‹ La politique expérimentaleChapitre 72 sur 122 · HISTOIRE DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA FRANCE

en 1067, fut celle du Mans, placée sous la suzeraineté du duc de Normandie. En 1076, Cambrai, qui dépendait des empereurs, s'érigea, de son côté, en commune. En \ 108, la charte de Noyon fut consentie par l'évêque. « Quelques années auparavant, les bourgeois de Beauvais s'étaient constitués en commune spontanément ou, comme s'exprime un contemporain, par suite d'une conjuration tumultueuse. Ils contraignirent leur évêque à jurer qu'il respecterait la nouvelle constitution municipale, et, vers le même temps, le comte de Vermandois, pour prévenir de pareils troubles, octroya une charte de commune aux habitants de Saint-Quentin. »

« La renommée de la commune de Noyon s'était répandue au loin : on ne parlait que de la bonne justice qui se faisait dans cette ville et de la bonne paix qui y régnait. Les habitants de Laon ne doutèrent pas que l'établissement d'une commune ne produisît chez eux les mêmes effetsqu'à Noyon, et cette espérance les anima tout à coup d'une sorte d'enthousiasme. » L'insurrection de Laon fut la plus sanglante de toutes ; elle est décrite d'une façon magistrale par l'historien illustre dont nous citons les paroles. La charte établie à Laon fut rédigée, pour l'organisation des pouvoirs municipaux, en partie d'après le modèle de Noyon, en partie d'après celui de Saint-Quentin.

Le coup frappé à Laon se fit sentir d'abord à Amiens, puis à Soissons, puis à Reims. «La charte de Laon servit de patron à celle de Crespy et de Montdidier. La charte de Soissons, qui parait avoir joui de la plus grande célébrité, est textuellement reproduite dans celle de Fismcs, de Senlis, de Gompiègne et de Sens. Cette charte fut portée jusqu'en Bourgogne, et les habitants de Dijon renoncèrent, pour l'adopter, à leur ancien régime municipal . »

La structure politique de la France au onzième siècle se

t48 LA MÉTHODE S'APPUIE SUR L'HISTOIRE.

prêtait aux imitations successives, dont nous venons de parler. La méthode aurait pour effet de créer artificiellement, pour une question et pour une durée déterminées, une organisation propice aux essais, permettant d'instituer isolément des expériences qu'il serait malaisé d'entreprendre d'ensemble, et suscitant entre les diverses por* tions du territoire une émulation analogue à celle dont l'affranchissement des communes nous a fourni le tableau.

Voici maintenant un autre' exemple qui touche plus étroitement à notre sujet, car l'initiative du pouvoir central y a joué un rôle.

« En 1155, Louis le Jeune, probablement en confirmation d'un acte de son père Louis le Gros, accorda à la petite ville de Lorris, en Gâtinais(l), une charte très détaillée qui en réglait le régime intérieur financier, com« mercial, judiciaire, militaire, et assurait à tous ses habitants de bonnes conditions pour la vie civile. Cette charte fut regardée, dans le cours du douzième siècle, comme si favorable, qu'elle fut réclamée par un grand nombre de villes et de bourgs: on demandait au roi les coutumes de Lorris, et, dans l'espace de cinquante ans, elles furent accordées à sept villes, quelques-unes assez éloignées de rOrléanais. Les villes qui les obtenaient ne devenaient pas,, à ce titre, des communes proprement dites dans le sens spécial et historique de ce mot ; elles n'avaient point de juridiction propre, point de magistrature indépendante; elles ne se gouvernaient point elles-mêmes ; les officiers du roi, prévôts, baillis ou autres, y exerçaient seuls un réel et décisif pouvoir (2). »

(1) Aujourd'hui chef-lieu de canton du déparlement du Loiret.

(2) V histoire de France racontée à mes petits-enfants y paie Guizot, tome II, p. 10.

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