MOYENS PRATIQUES
collège de prêtres, son oligarchie de riches, sa masse de prolétaires ; il a ainsi élevé bien haut une pyramide dont la base était fragile, tandis que, si la méthode est bonne, il suffit de poser une assise, cette assise étant bâtie sur le roc.
C*est parce que j'ai tenu à demeurer dans les généralités que je n^ai pas défini le mot région. Je lui attribue d'ailleurs un sens variable suivant les cas. La région d'expérience peut être un groupe de cantons voisins, une cité moyenne ou grande, un département ou une réunion de départements contigus.
S'agit-il de supprimer le budget des cultes, la pétition d'une ou de plusieurs communes pourrait ne pas suffire ; mais le parlement devrait se contenter de celle d'un diocèse, en réalisant, à son égard, la séparation de l'État et des Églises, sous la forme demandée par les pétitionnaires et acceptée par la majorité électorale.
S'agit-il de renseignement primaire, rien* n'empêcherait que^ sous le contrôle des lois existantes, un groupe de cantons, une ville comme Cette ou Valenciennes, eussent la responsabilité du choix des maîtres, des méthodes et des programmes. Pour concéder de pareils droits en ce qui concerne l'enseignement secondaire, on exigerait la pétition d'un département ou d'une ville comme le Havre, Reims, Roubaix, Nancy, Limoges ou Montpellier. Quant à l'enseignement supérieur, il ne faudrait pas moins que la demande du groupe de départements compris dans une académie, ou d'une très grande ville, comme Paris, Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux.
Si la réorganisation judiciaire ou la réforme de nos lois civiles relatives, par exemple, à la transmission de la propriété, au testament, à l'adoption, à la recherche de la paternité était en question, la circonscription intéressée ne
pourrait être inférieure au ressort d*une cour d'appel (!)• L'expérience ne serait pas seulement à employer pour faire, et surtout pour défaire, les lois qui rentrent réelle* ment dans la compétence des individus et des pouvoirs locaux ; elle fournirait seule des solutions indiscutables dans des questions qui touchent aux droits de TEtat. Les réformes fort importantes que réclame Tassiette des impôts sont de ce nombre. Prenons pour exemple les tarifs de douane.
Comment espérer de mettre fin à la lutte qui se poursuit encore entre la protection et le libre échange, un siècle après que Turgot et Adam Smith sont descendus dans la tombe, lorsque la statistique est impuissante à trancher le différend ? Gomment y parvenir sans le secours de Texpérience ? Et une telle expérience ne serait pas difficile à tenter. Il suffirait de laisser un groupe de départements, confinant par une de ses limites à la mer, s'organiser en vue de la liberté du commerce, et de reporter sur le pourtour intérieur de ce groupe la ligne de douanes du rivage. Dans cette zone restreinte, les résultats seraient aisément appréciables au bout de peu d'années. Si la région était appauvrie, elle se plaindrait avec une vivacité telle qu'il faudrait revenir à l'ancien état de choses ; si elle était enrichie, d'autres s'empresseraient à Tenvi de Timiter (2).
(1) Chap. XLII1.
(2) M. Yves Giiyot me communique un document dans lequel se trouve exposée la môme idée : c'est un discours prononcé par lui en 1880 à THÔtel de ville, dans la discussion du rapport de M. Sigismond Lacroix sur Torganisation. municipale de la ville de Paris. « Peu à peu, par l'exemple donné à d'autres villes par une ville plus avancée, nous aurions une politique réformatrice qui ne compromettrait pas les intérêts de la nation... Noire projet limite et divise le risque. Si la commune fait une expérience malheureuse, elle peut immédiatement s'arrêter. »