LÀ MÉTHODE ET LE GOUVERNEMENT
— - et c'est \k une conséquence de nos tarifs protecteurs qui empêchent la production à bas prix, et en Toulant assurer à notre industrie le marché national lui ferment les marchés étrangers •— ils les Tendent trop cher, et ne peuvent soutenir la concurrence ayec leurs rivaux des autres pays (1). Aussi le commerce est-il accaparé, dans nos propres colonies, par les Anglais, les Allemands, les Hollandais, les Belges.
En Gochinchine, où nous sommes installés depuis vingtquatre anS; les maisons françaises n'occupent que le quatrième rang (2). La Gochinchine « achète pour 8 francs à l'étranger^ quand elle achète pour 1 franc à la France ; elle vend pour 50 francs à l'étranger, quand elle vend pour 1 franc à la France (3) » .
Dans une circulaire que le sous-secrétaire d'Etat aux colonies vient d'adresser aux chambres de commerce, il constate que, sur 67 navires qui ont abordé à Haï-phong, le port maritime du Tonkin, pendant le premier semestre de i884, un seul venait de France (4).
Et pourtant, c'est au Tonkin que des ministres peu prévoyants et une majorité docile émiettent en ce moment
(1) Cent mètres de cotonnades anglaises fort communes sont achetées au Tonkin par les indigènes au prix de 7 fr. 50, tandis qu'il leur faudrait payer 24 francs 100 mètres de cotonnades françaises, dont ils ne se soucient pas. — Manchester donne à 24 centimes le mètre de bons tissus que Rouen fournit à peine à 39 centimes.— La fabrique d'Amiens ne peut vendre moins de 1 fr. 75 un velours de coton que Manchester livre à 1 fr. 05.
(2) Nos comptoirs coloniaux ne vivent en maint endroit qu^en vendant des produits tout autres que des produits français.
(3) Yves GuYOT, loc» cit.
(4) Durant cette même période, les importations se chiffrent ainsi : de France, 163 000 francs; des colonies françaises, 1081 000 francs; de Tétranger, 3075000 francs.
les forces militaires et les économies de la France, sans que les difûcultés d*une guerre avec la Chine les arrête, sans que l'alliance anglaise ait été obtenue, et sans qu'on ait profité des premières hésitations de l'ennemi pour frapper un coup décisif.
D'aucuns défendent la politique coloniale au point de Tue militaire. J'ai cru autrefois, comme bien d'autres, que l'Algérie était upe école pour Tarmée française, que les soldats habitués sur son sol aux marches pénibles, aux embuscades nocturnes, aux alertes soudaines, devenaient irrésistibles. L'inyasion de 4870 a montré qu'il n'en était rien. Elle a prouvé une chose que tous les hommes de pensée auraient dû prévoir : c'est que l'art de la guerre se perfectionne par l'étude, qu'il s'apprend, comme tous les arts scientifiques, par la théorie. Les Prussiens Tout appris de la sorte durant un long recueillement ; pour le bien savoir, ils n'ont pas eu besoin de colonies.
Dira-t-on que la politique coloniale est favorable au relèvement des races inférieures? La colonisation libre peut le devenir, et le sera, je crois; mais la colonisation officielle produit plutôt rabaissement moral des Européens. Les hommes ont plus de penchant à descendre qu'à monter. Quand ces hommes sont des fonctionnaires et des soldats, exerçant sans contrôle tous les droits de la force, ce ne sont pas les vertus de leur nation qu'ils propagent ; c'est à leurs propres vices et aux vices de la population soumise qu'ils s'abandonnent en les couvrant du manteau de leur autorité.
Toutes ces considérations sont d'ordre inférieur, répliquent certains politiques. Une destinée inéluctable pousse les peuples civilisés au contact des peuples sauvages. N'est-il pas manifeste que les États de l'Europe sont en ce moment même pris de vertige? La lutte pour l'existence est