‹ La politique expérimentaleChapitre 71 sur 122 · HISTOIRE DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA FRANCE

attribution politique. Orléans eatreprit, sous Louis le Jeune, de s'ériger en commune; mais une exécution militaire et des supplices châtièrent, disent les chroniques de Saint-Denis, « la forsennerie de ces musards qui, pour a raison de la commune, faisaient mine de se rebeller et « dresser contre la couronne ».

Louis VI n'est intervenu que pour donner à sept ou huit chartes d'affranchissement une sanction qui lui a été demandée, et il ne Ta guère donnée qu'à prix d'argent. Ainsi, « les bourgeois de Laon envoyèrent à Paris auprès de lui des députés porteurs de riches présents, et obtinrent, moyennant une rente annuelle, la ratification de leur charte de commune (1) ». Quelques années après, Té vê.que Gaudri ayant dépensé les sommes avec lesquelles les bourgeois lui avaient acheté leur liberté, sollicita du même Louis VI le retrait de la charte. « Les conseillers du roi firent d'abord quelque difficulté, parce que les bourgeois de Laon, avertis de ce qui se tramait, avaient offert, pour le maintien de la commune, 400 livres d'argent et plus, s'ils l'exigeaient. L'évêque se vit donc obligé d'enchérir par-dessus ces offres et de promettre 700 livres, qu'il n'avait pas, mais qu'il comptait lever sur les bourgeois quand il n'y aurait plus de commune. Cette proposition détermina les courtisans et le roi lui-même à prendre parti contre la liberté de la ville... La charte, scellée du sceau royal, fut déclarée nulle et non avenue. » Une suite de révoltes vengèrent les bourgeois de ces trahisons; l'évêque Gaudri périt assassiné, et a seize ans plus tard, en 1128, la crainte d'une seconde explosion de la fureur populaire engagea son successeur à consentir à l'institution d'une nouvelle commune sur les bases anciennement

(i) Augustin Thiehry, loccit.

établies. Le roi Louis le Gros en ratifia la charte dans une assemblée tenue à Compiègne (1). »

L'affranchissement des communes de France est encore enveloppé d'obscurité. Les libertés bourgeoises étaient en vigueur^ de temps immémorial, dans un grand nombre de villes ; la chose est hors de doute pour celles du Midi, telles qu'Arles, Marseille, Nîmes, Toulouse, Bordeaux, chez lesquelles s'étaient conservées les traditions de Tempire romain. Il semble qu'aux onzième et douzième siècles, un certain nombre de seigneui*s voulurent confisquer ces libertés. La colère des opprimés se traduisit çà et là par des insurrections dont quelques-unes furent très sanglantes et sont demeurées célèbres (2). Quelle a été, parmi les chartes communales, la proportion de celles qui ont été arrachées par la force? On l'ignore et on l'ignorera assez longtemps encore. Il est dès aujourd'hui certain qu'un grand nombre de ces chartes ont été librement concédées par les seigneurs. Les contrats obtenus par quelques villes ont dû faire envie à d'autres qui auront sollicité de leurs maîtres des titres authentiques d'une teneur analogue, et ceux-ci auront consenti, moyennant des avantages pécuniaires, à les leur délivrer.

A quelque point de vue que l'on se place, il est hors de doute que les chartes municipales ont été, de cité à cité, dans leur lettre non moins que dans leur esprit, Tobjet d'imitations réciproques et successives.

La première commune qui s'affranchit par les armes,

(1) Augustin Thierry, loc. cit.

(2) Ainsi les insurrections des bourgeois du Mans, de Cambrai , de Laon, de Reims. — Voir pour Thistoire de la commune de LaoD, le récit de Guibert, abbé de Nogent-sous-Coucy, ainsi que les descriptions données par Augustin Thierry et Guizot.

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