LE DÉSÉTABLISSEMENT DE L'ÉGLISE
ses richesses et sa puissance extérieure ne sont que les décors d'un édifice en ruines. Cent quatre-vingt-cinq autres Églises se disputent les consciences; leur nombre, ainsi que celui de leurs temples, s'accroît tous les jours. Au recensement religieux de 1851, on a trouvé que les fidèles du culte anglican étaient légèrement plus nombreux que ceux des autres dénominations. D'après un recensement plus récent, entrepris par différents journaux durant rhiver de 1881-1882, les premiers seraient maintenant largement distancés par les seconds. Sur une population totale de 3833787 habitants, atteinte par l'enquête en différentes parties de TAngleterre , l'assiduité aux offices de rÉglise épiscopale n'a été représentée que par 304322 personnes, tandis que 531 597 assistaient aux services, non conformistes. L'Ëglise établie a donc perdu tout droit à être considérée comme une Ëglise nationale.
Je ne sais si les libéraux anglais se résigneront à la marche prudente que je viens d'indiquer ici. ^Ils ont une telle confiance dans le succès, qu'ils s'efforceront peut-être de l'emporter entièrement en une seule fois; peut-être alors retarderont-ils la marche en cherchant à la précipiter. Les réformes ne s'obtiennent et ne se conservent que si elles sont en harmonie avec l'état intellectuel d'un peuple (1). Quoi qu'il en soit, et sans vouloir être prophète, je ne s^ rais nullement surpris que la séparation de l'Etat et de l'Eglise fut conquise par l'Angleterre, avant de l'être par la France, et cela, grâce au système de législation séparée, qui a préparé la réforme complète, en démontrant les avantages réalisés par les réformes partielles dans les colonies anglaises, et surtout en Irlande.
(1) Chap. VIII.