LE DÉSÉTABLISSBVENT DE L'ÉGLISE
dans le Royaume-Uni, pùîsqu'aux époques où ce désétablîssèment a eu lieu, TAngleterre avait tout récemment perdu ses droits de souveraineté sur ses colonies d'Amérique.
D'autres expériences de même nature se sont faites ailleurs dans Tempire britannique ; nous les indiquerons plus loin. De plus importantes se sont accomplies ou se préparent sur le territoire même de la métropole. La méthode scientifique se révèle ici dans tout son jour, etelle ne saurait recevoir une plus haute application. C'est sur les résultats directs qu'elle a fournis que se fondent surtout les promoteurs de la liberté et de Tégalité religieuses.
Tout en les abrégeant le plus possible, nous ne pouvons éviter d'entrer dans quelques développements. Le lecteur, qui ne cherche qu'à s'instruire, y trouvera, sur un des problèmes les plus délicats et les plus discutés, des faits peu connus en France ; celui qui cherche à prouver pourra y faire provision d'arguments, lesquels différeront parfois de ceux qu'emploient d'habitude nos orateurs et nos écrivains, mais ne seront pas d'une portée moindre pour n'avoir pas été ramassés dans le même sillon.
L'EgHse anglicane, et elle n'est pas la seule, doit sa domination et sa puissance au bras séculier. Nul n'ignore qu elle fut fondée par Henry VIII. Ce monarque était un érudit religieux ; il monta sur le trône en un moment où la réforme intellectuelle et morale préoccupait les esprits. Erasme, Thomas More, John Colet y travaillaient par leurs lectures et par leurs livres. En sortant du collège Montaigu de l'Université de Paris, Erasme avait écrit : « Je n'en ai rien rapporté, si ce n'est un corps affaibli par là mauvaise nourriture et souillé par la vermine (1) ».
(1) Élevé à la fin du seizième siècle chez les Jésuites de Louvaia,
De son côté, John Colet s*écriait : « Nous sommés troublés par les hérétiques ; mais y a-t-il une hérésie plus fataie que Texistence vicieuse et dépravée du clergé ? »
En même temps, Luther faisait entendre sa voix puissante contre la simonie romaine, contre les émissaires du pape qui parcouraient les villes et les villages, dressaient leur boutique sur la place du marché, et là, en échange de blé, de beurre, d*œufs ou de monnaie, vendaient aux pécheurs le pardon des fautes commises ou à commettre. (t Voilà un beau génie », avait dit en riant Léon X, lors^ qu'il apprit que le moine augustin venait de placarder se» thèses contre Tabus des indulgences sur les portes de Téglise du château de Jûterbogk. Quelques années plus (ard, le pape ne riait plus. Luther avait vu jeter publiquement aux flammes, sur le seuil de l'Université de Wittemberg^ la bulle qui Texcommuniait, et il avait publié son traité De Babylùnica captivitate Eecléstœ. Ge livre se propagea en Angleterre. Les lettrés anglais se montrèrent en généra) peu sympathiques aux fougueuses attaques de Luther ; mais ils désiraient vivement voir leur pays prendre à l'égard de Rome une attitude plus fière et plus indépendante. Tel était le sentiment du jeune roi, qui aimait à s'entretenir avec les maîtres de la « science nouvelle ».
Ge fut au milieu de ces circonstances que surgit le divorce avec Catherine d'Aragon. Pour épouser Anne de Boleyn, Henry VIII se brouilla avec le pape, et alors dut mûrir dans son cerveau une idée qui n'était pas sans y
van Helmont reconnut qu'on Tavait seulement nourri de mots , et dès lors^ « comme s'il avait mangé le fruit défendu, il s'aperçut qu'il était entièrement nu, à cela près pourtant qu'il avait appris à disputer artificiellement et d'une manière captieuse. Il lui parut alors évident qu'il n'avait rien appris et qu'il ne savait rien ». ( Voi^ Louis FiGuiBR, les Savants iUustres.)