‹ La politique expérimentale (volume 2)Chapitre 21 sur 146 · L'OBSERVATION EN POLITIQUE. 2S · texte numérisé non relu

L'OBSERVATION EN POLITIQUE. 2S

a foulé aux pieds la philosophie scolastique, comme Galilée bafouait la science officielle. heNovum Organum substitue robservation des faits aux hypothèses de la raison et rinduction au syllogisme. Bacon occupe une place prédominante dans rhistoire de la pensée moderne ; une immense chaîne de savants et de philosophes se rattache à lui par ses découvertes et par ses travaux. Il a été un révolutionnaire, dit avec raison M. Lefèvre dans son excellent ouvrage (1).

Révolutionnaire^ on doit l'être à certaines époques; il est sage de Têtre aujourd'hui, car la révolution est à terminer. Non pas que nous désirions le renversement par la force, la destruction par la violence ; nous ne faisons la guerre qu'aux idées, à des idées auxquelles la force et la violence profiteraient peut-être. Si, dans le domaine purement intellectuel, le mot révolution ne signifie pas bataille et sang versé, il ne signifie pas davantage éclectisme, transactions, compromis. La conception des lois de Ja nature n'admet pas de juste milieu. Pour nous, révo- ItUî'on signifie méthode (2).

De la méthode, nos hommes d'État ne se soucient guère. En matière sociale et politique, l'observation est demeurée jusqu'à nos jours et est encore peu en faveur. Un certain nombre de principes considérés comme des axiomes, avec une série de déductions logiques accommodées aux goûts et aux besoins du moment, tel est le substratum sur lequel s'échafaudent la constitution et les lois. Ce moyen est considéré par le plus grand nombre comme le plus commode, et il l'est, comme le meilleur, et il s'en faut qu'il le soit, pour régler le gouvernement d'une nation.

(1) André Lefèvre, la Philosophie.

(2) Cbap. XXIX.

Il favorise la paresse des écrivains qui n'aiment pas à se déranger pour apprendre ce qui se passe au-delà de nos frontières. N'est-il pas plus aisé de fouiller dans une bibliothèque que de parcourir, comme Descartes, la Hollande^ la Bavière, rAutriche, la Hongrie, Tltalie, la Pologne, la Poméranie, l'Angleterre, le Danemark, la Frise et la Suède? « J'employai le reste de ma jeunesse à voyager, » écrit le philosophe dans son Discours de la méthode. « Il est bon, dit-il, de savoir quelque chose des mœurs de divers peuples, afin de juger des nôtres plus sainement, et que nous ne pensions pas que tout ce qui est contre nos modes soit ridicule et contre raison^ ainsi qu'ont coutume de faire ceux qui n'ont rien' vu. »

Descartes poursuivait des études trop abstraites, le cycle de ses recherches était trop vaste pour qu'il pût, en de tels voyages, porter son attention avec profit sur le mécanisme des sociétés humaines. Cet illustre savant a fait assez : il est l'inventeur de la géométrie analytique; on lui est redevable de la loi sur la réfraction de la lumière. J'ai entendu M. Faye, expliquant la formation du système solaire, lui faire le plus grand honneur de sa théorie des tourbillons (i); il a émis des vues justes sur la subordination de la vie au monde inorganique ; il a deviné la fonction cérébrale. « J'anatomise maintenant, écrit-il au P. Mei*senne, des tètes de divers animaux, pour expliquer en quoi consistent l'imagination, la mémoire. » Et pourtant il s'est arrêté en un si beau chemin ; il a glissé dans la métaphy* sique. Le grand novateur a péché à son tour contre la méthode (9). Mais il lui reste d'assez beaux titres de gloire ;

(1) Conférenco du 15 mars 1884, à la Sorbonne (BuUetins de VAs^ iociation scientifique),

(2) Notamment dans la quatrième partie du Discours de la méthode. Il ne réussit pas pour cela h gagner les bonnes grâces de

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