U% LA MÉTHODE ET LES RÉFORMATEURS
Parallèlement à son oligarchie de lettrés, Comte institue une oligarchie de riches ayant à diriger la masse des prcr létaires à sept francs par jour, conception qui ne prouve pas chez lui des notions bien exactes d*économiè politique. Il a nettement indiqué en maints endroits que le régime industriel se substitue au régime militaire, et cependant il conserve l'organisation de ce dernier. 11 croit que rhomme aura toujours besoin d'être conduit, et il charge de ce soin son patriciat et son clergé, sans se douter de la corruption qui les attend, de la tyrannie que produit la corruption, de la décadence qui suit la tyrannie. Il fait peu de cas de la liberté, et il célèbre la dictature sous toutes ses formes : dictature des grands hommes, dictature des grandes villes, dictature des chefs de gouvernement* Il appelle le coup d'État de 1851 une crise heureuse^ qui a renversé la république parlementaire et institué la république dictatoriale ; il décore l'empereur Nicolas du titre de <( seul homme d'État de la chrétienté d.
J'ai souvent causé avec des disciples de Comte. Je les ai entendu répéter les paroles les plus insignifiantes du maître, les jugements auxquels il devait le moins tenir, avec la même onction que mettent les dévots à citer les textes de TEvangile ; je les ai vus applaudir avec enthousiasme aux actes autoritaires des hommes providentiels. Je leur rend$ volontiers cette justice, qu'ils se sont toujours montrés passionnés pour la vérité, demeurant à l'écart d'égoïstes compromissions. Nul mieux qu'Auguste Comte ne leur en adonné le noble exemple; car ce grand penseur, doué d'un caractère aussi ferme que son talent, subordonna sans cesse à ses travaux les intérêts les plus pressants de la vie.