HISTOIRE DE LA BIOLOGIE
histoire est la même pour toutes les branches positives de nos connaissances. Pour toutes, depuis l'astronomie jusqu'à la biologie, on reconnaît que les vérités scientifiques n'ont été découvertes que par l'emploi de la méthode; que les savants n'ont réussi à les faire admettre qu'après les avoir complètement démontrées; que pour les accepter, même après démonstration, il a fallu que les cerveaux des masses fussent en état de comprendre les vrais procédés de recherche et d'y sacrifier les préjugés en vogue ; qu'en tout cela, un facteur a dû intervenir, et ce facteur, aussi indispensable à l'évolution sociale qu'à l'évolution géologique, c'est le temps.
Arislote avait donné une description exacte de l'aorte ; Ërasistrate avait reconnu dans le cœur et dénommé les valvules tricuspide et sigmoïde ; Hérophile avait expliqué la nature de l'artère pulmonaire. Arislote avait disséqué personnellement beaucoup d'animaux et Hérophile beaucoup de corps humains. Galien fut le premier anatomiste qui chercha à découvrir les fonctions des organes par des vivisections et des expériences sur les animaux vivants. Aussi alla-t-il plus loin encore que le Stagyrite et les naturalistes de l'école d'Alexandrie. Non seulement il constata, avec ses prédécesseurs, que les veines contenaient du sang amené du cœur, mais il affirma que les artères, au lieu de n'être, comme leur nom l'indique, que des canaux d'air subtil, renfermaient du sang aussi.
Galien était en plein dans la méthode ; il n'y avait qu'à continuer. Mais, durant tout le moyen âge, l'anatomie demeura stationnai re. Vésale et ses contemporains se plaignaient encore amèrement, au seizième siècle, de ce que l'impossibilité de disséquer les cadavres humains les obligeait à tirer leur instruction anatomique de l'étude des
animaux inférieurs. Un jour, l'ancien médecin deChaj^Ifftr Quint ouvrit le corps d'un grand d'Espagne, avec le con> sentement de sa famille, afin d'examiner le cœur ; il fut dénoncé à l'Inquisition et il n'échappa à une condamnar tion terrible que par la protection de son patron, Phi;r lippe II, et par la promesse d'accomplir un pèlerinage ea terre sainte.
Tandis que Galien s'était avancé dans la voie de Texpér rimentation physiologique, on préféra pendant longteijaps discuter, à perte d'haleine, sur ses écrits et sur ceux d'Ar ristote, plutôt que de disséquer un cadavre, que dis-je ? plutôt que d'observer un lapin. Aussi faut-il arrivei' à l'école de Bologne du treizième siècle et à l'époque fraiicaise du quinzième pour constater quelques découvertes, et la double circulation du sang ne fut-elle pleinemeiU démontrée par William Harvey qu'en 1()19, quatorze siècles après Galien.
Un tel fait a de quoi surprendre ; mais il en est de plus étonnants encore, et ceux-là les connaissent bien qui ont suivi avec attention et sans préjugés le mouvement intellectuel de l'humanité. Un jour, vers iCiO, le père Christophe Scheiner, astronome de Souabe, professeur à Ingolstadt, se servant d'une lunette, récemment inventée en Hollande, crut apercevoir des taches dans le soleil. 0 blasphème ! que devenait l'incorruptibilité des cieux ? Il ût part de son observation à son provincial, le père Budée, qui lui répondit : « J'ai lu et relu bien souvent mon Aristote, etje puis vous certifier qu'il ne s'y trouve rien de pareil. Allez, mon fils, tenez-vous l'esprit en repos. Les taches que vous croyez avoir vues au soleil étaient dans votre lunette (I). » Ne riez pas, cher lecteur, bien des gens
(l) Cité par M. Faye, V Origine du monde. — Vaa Helmont^