‹ La politique expérimentale (volume 2)Chapitre 17 sur 146 · LA DÉMONSTRATION DE LA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

LA DÉMONSTRATION DE LA VÉRITÉ

ment subit et pour ainsi dire momentané, au lieu que ce qu'on remarque dans la terre est l'ouvrage d un grand nombre de siècles (1). »

Buffon accepta cette hypothèse et fit observer que l'opinion de Palissy avait été déjà émise par les anciens : Hérodote, Sénèque, Plutarque, Oyide. Il entretint à ce sujet une assez vive polémique avec Voltaire, qui considérait les coquilles des Alpes comme jetées là par les pèlerins à leur retour de Rome. Le philosophe de Ferney avait d'ailleurs trop d'esprit pour défendre longtemps une expli* cation si naïve ; il lâcha pied, en disant qu'il ne voulait pas, pour des coquilles, se brouiller avec M. de Buffon.

Pour que la théorie de Bernard Palissy acquière droit de cité, il a fallu que les géologues modernes, tels que Werner, Desmarets, William Smith, en donnent des preuves surabondantes, et que Cuvier, notamment, reconstruise avec les jeux de la nature la faune antédiluvienne (2).

La genèse des êtres organisés fournit également un exemple à l'appui de la proposition inscrite en tête de ce

(1) Lamoîgnon de Malesherbes, cité par M. de Lanessan. V.tn/Va.

(2) Voir DE Lanessan, Introduction sur Buffon; — Louis Figuier, les Savants illustres; — Hoefer, Histoire de la géologie; — > Gfa. Sainte-Claire Deville, Coup d'œil historique sur la géologie.

Bernard Palissy eut la mauvaise fortune de Galilée, et la porta «yec plus de grandeur. Il ne s'était pas contenté d*être un savant et un artiste ; son esprit chercheur l'avait conduit à embrasser la religion réformée. Aussi eut-il à subir de cruelles persécutions et fut-il, en 1588, enfermé à la Bastille. A la demande de protecteurs puissants, Henri III vint le trouver dans son cachot et lui offrit la Jiberté en échange de son abjuration. Le fils de Catherine de Médicis ne remporta qu'une fière réponse, et Palissy mourut en prison, Tannée suivante, ^ l'âge de soixante-dix-neuf ans, deux siècles juste avant la Révolution française.

POLIT. EXPÉR. 2

chapitre, car la théorie exposée avec tant d*am pleur par Lamarck, dans sa Philosophie zoologiquej est loin d*être acceptée, comme ont fini par Tétre les révolutions des. corps célestes et les transformations du globe. Cette théorie est même antérieure àLamarck. D'après M. de Lanes» san, Buffon doit être considéré comme le véritable fondateur de la doctrine de révolution (i). Ses idées furent défendues par Adanson, Gh. Bonnet, Oken et Goethe; Lamarck donna au transformisme une forme tout à fait scientifique, comme Diderot en avait donné la poétique formule. De nos jours, Darwin, Russell Wallace, Haeckel, Moritz Wagner, Garl Yogt, toute une pléiade de savants, ont complété et précisé la théorie de Lamarck; Herbert Spencer Ta englobée dans une généralisation puissante. Cependant le transformisme sera longtemps encore tenu en échec par des hypothèses moins acceptables ; il le sera jusqu'au moment où la démonstration deviendra assez forte pour désarmer les derniers combattants.

De même que Taccord ne s*est produit sur les lois scientifiques que le jour où elles ont été surabondamment prouvées, de même le défaut d'évidence empêche en politique de réaliser cet accord. Que le lecteur veuille bien se repor-

(1) « En dépit de quelques passages écrils sans nul doute en vue d'assurer sa tranquillité, et où il affirme la création et la fixité des espèces, toute son œuvre concourt à montrer que son opinion véritable est qu'il n'y a pas d'espèces, qu'il n'existe que des individus, que les prétendus espèces, genres et familles des naturalistes ne sont que des groupes artificiels, destinés à faciliter la mise en ordre de nos connaissances; que des espèces nouvelles peuvent être produites soit par hybridation, soit par la sélection avec ségrégation, soit par la transformation des anciennes sous l'influence du climat, de la nourriture et des autres conditions extérieures. » (De La- NESSAN, Introduction sur Buffon,)

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