CHAPITRE XXXIX
LA M£TH(H>E EXPÉRIMENTALE PERMETTRA DE VAINCRE LES RÉ- SISTANCES AUX RÉFORMES ET DE CANALISER LES AGITATIONS SOCIALISTES.
Les résistances aux réformes se donnent rendez-vous au Palais-Bourbon, et il est bien difficile de les vaincre dans le système d'une législation d'ensemble. Parmi ces résistances, qui viennent surexciter les passions dont noua avons fait le tableau, les principales sont, et seront longtemps encore, opposées par le clergé, par les légistes, par la bureaucratie, par les partis politiques. Une telle affirmation ressort de tout ce que nous avons écrit dans les précédents chapitres.
Le clergé ne saurait se prêter à des expériences de nature à modifier la conception du monde telle qu'elle résulte de ses dogmes immuables. A ses yeux, les lois de la sociologie ne sont point à découvrir. La morale n'est-elle pas inscrite tout au long dans des textes divins? L'organisation des Ëtats deTËglise sous les papes-rois n'offre-t-elle pas le plus parfait modèle du gouvernement des sociétés? L'Évangile et le Syllabus ne renferment -ils pas l'esprit et la lettre de toutes les constitutions politiques? L'Église qui> à l'égard des découvertes de la science moderne, s'est montrée si récalcitrante ou si cruelle, défendra pied à pied le dernier domaine qui lui reste, celui auquel elle a tant de motifs de tenir le plus.
S8t LA MÉTHODE ET LA SITUATION ACTUELLE.
Les légistes n'aiment plus les réformes. Ils n'en oui plus besoin depuis qu'ils possèdent un évangile plus complet que rÉvangile des chrétiens et dont les prescriptions sont appuyées d'une sanction positive. A laisser trop entamer le Gode, ils n'ont rien à gagner : ils seraient obligés de modifier leur métaphysique légale, de toucher à ce qu'ils appellent avec emphase la science du droit, Ëti outre, les réformes qui rendraient les lois moins étroites et la procédure plus simple diminueraient le nombre des procès et par suite leur revenu ; aussi les craignent-ils bien plus qu'ils ne les désirent. Les légistes que Ton trouve dans les assemblées à la tête du mouvement réformateur sont ceux qui ont une instruction et des goûts politiques : les avocats de profession se montrent généralement hostiles à toute nouveauté. Nous les avons vus, chefs de cour ou bâtonniers, opposer les arguties de leur dialectique à la représentation des minorités, à la révision constitutionnelle ; la loi du divorce n'a passé qu'en dépit de leurs efforts, et peut-être eût-elle rencontré plus de résistances si elle n'avait pas dû être fort lucrative pour Tordre. Habitués à plaider avec une égale désinvolture le faux et le vrai, les avocats, surtout les avocats de causes civiles, arrivent à ne plus distinguer nettement l'un d'avec l'autre; ils ont leurs cellules cérébrales encombrées de formules et de mots et ils en tirent un habile parti à la tribune, ce qui leur a valu dans les chambres une suprématie que fort heureusement ils sont en train de perdre.
C'est une banalité de dire que les fonctionnaires sont ennemis du changement, ou tout au moins du changement tel que nous l'entrevoyons. Toute réforme qui supprimerait des entraves restreindrait par cela même leur intervention ; les seules lois nouvelles qui trouvent grâce