EXEMPLES D'EXPÉRIMENTATION
l'eau et complète l'observation en donnant la loi quantitative. La synthèse fournit la contre -épreuve.
On remplit d'eau un eudiomètre (1). On y fait passer un mélange à volumes égaux d'hydrogène et d'oxygène. Si Ton approche le plateau d'un électropbore, une étincelle jaillit entre ce plateau et la boule extérieure ; en même temps, une seconde étincelle éclate entre les deux boules intérieures. Sous l'action de cette dernière, il se produit une condensation des trois quarts ; le dernier quart est de l'oxygène pur. La moitié de l'oxygène s'est donc combinée à la totalité de l'hydrogène, c'est-à-dire qu'un volume d'oxygène s'est uni à deux volumes d'hydrogène.
Voici maintenant une expérience physiologique ayant pour point de départ, non plus une observation, mais une simple hypothèse (2).
On sait que la maladie connue vulgairement sous le nom de charbon est due h l'introduction dans le sang d'un ferment microscopique, en forme de bâtonnet, la bactéridie. Or la bactéridie charbonneuse, mortelle aux troupeaux et à l'homme, n'atteint jamais les poules. M. Pasteur conçut l'idée que cette immunité pouvait provenir de la différence de température entre le sang des poules et celui des mammifères. Le sang des moutons et de l'homme oscille de 35**,5 à 38 degrés; le sang des oiseaux atteint
(1) Éprouvette de cristal à parois épaisses, dont rextrémité fermée est traversée par une tige de laiton que terminent deux boules, Tane à Textérieur, Tautre à Tintérieur de l'eudiomètre. Près de la boule intérieure aboutit une autre boule formant l'extrémité d'un fil de laiton, qui se prolonge jusqu'à la partie ouverte de l'eudiomètre.
(2) Voir l'excellent ouvrage de M. Emile Ferrièrb : Uàme est la fonction du cerveau. — Voir aussi le livre intitulé : M. Pasteur; hiitoire d'un savant par un ignorant.
45 degrés ; celui des poules n'est jamais inférieur à 42 degrés.
Afin de contrôler cette hypothèse, M. Pasteur prend trois poules offrant des conditions identiques de vigueur et de santé. Il inocule à la première poule une liqueur chargée de hactéridîes très virulentes ; puis il Tabandonne à elle-même; elle ne meurt pas.
M. Pasteur met les pieds de la deuxième poule dans Teau froide ; lorsque la température du sang s'est abaissée à 35 degrés, il inocule la liqueur bactéridienne. La poule offre bientôt les symptômes de Tempoisonnement et meurt au bout de quarante-huit heures. Son sang, examiné au microscope, paraît infecté de bactéridies ; inoculées à un lapin, ces bactéridies le tuent. .
M. Pasteur prend la troisième poule, lui met les pieds dans Teau froide et Ty maintient jusqu'à ce que la température du sang s'abaisse à 35 degrés ; puis il lui fait rinoculalion. Au bout d'un certain temps se manifestent les symptômes du charbon. M. Pasteur retire aussitôt la poule de son bain.; il l'enveloppe avec soin dans du coton et la place dans une étuve à 35 degrés. Peu à peu ses forces reviennent, elle se secoue, et au bout de quelques heures elle est en pleine santé.
En résumé :
« 1^ Etant donné un sang chaud à 42 degrés, il y a immunité contre la bactéridie ; po5i7a causa, ponitur effectus; c'est le cas de la première poule.
« 2° Etant donné un sang auquel on supprime la chaleur de 42 degrés (abaissement à 35 degrés), l'immunité contre la bactéridie est supprimée ; sublatâ causât tollitur effectua; c'est le cas de la deuxième poule.
« 3* Etant donné un sang à 42 degrés, qu'on abaisse à 35 degrés et qu'on relève à 42 degrés, l'immunité contre
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la bactéridie tend à être supprimée à 35 degrés, puis reparaît à 42 degrés ; variante causa, variatur e/fectus; c'est le cas de la troisième poule.
c( Donc l'immunité des poules contre la bactéridie est due aux 42 degrés de chaleur de leur sang (1). »
(1) Emile Perrière, loc. cit.
Les exemples d'expérimentation analogues à celui des trois poules ne manquent pas dans la science. Citons comme trôs iutéressaate l'expérience de Mosso pour démontrer que le travail intellectuel coïncide avec un afflux du sang au cerveau. Un appareil ingénieux permet de constater les faits suivants : à l'état de veille, si le sujet examiné ne se livre à aucun effort de pensée, il y a dans la circulation du sang un équilibre constaté par un niveau déterminé du manomètre à eau de l'appareil. Si le sujet accomplit un effort mental, il y a contraction dans les vaisseaux périphériques, et le niveau du manomètre s'abaisse. Cet abaissement est d'autant plus sensible que le travail cérébral a été plus considérable; il s'est montré plus grand quand le sujet traduisait du grec que lorsqu'il traduisait du latin, parce qu'il possédait la langue latine mieux que la langue grecque. Aussitôt que tout travail cérébral cesse, la pression s'égalise et le manomètre reprend son niveau.
A l'état de sommeil on constate de la même façon que les contractions périphériques coïncident avec le rêve, avec un bruit dont le dormeur n'a pas conscience et encore plus avec un bruit qui l'éveille.
Il est ainsi démontré que les excitations du cerveau ont leur contre-coup dans la circulation périphérique et que ce contre-coup est d'autant plus fort que les excitations sont elles-mêmes plus accusées. {Note de la 2« édition.)