit, que les rivages s'étaient déplacés et que les « pierres figurées » n'étaient que les restes des êtres marins déposés dans les fonds abandonnés. Quant au livre de Cardan qui attribuait au déluge les coquillages fossiles,^ il le rejeta hautement : « C'est que ce qu'on nous dit du déluge donne l'idée d'un événe-
(1) C'était la doctrine professée par les scolastiques, qui regardaient les fossiles comme des jeux de la fuiture produits, sous l'influence variable des constellations, par une force plastique mystérieuse, inhérente au globe terrestre.