‹ La politique expérimentaleChapitre 105 sur 122 · NÉGESSITI*^ D'UNE POLITIQUE NOUVELLE · texte numérisé non relu

NÉGESSITI*^ D'UNE POLITIQUE NOUVELLE

risprddence incertaine relative à cette loi, mal faite par le pouvoir législatif et mal interprétée par les magistrats, en laissant de plus en plus à des hommes de paille la direction des grands intérêts enjeu. On a vu des gens accusés d'un délit réussir par^ des réticences ou des demi-aveux devant le juge d'instruction à faire considérer ce délit comme un crime, afin d'être traduits en cour d'assises. Ils protestaient ainsi contre la loi qui les privait du jugement par leurs pairs ; c'était la contre-partie de cette ten<^ danee des magistrats à correctionnaliser {{) les causes^ afin de frapper à coup sûr.

Ainsi la protestation est partout. Des traditions françaises, quelle qu'en soit la forme, il ne reste en réalité presque plus rien, et ce qui reste en apparence est menacé d'une disparition prochaine.

Faut-il s'en étonner? Pour nous, nous serions surpris qu'il en fût autrement. Nous pensons que les vieilles croyances et les institutions de contrainte sont appelées pour la plupart à sombrer tout à fait, non pas seulement en France, mais partout ailleurs. Ce n'est qu'une question de temps.

En effet, pour les hommes qui pensent, ces institutions et ces croyances ne sont pas des phénomènes isolés : elles dérivent toutes de la conception que l'homme s'est' faite, à un moment donné, de l'univers et de sa propre nature. Pour si défectueuse que soit cette conception, elle dure aussi longtemps que les idées, dont elle est faite, constituent un ensemble bien défini, bien cimenté, un tout corn-

traventioa punissable d'une amende de 50 francs à 1 000 francs. Il expose en outre à des responsabilités civiles.

(1) Rapport du minisire de la justice au président de la République (1882).

pact dont les parties sont étroitement reliées entre elles. Mais, pour peu qu'une assise soit ébranlée, aussitôt toutes les autres vacillent, et le philosophe peut prophétiser à coup sûr qu*un jour viendra où pas une pierre ne restera debout.

C'est que tous les événements qui s'accomplissent dans l'univers s'enchaînent les uns aux autres. On ne croit pas à cet enchaînement, parce qu'on en ignore la loi ; nous ne saurons jamais rattacher tous les effets à leur cause ; mais nous l'avons déjà fait pour un si grand nombre, que Tidée de causalité est devenue pour nous universelle : les gens instruits ne demandent plus le comment des choses ni à la providence ni au hasard. Plus la science progresse, plus elle réussit à relier les faits les plus éloignés en apparence. Se douterait-on à première vue que si les Anglais mangent tant de bœuf, ils le doivent à la présence des chats sur le territoire britannique? Darwin en a donné pourtant une explication bien simple (1).

A cette solidarité objective des phénomènes de la nature correspond une solidarité subjective des diverses ré* gions de la pensée humaine. Les savants n'en doutent plus et rÉglise catholique n'en a jamais douté. En condamnant les propositions de Pic de la Mirandole, en torturant Campanella, en mettant à l'index le livre des Révolutions célestes et les œuvres de Descartes, en faisant censurer Buffon pour sa théorie des fossiles, en refusant à la mémoire de Copernic (2), même en 1829, les honneurs

(1) UAs et Mœurs républicaines, p. 27.

(2) c Lorsqu'en 1829, la ville de Varsovie éleva un monume&t au fondateur de rastronomie moderne, la Société des amis des sciences attendit en vain dans Téglise Sainte-Croix le service annoncé par une solennelle convocation : aucun prèlre ne parut. »> < J . Bertrand, les Fondateurs de Vastronomis moderne^ p. 60.)

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dti culte, en opposant à Colomb les textes bibliques, en incarcérant Galilée, en envoyant au bûcher Dolet, Bruno et Yanini, en menaçant Yésale, en poursuivant durant dix années le doux et pieux van Helmont (1); en mettant son dogme en travers du mouvement de la terre, de sa forme et de son âge ; en protestant, par la voix de ses fidèles, contre Tantiquité de Thomme et la transformation des espèces animales, elle a témoigné, et témoigne encore, d'une intuition fort nette de ses intérêts. Elle a fait acte de prévoyance; comprenant à merveille que son dogme ne peut rien perdre^ et voyant apparaître des fissures de tous côtés, elle a eu enfin recours à des mesures d'extrême onction : elle a publié le Syllabus et proclamé Finfaillihilité du pape (â).

(1) PoaruD ouvrage publié à Paris, eu 1621, sur les cures magnétiques, Van Helmont fut arrêté dans son château de Wllvoorde et enfermé à Matines dans le couvent des Frères-Mineurs. Il y resta dix ans, et la poursuite contre lui ne fut abandonnée que grâce à l'intervention de Marie de Médicis auprès de l'archevêque de Maliaes. Pendant sa détention , la peste éclata autour de Bruxelles; il demanda en vain à soigner les malades. Il ne lui fut même pas permis d'aller voir ses deux fils, qui périrent victimes du fléau.

(2) L'inquisition, qui ne s'est guère inquiétée de la conduite morale des fidèles, a défendu le dogme catholique par le fer et par le feu. Toute opinioii qui, de près ou de loin, paraissait contraire à oe dogme, était taxée d*hérésie, bientôt signalée au tribunal, grâce à un puissant système d'espionnage, et punie^ après un jugement dérisoire du coupable, de la torture, de la mort, de la confiscation des biens dont héritait le Saint-Office. ~ Llorente donne la statistique suivante des victimes de l'inquisition en Espagne seulement : brûlés vifs^ 31912; brûlés en effigie, 17.639; -^ttprlsohnés comme pénitents et ayant à subir des peines quelque^ fois pire» que la mort» 291 450 ; total : 341021. (J.-A. Llobente, 'HitiùHa critica ée la togtiiiicton de Espana, Madrid, 1812.)

«*^h8 parler de l'Espagne, terre olassiqae des bùchersi oo brûle

968 LA MÉTHODE ET Lk SITUATION ACTUELLE.

Vains efforls? une conception noavelle du monde eâi née, et 8*affirme chaque jour davantage. C'est là le vrai motif, le seul motif général de l'abandon ou du discrédit dans lesquels sont tombées en France les mœurs, les couv lûmes et les lois.

Un peuple ne saurait pourtant se passer de nueurs et de coutumes ; le moment est loin de nous oii il pourra se passer de lois. La grande masse des citoyens, même parmi les gens cultivés et dans tous les partis, vit sur un fond commun de jugements réflexes; les cellules cérébrales les expulsent petit à petit; mais elles ne sauraient lester vides. Il n'y a que deux solutions possibles :

Ou revenir aux idées et aux constitutions du moyen âge, et, comme nous Tavons démontré, c'est aussi impossible que de croire à la circulation du soleil autour de la terre ;

Ou adopter un ordre nouveau fondé sur la conception scientifique du monde qui se complète chaque jour. Une pareille entreprise est délicate ; elle n'exige pas seulement

1 000 sorcières à Trêves, et je ne sais combien à Toulouse, à Genève 500 en trois mois (1513), 800 à Wurtzbourg, presque d'une fournée, 1500 à Bamberg (deux tout petits évêchés!). Ferdinand II lui-même, le bigot, le cruel empereur de la guerre de Trente ans, fut obligé de surveiller ces bons évêques ; ils eussent brûlé tous leurs sujets. » (Michëlbt, to 5orcter«, introduction.)

M. Coquille, directeur du journal U Motide, qui est, autrement que Le Play, dans la tradition catholique, écrit dans son livre les Ugisles : « L'Église représente la liberté et la science aussi bien et mieux que qui que ce soit... Le libéralisme qui est prôné en France et sur nos frontières est un manichéisme à peine déguisé... Le pi^ivilège d'obéir au roi au lieu d*obéir au pape était une liberté assez bizarre et qui ressemble fort à celles dont les libéraux nous ont dotés malgré nous... Bossuet regrettait cette malheureuse déclaration de 1682, quand il en voyait sortir des circonstances auiquelles il ne pouvait songer qu'avec horreur. »

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des ménagements et des précautions ; eHe exige avant tout l'emploi des moyens propres à la faire aboutir. Nos gouvernants n'ont garde d*y avoir recours ; ils ne se doutent même pas qu'il en existe. Us ressemblent à ce chimiste qui mêlerait dans une cornue tous les réactifs, anciens ou récents, de son laboratoire ; ils replâtrent le vieux avec du neuf. Gomme le chimiste, ils sont incapables de prévoir ce qu'ils trouveront au fond de la cornue, et depuis assez longtemps déjà le public n'y trouve rien qui vaille. On fait de bonne politique, comme on fait de bonne industrie, et, nous allons voir que ce n'est pas notre régime parlementaire qui peut dispenser de la méthode.

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