‹ La politique expérimentale (volume 2)Chapitre 31 sur 146 · LES THOIS CONDITIONS DE LA. MÉTHODE · texte numérisé non relu

LES THOIS CONDITIONS DE LA. MÉTHODE

et par l'oxyde de carbone. Les idées ne manquent pas en politique ; peut-être même en existe-t-il trop. Il est donc inutile d'employer l'expérimentation à en découvrir de nouvelles.

Quant à Thypothèse pure et simple, résultat d'une idée préconçue ou d'une seule observation, comme celle qui a conduit M. Pasteur à la mémorable expérience des trois poules, elle ne saurait suffire pour instituer une expérience en politique. Une telle expérience exige, en effet, le concours des pouvoirs publics ; elle s'applique nécessairement à des circonscriptions administratives. Ce sont là des circonstances trop graves pour qu'il convienne de les réaliser sur une simple hypothèse.

Si l'hypothèse est plus complète, si, sans être une induction vérifiée, auquel cas il ne resterait plus rien à faire, elle résulte d'observations multiples; si elle s'appuie sur des faits assez nombreux et bien étudiés, sur des constatations concordantes ; si elle constitue, en un mot, une véritable théorie; si la théorie se présente, comme s'offrit à Lavoisier celle de la composition de l'eau, après que Priestley et lui-même eurent maintes fois reconnu que la combustion de l'hydrogène aux dépens de Tair produit de l'eau, cette théorie est mûre pour l'expérience.

Alors l'expérience peut et doit être faite; car on a satisfait aux exigences de la méthode inductive. On a même tenu compte de la recommandation de Bacon, condamnant l'hypothèse avec exagération, ou tout au moins avec sévérité, lorsqu'il disait : « Ce ne sont pas des ailes, mais du plomb qu'il faut attacher à l'esprit humain (i) ».

Si à l'observation il faut ajouter l'expérience, ces deux

(1) J'ai iodiqué pour la première fois le principe de la méthode expérimentale en politique dans les Lois et mœurs républicaines Janvier 1880) et dans le Programme de la démocratie (janvier 1881).

moyens doivent être en politique complétés par un troisième. Ici, en effet, on ne fait pas, comme en physiologie, des recherches in anima vili; le législateur opère sur ses semblables ; il est obligé à certaines précautions ; on ne saurait expérimenter sur des hommes comme sur des lapins ou sur des cobayes. C'est là une raison de sentiment; il en existe une autre plus profonde, plus objective.

Claude Bernard insiste beaucoup sur le fait que les êtres biologiques vivent dans un double milieu. L'idée, dont il revendique la priorité, est exprimée par lui en ces termes :

(( Les corps vivants paraissent de prime abord se soustraire à l'action de Texpérimentateur. Nous voyons les organismes supérieurs manifester uniformément leurs phénomènes vitaux, malgré la variabilité des circonstances cosmiques ambiantes, et d'un autre côté, nous voyons la vie s'éteindre dans un organisme au bout d'un certain temps, sans que nous puissions trouver dans le milieu extérieur les raisons de cette extinction (1). Mais nous avons déjà dit qu'il y a là une illusion qui est le résultat d'une analyse incomplète et superficielle des conditions des phénomènes vitaux. La science antique n'a pu concevoir que le milieu extérieur ; il faut, pour fonder la science

(1) Les êtres inférieurs, tels que les infusoires, dépendent étroitement du milieu. Ils ne manifestent leurs propriétés vitales que sous rinfluence de rbumiditê, de la lumière, de la chaleur extérieure, et dès qu'une ou plusieurs de ces conditions viennent à manquer, la manifestation vitale cesse. Gomme Ta démontré Spallanzani, cette suspension de la vie peut durer un temps en quelque sorte indéfini. Dans les végétaux, les phénomènes de la vie sont également liés, quant à leurs manifestations, aux conditions extérieures, et c'est ce qui constitue l'influence des saisons.

Chez l'homme et chez les autres animaux H sang chaud, existe une indépendance du milieu qu'on ne trouve ni chez les êtres in-

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