LA DÉMONSTRATION DE LÀ VÉRITÉ
ter cent ans en arrière et évoquer rapidement en sa mémoire les principales questions qu'on a soulevées durant ce laps de temps et qui ne sont pas encore résolues ni près de Têtre. Le nombre en est grand. Nous ne les rappellerons pas ici, ce livre ayant pour but d'exposer une méthode plutôt que de faire pressentir des résultats. Bornonsnous à en indiquer deux, en les choisissant à dessein parmi celles de moindre importance, celles qui ne se heurtent pas aux obstacles que rencontrent de plus grosses questions, par exemple : la séparation de l'État et des Églises.
Le scrutin de liste et le scrutin uninominal ont également leurs défenseurs; ils possèdent Tun et l'autre des qualités et des défauts. Tel homme politique préconise un mode de scrutin pour les inconvénients qu'il évite ; tel autre pour les avantages qu'il présente. Ce qui est plus étonnant, c'est que les deux camps adverses réclament les deux formes opposées en faveur de la représentation des minorités électorales ; ce qui l'est moins, c'est que chacun préfère le système qui assure le mieux son élection.
On a essayé tour à tour, mais mal essayé, le scrutin de département et le scrutin d'arrondissement ; on est passé maintes fois de Tun à l'autre. On continuera à tourner dans le même cercle de discussions oiseuses et d'essais infructueux; les convictions demeureront partagées tant qu'on n'aura pas soumis la question du scrutin à des expériences plus sérieuses.
Nos politiciens semblent ignorer qu'il existe d'autres modes de votation en vigueur; que le respect des minorités peut être obtenu par des procédés dignes d'être expérimentés ou l'ayant même été déjà. La représentation propor^ tionnelle fut proposée dès 1780 à la chambre des communes d'Angleterre par le duc de Richmond ; elle y fut,
en 1836, soutenue par lord Grey. Depuis i853 elle a été adoptée dans le monde entier par un grand nombre d'États, et elle est étudiée sérieusement là où elle n*est pas encore en vigueur (1). Bien peu s*en préoccupent chez nous. On avance, on hésite, on recule, on échoue, on recommence à nouveau, et les questions les plus hautes demeurent réduites au rôle étroit de platform des partis.
Nous avons sous les yeux un livre de M. Alfred Naquet intitulé Questions constitutionnelles, Kauteur y discute les deux systèmes relatifs à l'organisation parlementaire, une chambre ou deux chambres, et il conclut en faveur du premier.
Nous pensons que l'argumentation de M. Naquet est insuffisante pour convaincre ses adversaires. Il se préoccupe, comme Fa fait M. Armand Marrast, des lenteurs et des obstacles qu'entraîne la dualité de chambre pour la confection des lois, sans se demander si cette lenteur et ces obstacles sont réellement un inconvénient, et si Ton ne fait pas trop de lois (2). Il pense qu'avec une assemblée unique, élue pour six ans et renouvelable par tiers tous les deux ans, les représentants du peuple seraient assez indépendants de leurs électeurs pour offrir toute garantie. Il le pense, mais il ne le prouve pas ; son argumentation est purement métaphysique et ne repose sur aucun fait.
En changeant son point de vue, M. Naquet aurait mieux posé le problème. Il ne s'agit pas tant de savoir si l'unité de chambre est préférable ou non en elle-même à la dualité, que d'étudier de quelle façon le peuple exercera le
(1) Chap. XXV et xlt.
(2) Telle est l'opinion des Américains dans les États oîi la législature ne siège que tous les deux ans, durant un nombre de jours fixé par la conslilution.