‹ La politique expérimentaleChapitre 100 sur 122 · S48 LA MÉTHODE ET LES EÉPORMATEURS · texte numérisé non relu

S48 LA MÉTHODE ET LES EÉPORMATEURS

évoques lui ont parlé de scandales sans nombre ; cela n'est pas vrai, mais cela a suffi pour lui faire considérer cet usage comme un monstrueux abus. De Tenquête à laquelle je me suis livré, il est résulté pour moi que les scanda* les, quand scandale il y a, sont certainement bien moins nombreux que les attentats à la pudeur commis dans nos pays latins par les maîtres congréganisteS| et dont Tauteur en question n'a garde de parler.

Les disciples de Le Play font grand bruit de leur science d'observation. J'ai expliqué comment, entre les mains de leur chef, cette science s'était trouvée incomplète ; chez la plupart d'entre eux, ce n'est plus même de la science ; c'est de la précaution. Ils me rappellent ce prédicateur qui s'écriait devant Louis XIY : « Nous sommes tous mortels » , et qui, en voyant se décomposer les traits du vieux roi, marqués déjà des approches de la mort^ reprenait : « Oui^ sire, presque tous. »

Je ne crois pas avoir outrepassé les droits de la critiqué à l'égard d'un homme que j'ai personnellement connu. J'ai cessé de le voir, dès la fin de 1868, ne voulant pas le suivre plus avant; mes relations avec lui ne furent point rompues. On m'a dit qu'il était mort à la peine; je le crois, car il a donné une somme de travail que quatre hommes très laborieux auraient du mal à fournir. Sa mémoire me semble digne des plus grands respects. J'admire d'ailleurs, quelque nom qu'ils portent, libres penseurs ou spiritualistes, libéraux ou autoritaires, socialistes ou anarchistes, ces chercheurs de vérités qui s'oublient euxmêmes à la poursuite d'une grande idée. Je les admire, mais je ne les plains pas ; car à eux tous s'appliquent ces lignes mémorables que dictait à Vesoul, en 1834, Augustin Thierry : « Aveugle et souffrant sans espoir et presque

sans relâche, je puis rendre ce témoignage qui, de ma part, ne sera pas suspect : il y a au monde quelque chose qui vaut mieux que les jouissances matérielles, mieux que la fortune, mieux que la santé elle-même, c'est le dévouement à la science. »

Page 1