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LÀ MÉTHODE ET LES RÉFORMATEURS

vÎTant exclusivement dans le commerce de quelques disciples dociles, el se bornant à lire chaque jour des versets de Dante ou des pages de limitation de Jésus-Christ.

Voici où le conduit cette hygiène nihiliste. Gall avait émis une idée de génie : la localisation des fonctions du cerveau ; mais sa phrénologie ne tenait pas debout. Comte le sait, et il déclare que chercher à localiser, par l'observation et Texpérience, les facultés de l'âme est une œuvre stérile. Cette œuvre, il Taccomplit alors en une fois par la méthode subjective : il décompose le cerveau en dix-huit fonctions intérieures, et à chacune il assigne sa place.

Pour les autres spéculations il en est de même : Comte tire tout de ses méditations. Il trace les limites de l'inconnaissable : chercher à les franchir serait une tentative oiseuse. Aussi, ne pouvant croire à des créations successives, il admet néanmoins la fixité des espèces. Lamarck avait publié, en 1809, sa Philosophie zoologiste; Comte n'a garde de s'y arrêter.

Le dépôt du savoir positif, le connaissable et le connu, il le confie à un pouvoir spirituel, à son clergé, chargé de le garder et d'en propager la connaissance parmi les fidèles. Comte ne semble pas admettre qu'il y ait Heu de le modifier ou de l'augmenter beaucoup; il redoute Y anarchie intellectuelle et, sans s'en douter, il tombe dans l'intolérance. Elle ne paraît pas trop l'effrayer d'ailleurs; il est d'avis que le dogme de l'infaillibilité du pape était nécessaire pour contenir les divagations des chrétiens ; il admire la compagnie de Jésus et la hiérarchie catholique ; il félicite enfin l'empereur Nicolas pour la sage vigilance avec laquelle il empêche l'importation des livres occidentaux.

Comte a refait le catholicisme à sa manière, avec le Grand-Être Humanité pour objet d'universelle adoration,

AUGUSTE GOUTS. It0

la Vierge-Mère pour grande utopie, la Terre pour Grand- ^Fétiche, un sacerdoce, dont il est le grand prêtre, pour arbitre du dogme. Le culte positiviste est réglé dans ses moindres détails, par analogie avec le culte romain : neuf sacrements ; trois prières quotidiennes durant deux heures ; un signe sacré que font les fidèles en posant successivement la main sur les trois organes de Tamour, de Tordre et du progrès ; un calendrier pour lequel le maître ne marchande pas les canonisations, chaque jour ayant son saint, un saint plus célèbre étant réservé au dimanche {humanidi)^ et un plus grand encore donnant son nom au mois; une semaine socioiâtrique, dont chaque jour est consacré à Tun des liens fondamentaux de THumanité, tels que la paternité et le mariage ; des processions solennelles, dans lesquelles on promènera des bannières blanches et vertes, la face verte portant la formule sacrée du positivisme, la face blanche, la sainte image, c'est*à-dire une femme de trente ans qui tient son fils entre ses bras ; enfin, des temples orientés vers le temple central à Paris, et dont le sanctuaire sera réservé à des femmes convenablement choisies, entourant les prêtres de THumanité.

Quant à la politique d'Auguste Comte, elle est condamnée d'avance par la méthode qu'il a suivie. Ne trouvant ni dans rhistoire moderne, ni dans la nature humaine, les inductions qu'il cherche, il rétrograde jusqu'à ces époques reculées auxquelles on peut faire dire tout ce que Ton veut. L'éclat du moyen âge Téblouit. Pour lui, « les temps de Glotaire, de Charles le Gros, de Philippe I" et de Charles VI sont supérieurs au cinquième et au quatrième siècle d'Athènes et au siècle desAntonins (1) ».

(1) André Lefèvre, la Philosophie^ p. 408.

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