‹ La politique expérimentale (volume 2)Chapitre 32 sur 146 · LES TROIS CONDITIONS D£ LA MÉTHODE · texte numérisé non relu

LES TROIS CONDITIONS D£ LA MÉTHODE

biologique expérimentale, concoToir déplus un milieu intérieur... Ce n*est qu'en passant dans le milieu intérieur que les influences du milieu extérieur peuvent nous atteindre, d'où il résulte que la connaissance du milieu extérieur ne nous apprend pas les actions qui prennent naissance dans le milieu intérieur et qui lui sont propres. Le milieu cosmique général est commun aux corps vivants et aux corps bruts, mais le milieu intérieur créé par l'organisme est spécial à chaque être vivant. Or, c'est là le vrai milieu physiologique ; c'est celui que le physiologiste et le médecin doivent étudier et connaître, parce que c'est par son intermédiaire qu'ils pourront agir sur les éléments bistologiques qui sont les seuls agents efiectifs des phénomènes de la vie (1) ».

La pensée de Tillustre physiologiste peut être étendue. S'il y a pour les êtres vivants deux milieux, il en existe trois pour les sociétés humaines : le milieu cosmique, le milieu physiologique et un troisième milieu, consistant dans l'ensemble des opinions dont la plupart nous ont été léguées par nos ancêtres. On peut l'appeler le milieu cérébral ou le milieu intellectuel y suivant qu'on considère l'organe ou la fonction. De même que les cellules vivantes de notre corps ne subissent les conditions extérieures qu'à travers les blastèmes et les plasmas du milieu physiolo-

fériears, ni chez les végétaux, ni chez les animaux à sang froid. Les animaux supérieurs conservent en quelque sorte leurs organes en serre chaude. C'est parce que les vitalistes suppriment daos leurs explications le milieu intérieur qu'ils ne voient pas, pour ne considérer que le milieu extérieur quMls ont sous leurs yeux, qu'ils ont pu croire faussement à l'existence d'une force vitale violant les lois physico -chimiques du milieu cosmique général. (Voir Claude Bernard, la Science expérimentale,)

(1) Claude Bernard, Introduction à la médecine expérimentale^ p. 130.

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gique ; de même, les individus qui composent une société ne sont atteints qu'à travers le milieu intellectuel. C'est par ce milieu que les citoyens d'une nation réagissent les uns sur les autres et sur la nation entière (i).

Aussi la méthode exige-t-elle en politique une condition qui est indifférente en physiologie. C'est le consensus, Taasentiment des unités associées à toute réforme modifiant leur existence individuelle ou collective. Le suffrage universel, tel qu'il fonctionne chez nous, est une forme rudimeniaire de ce consensits; le progrès politique consistera à en découvrir des formes plus perfectionnées (2). De quelque façon que l'assentiment se manifeste, il doit être considéré comme le troisième élément de la méthode scientifique.

La politique expérimentale est donc soumise à trois conditions qui sont en rapport avec les milieux : l'observation, l'expérience, l'assentiment.

Si des deux premières conditions nos gouvernants ne se soucient guère, on pourrait croire qu'aujourd'hui la troi* sième n'est point négligée par eux. Ce serait une erreur; elle l'a été sous la république comme sous la monarchie, elle l'est souvent encore. Quand Louis XIV envoyait ses dragons convertir les protestants par les procédés que l'on

(1) Cbap. XXIX. Je n'ai pas fait intervenir, à Tappui de la troisième condition de la méthode, le principe de la souveraineté du peuple, parce que, à la façon dont on l'entend trop souvent, ce n'est qa*an faux principe, aussi faux que celui de la souveraineté du prinoe. Je m'en expliquerai plus loin (chap. xu). C'est l'individu, et non le peuple, qui est souverain. De même que, chez les animaux, c'est par l'individu que l'espèce se transforme, de même c'est par l'individu que la société humaine se perfectionne. M. Accolas écrit fort justement : « La monade sociale, c'est l'individu. » {PhUosophie de la science politique, avant-propos, p. v.)

(2) Chap . xxiir, xxv, xl.

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