‹ La politique expérimentale (volume 2)Chapitre 61 sur 146 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

l'expérience politique aux éTATs-ums.

La constitution politique des États-Unis se prête, comme celle de la Suisse, à l'emploi de la méthode expérimentale, avec une différence qui est toute en faveur de la première de ces deux républiques. Tandis que les imitations de canton à canton sont encore assez rares en Suisse, pour les raisons que Ton connaît, elles sont très fréquentes, elles forment non pas Texception, mais la règle, entre les diverses régions de la fédération américaine. Les autorités électives de chaque État, de chaque comté, de chaque cité sont à l'affût des progrès réalisés par les voisins. Qu'une réforme s'accomplisse, qu'une institution nouvelle apparaisse, elles s'émeuvent aussitôt; elles se procurent les documents, discutent les conditions et les motifs du changement opéré, en contrôlent les résultats et, s'il leur semble bon, elles le proposent à l'adoption de leurs commettants. C'est l'usage systématique et conscient de la méthode expérimentale, tel que je ne l'ai trouvé nulle part ailleurs. Ce sont les progrès ainsi réalisés et propagés rapidement qui m'ont fait comprendre les avantages de la méthode et m'ont suggéré l'idée de cet ouvrage.

J'ai indiqué déjà, à propos de l'éducation publique, combien les Américains mettaient d'empressement à connaître les améliorations effectuées chez les peuples étrangers et sur leurs propres domaines (1). Il «st clair que ce

(1) Voir l'État de Californie.

n*est pas seulement pour les institutions d'ordre politique, intellectuel et moral, que cette émulation de tous les instants se constate : les inventions et les découvertes industrielles sont utilisées et perfectionnées avec une rapidité dont nous n'avons guère l'idée en France. Cette prompte assimilation de tous les progrès donne aux États-Unis une physionomie plus originale, plus vivante, plus variée dans ses aspects qu'on ne saurait l'imaginer, si on ne Ta vue de ses yeux. Chaque ville offre en moyenne quelque trait nouveau à contempler ; ce trait, une autre ville se l'approprie bien vite et ne manque pas l'occasion de servir de modèle à son tour. A cette concurrence féconde qui règne entre les diverses régions de leur territoire, aux libres efforts de toutes les collectivités, petites ou grandes, que viennent compléter les imitations réciproques des essais heureux, les États-Unis doivent une puissance qui défiera le temps, parce que les éléments en sont modifiables avec le temps. L'édifice est construit de telle sorte que Ton peut, sans en compromettre la solidité, changer successivement toutes les pierres, toutes les assises atteintes de vétusté.

Pour bien faire comprendre comment l'Amérique du Nord fournit aux expériences de tout genre un champ fertile, il est utile d'en retracer brièvement l'organisation politique. Je ne connais d'ailleurs aucun livre dans lequel elle se trouve complètement exposée en peu de mots (1).

Aux Etats-Unis, la plus petite circonscription est le di's^ trict scolaire^ créé spécialement pour les écoles, comme son nom l'indique. L'éducation publique y est dirigée par

(1) Nous nous bornons à esquisser les traits les plus généraux» sans accuser les différences de détail qui se fondent dans Tensemble.

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des administrateurs nommés à temps par les électeurs du district. Ceux-ci ont également à décider sur la construction du bâtiment scolaire et sur Tachât des terrains j affectés.

Le township est une circonscription que Ton peut com* parer à notre canton ; il comprend un ou plusieurs districts scolaires ; il renferme dans la Nouvelle- Angleterre deux ou trois mille habitants répartis en plusieurs agglomérations analogues ànos communes rurales. Dans le township^ les besoins sont plus nombreux et plus variés que dans le district scolaire. Il y a notamment à construire des chemins et des ponts, à soutenir les pauvres, à organiser la police et la justice de paix. Les citoyens nomment, en général tous les ans, trois commissaires dont la fonction consiste à administrer le canton conformément à leurs décisions. A l'expiration de leur terme, ces commissaires convoquent les habitants sur une place publique, comme les chefs athéniens convoquaient le peuple sur TAgora. Ils leur rendent compte de l'exécution de leur mandat; ils leur soumettent des propositions diverses sur lesquelles on doit prendre un parti. Les habitants réélisent ensuite les commissaires ou en élisent d'autres ; ils nomment également l'agent voyer, le juge de paix^ les officiers de police, les commis d'administration et autres agents.

Le comtéy analogue à notre département, possède une administration générale pour les services communs aux divers cantons qu'il renferme, par exemple pour les routes et les ponts, pour la prison, l'hôpital, les archives. Cette administration est composée d'un délégué élu par chaque canton ; elle a le pouvoir de lever des taxes pour les services qu'elle dirige ; elle exerce la mission d'appliquer et de faire respecter dans le comté les lois générales de rÉtat ; elle choisit son président et n'a, ni au-dessus ci à

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if 4 LA MÉTHODE s'âPPUIE SUR L'OBSERVATION COMPARÉE.

côté d*elle, aucun agent d*un pouvoir supérieur, aucun fonctionnaire analogue à notre préfet.

Le peuple du comté a encore à élire pour un temps déterminé :

Un juge, qui forme seul ou arec le jury la cour de comté (cette cour connaît de tous les crimes commis dans le comté et prononce en appel sur les sentences rendues par les juges de paix des cantons) ;

Un procureur, dont la fonction est de poursurtre les personnes prévenues de crimes devant les diverses cours (cour de comté, cour de district) qui siègent dans le comté;

Le sheriff^ qui doit arrêter les criminels et faire exécuter les décisions légales des magistrats ;

Le coroner^ qui fait les enquêtes sur les morts soudaines et inexpliquées, et <pxi remplace au besoin le shériff;

Le greffier de la cour de comté ;

Le directeur de l'enregistrement {reeorder);

Le répartiteur, qui évalue les propriétés et assigne à chaque habitant sa part proportionnelle dans les taxes du comté et de TÉtat;

Le vérificateur des comptes (la gestion financière des officiers publics est contrôlée dans chaque comté sous les yeux du peuple; ce contrôle ne se fait pas seulement sur des pièces qui peuvent être régulières et dissimuler «les plus grandes dilapidations; il s'appuie sur les moyens d'enquête qui abondent dans les localités et qui n'existent pas au centre) ;

Le surintendant des écoles, qui surveille l'éducation publique du comté, conformément aux lois de TÉtat ;

L^ingénieur, chargé du cadastre et du tracé des routes;

L'administrateur public, qui prend en charge toutes

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