‹ La politique expérimentaleChapitre 73 sur 122 · HISTOIRE DE LA FRANCE. S · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA FRANCE. S

Il est bien difficile de trouver dans Thistoire de France les traces de Iégistatior«s d'essai de la part du pouvoir central, et cela pour deux raisons : d'une part, les rois aimaient bien à faire des ordonnances pour toute l'étendue de leur royaume; d'autre part, les provinces, surtout les pays d'Etats, jouissaient d'une assez grande autonomie pour les intérêts locaux. Toutefois, à la fin du dernier siècle, sous l'inspiration de Turgot, nous assistons à quelques expériences pour d'importantes réformes.

Turgot n'avait pas encore trente-cinq ans lorsqu'il fut nommé, en 1761, intendant de la généralité de Limoges. Là les rares qualités de son esprit et son sincère amour du bien trouvèrent leur champ naturel. Il supprima les corvées, ouvrit des routes, popularisa l'usage de la pomme de terre, et, grâce à la vente libre des grains, empêcha cette province de s'apercevoir d'une disette. Devenu contrôleur général à la place de l'abbé Terray, il s'empressa d'appliquer les plans qu'il avait conçus, les réformes qu'il avait essayées. Un arrêt du 13 septembre 1774 rétablit à Tintérieur la liberté du commerce des grains, et un édit d'avril 1776 fonda la liberté du commerce des vins. «C'est par le commerce seul et par le commerce libre que l'inégalité des récoltes peut être corrigée, disait le ministre dans le préambule de son arrêt. » — » Je viens de voir le préambule de M. Turgot, écrivit Voltaire à d'Alembert, il me semble que voilà de nouveaux cieux et une nouvelle terre. »

Plus tard, Turgot proposa aux rois deux édits : le premier abolissait les jurandes et les maîtrises parmi les ouvriers ; le second remplaçait la corvée pour l'entretien des routes par un impôt auquel tous les propriétaires étaient également soumis. Le roi signa les édits et les fit enregistrer par le parlement en lit de justice, «un lit de bienfaisance », s'écria Voltaire.

tSO LÀ MÉTHODE S'APPUIE SUR L'HISTOIRE.

A Taurore de la Révolution^ on croit apercevoir les lueurs de la méthode expérimentale, lueurs bientôt efiacées. Le système des législations séparées et celui des lé> gislations temporaires sont indiqués dans les mémoires lus par M. de Galonné à l'assemblée des notables de 1787 et dans les édits de Louis XYI qui suivirent la dissolution de cette assemblée. Les mémoires et les préambules des édits sont écrits en une belle langue. Tout mérite d'être cité pour le fond et pour la forme ; nous devons nous contenter d'extraire quelques passages (i) :

« La question du commerce des grains si longtemps débattue, dit le cinquième mémoire de Galonné, est du nombre de celles que le temps, Texpérience et la libre communication des idées, ont fait parvenir à leur maturité; tout a été dit de part et d'autre, et Ton peut croire que le principe qui réclame une grande liberté a prévalu dans les esprits .

« En conséquence^ Sa Majesté, en confirmant les lois anciennes, en ce qu'elles ordonnent qu'il sera libre à toutes personnes de faire le commerce des grains et farines, soit dans l'intérieur du royaume, soit au dehors, se propose d'y déroger, en ce qu'elles avaient réglé que l'exportation serait permise ou défendue suivant que le prix du grain serait au-dessus ou au-dessous d'un certain terme ; et de déclarer qu'en assurant pour toujours la liberté absolue dans l'intérieur du royaume, elle se réserve seulement do suspendre l'exportation au dehors, pour la totalité ou partie de chacune de ses provinces, lorsque les Etats ou rassemblée provinciale de quelqu'une d'elles lui en auront fait la demandcy et que Sa Majesté en aura reconnu la nécessité, sans que cette interdiction puisse s'appliquer

(1) Voiries Cahiers des États généraux, 1. 1.

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