LA UÉTHODB ET LE GOUVERNEMENT. 7B
la loi des nations comme elle est la loi des individus ; il serait chimérique de s'y vouloir soustraire. Si nous ne pouvons plus, sur notre continent, produire du blé et de la viande avec bénéfice, nous avons le droit de demander aux nègres de l'Afrique d'en produire pour nous. La politique coloniale s'impose. Qu'importent les millions et les hommes qu'elle nous coûtera si , en un jour lointain, l'humanité y trouve honneur et profit!
Ge projet a des côtés sombres ; nous aurions trop beau jeu à les mettre en lumière. N'en considérons que le côté brillant. Il ne saurait nous éblouir. Le lyrisme humanitaire n'élève pas la question ; il la déplace. Il ne suffit pas d'affirmer que les races supérieures sont appelées au contact des inférieures, il faut savoir comment ce contact doit se produire. C'est encore une question de méthode. Demander à l'État de diriger un tel mouvement, c'est lui confier un rôle qui excède sa compétence. Il ne saurait le remplir ni avec intelligence ni avec probité (1). Trop de faits le prouvent. Dès lora, n'est-ce pas plutôt aux particuliers, aux associations privées que ce rôle incombe?
£n France, il existe une aversion démagogique plus ou moins consciente contre le capital. Les Anglais, qui ont (ait leurs preuves à cet égard, ont recours, au contraire, au capital, pour la mise en valeur de leurs possessions lointaines. Ils ne s'attardent pas à donner ou à vendre de petits lots de terre à des familles incapables d'en tirer parti et de les défendre ; ils accordent de grandes concessions avec des charges et des avantages déterminés. Munies de chartes royales, des compagnies puissantes tentent l'aventure ; elles cultivent le sol, construisent des routes, améliorent le cours des fleuves, garantissent la sécurité
(1) Lois et mœurs républicaines, p. 364, note.
aux exploitants. L'expérience a prouvé que ce procédé, qui fut, sous l'ancienne monarchie^ celui de la nation française, est de tous points le meilleur, surtout pour les colonies d'exploitation. On n'exploite pas sans capital; faut-il demander ce capital à des sociétés priyées ou aux contribuables ? La méthode consiste à savoir choisir.
Nous ne voudrions pas entrer dans des détails qui nous écarteraient de notre sujet. Si nous avons parlé incidemment de nos colonies, c'est afin de montrer combien le gouvernement a besoin d*être soulagé dans sa mission si complexe, et de faire moins pour faire mieux. On a l'habitude de se réclamer de lui pour la colonisation ; on le considère comme obligé de présider par ses armes et sa diplomatie à l'expansion de la race française et à la difiu • sion du commerce français. Il aurait donc le devoir étroit d'étudier avec soin les questions coloniales, de constater avec prudence les résultats obtenus déjà, avant d'en rechercher de nouveaux. Les fautes deviennent des crimes, lorsqu'elles ont pour conséquence des hécatombes inutiles de vies humaines. Et cependant la colonisation scientifique a été le dernier souci des politiciens qui nous ont successivement gouvernés; ils ont employé, d'un cœur léger, nos hommes et notre argent à conquérir des territoires sur lesquels les Français ne peuvent vivre^ et ils n'ont pas su adopter des mesures permettant d'en tirer proôt.
Tandis que les efforts de l'État échouent si complètement, ceux des particuliers sont couronnés de succès. Les courants d'émigration et de commerce sont comme des fleuves qui suivent leur pente naturelle et qu'on ne peut détourner où Ton veut. De même que la protection douanière, la protection coloniale blesse ceux qu'elle prétend