‹ La politique extérieure de Louise de SavoieChapitre 101 sur 225 · POURPARLERS A ROME ( J U I N - J U I L LET · texte numérisé non relu

POURPARLERS A ROME ( J U I N - J U I L LET

de France près la Cour de Rome, soutenait de son mieux les intérêts français. Il est à croire qu'il s'entremit activement, d'accord avec Raince et Santo, dans ces négociations préliminaires. Les ambassadeurs vénitiens et anglais firent de même. Le représentant de la seigneurie, Marco Foscari, pressa le Pape de se déclarer en faveur de la Ligue et lui montra son gouvernement tout disposé à prendre les armes, pourvu que Sa Sainteté lui en donnât l'exemple (1). De leur côté, à la suite d'une lettre de WoLsey^ les Anglais prirent une attitude plus décidée ; ce ne fut plus seulement en leur nom personnel qu'ils parlèrent, comme ils avaient fait à la première audience de Casai, ce fut au nom de leur maître. Dans les premiers jours de juillet, ils n'hésitèrent pas à déclarer que le roi d'Angleterre avait éprouvé beaucoup de mécontentement des manœuvres de l'Empereur et qu'il n'était pas éloigné de se résoudre à traiter avec la France (2).

sous le nom de cardinal de Trivulce, tandis que lui-même était toujours appelé le cardinal de Côme. — Le gouvernement français l'avait commis en 1522, de concert avec le cardinal d'Auch, Jean de la Trémouille, pour suivre les négociations engagées à Rome en vue d'arriver à une pacification générale. Cf. leurs instructions aux Ar. Nat. J 961,17 et 18, et J 965, 2i et23.— Son dévouement aux intérêts français avait entraîné la perte de ses biens confisqués avec ceux de toute sa famille par François Sforce. Aussi voyons-nous Fran(;ois I"' , réconcilié avec ce dernier, lui écrire à la date du 13 décembre 1327 pour le prier de restituer leurs fiefs aux Trivulce et en particulier au cardinal de Côme « eu regard aux bons et grans services que mondit cousin le Cardinal a faictz et faict ordinairement pour le bien commun de ladiete ligue (de Cognac) et le grant travail qu'il a pris pour la conclusion et perfection d'icelle ». [Perret, ut sup., p. 32.]

(1) Le 2 juillet, Foscari fit, connaître au Pape les intentions de son gouvernement sur les propositions de L. Toscano et lui demanda quelles étaient les siennes ; Clément VII lui répondit « baver' il medesimo animo che sempre ha detto alla liberatione et quiète d'italia ». Giberti à Baveux. 1" juillet, ut sup., t" 166 v".

(2) « I bave receyved your lettres of tbe xiuth of June and taking Master Gregory with me went unto the Poopes Holynes and declared unto liym thecontynue of your said lettres, aswelof the Kiuges displeasure taken with th' Emperour for his unkind demeanour as also ojf what] towardnes was in the Kinges Highnes to conclude with France on suchereasonable condicions as sholde be by theym offerd, and that to as large maner as neaded (as 1] towght I myzt now boldly do, not neadingto... dought any thing in tbe Poopes Holynes who hathe iiow to farre disclosed his owa counsail to us to d[eceive] ours. » Clerk à "V^'olsey, sans date, B. M. ms. Cotton. Vitel. B vu, f" (175) 172 r et Brewer, iv, 1493. — Cette démarche décisive des Anglais auprès du Pape ne fut pas postérieure au 5 juillet, car Giberti écrivit ce jour-là à Baveux : « Ci sono dopoi avisi d'inghilterra de' M del pas.sato, che mostrano gli animi di là et massime Eboracense non dico inclinali, ma accesi di desiderio di concordia con Francia. » Lctt. l'rinc. ut xu/i., f" 167 v».

Jacqueton, Louise de Sacoie. M

■2\i) L. TOSCANO A R(1MF. (.HILLKT 1525)

Aussi bien, à cette époque, le Pape avait pris sa résolution et son dataire Giberti avait pourvu à toutes les mesures propres à assurer le succès de la Ligue. Ce dernier s'était en effet informé des dispositions du duc de Milan (1), et le 1" juillet, il avait écrit à Ennio Philonardo, évéque de Veruli et nonce pontifical auprès des Cantons, de ménager secrètement la levée de huit ou dix mille Suisses qui se tiendraient prêts à descendre en Lombardie au premier signal (2).

Tout était donc décidé lorsque Lorenzo Toscano parvint à Rome dans la seconde semaine de juillet (3). — Le Pape aurait peut-être signé sur le champ le traité de la Ligue, si cet envoyé avait été porteur d'une commission de Madame autorisant le comte de Carpi ou l'évêque de Baveux à conclure en son nom. Malheureusement, bien qu'il eût été bruit de pouvoirs formels envoyés par la Régente à ces deux ambassadeurs (4), Toscano leur apportait seulement, avec Tordre de reprendre officiellement leur rang de représentants de la France à Rome et à Venise, des instructions pour négocier les bases d'une ligue franco-italienne sans qu'il leur fût permis d'en passer aussitôt le traité (5).

(1) « Qualche altro lumc che aspetta da Milano. » Giberti à Bayeux. 5 inillet, ut su/i.. f' 168 i". a A Milano si farà il debito di apparechiarsi. » Ihid.. 9 juillet, f' 169 r". — Ce fut sans doute D. Sauli qui apporta à Rome l'assurance du concours de François Sforze. car ce fut vers cette date qu'il revint de Milan. Cf. Confes. de Morone, ut .^up.. pp. 165 à 167 et Sessa à Charles, 12 juillet, ut .^ap., f' 281 v" et n° 134.

(2) Giberti à Philonardo, l'-- juillet, ut sup., f"» 164 v" et 165 r'. Cf. aussi le même au même, 26 juillet, ihid., f' 170 r". — Le soin que prend Giberti de manjuer que ces Suisses pourront servir dans le royaume de Naples nous porte à croire que le Pape avait le dessein de les mettre sous les ordres du marquis de Pescaire. dont Morone négociait en ce moment la défection, de concert avec D. Sauli, qui avait offert de la part de Clément VH les Deux-Siciles au capitaine impérial. Cf. Confes. de Morone, pp. 159 à 165.

(3) Toscano netait pas encore arrivé à Rome le 5 juillet: ce fut sans doute le 9 qu'il atteignit cette ville. Cf. Giberti à Bayeux. 5 et 9 juillet, ut su/>.. P^ 167 V" et 168 v".

(4) Cf. Giberti à Philonardo. 1" juillet, 'it .■^up., f" 164 v" et Clerk à Wolsoy, s. d., ut sup., f" 172 v".

(5) Giberti se plaint à l'évêque de Bayeux de ce manque de pouvoirs dans sa lettre du 9 juillet, ut sup., t 168 v". — Quant à la rentrée en scène officielle de Carpi et de Bayeux, les lettres des Impériaux en font foi. « Subese por cierto que (el obispo de Bayoso) esta alli (a Venetia) con faculdad de

MISSION DR S. ftANTO (.lUII.f.ET l^-^T») ■}]]

Il fallut dépêcher en diligence à Lyon , afin de solliciter de Madame une commission en forme. Ce fut Sigismondo Santo qu'on chargea de cette mission. Il quitta Rome le 10 juillet (1) avec un projet de traité qu'il avait Tordre de soumettre à l'approbation du gouvernement franc^ais. Voici quelles en étaient les clauses : Madame devait s'engager au nom de son fils à reconnaître François Sforce comme duc de Milan et à permettre au Pape de disposer. à son gré de Naples et de la Sicile; de plus, elle servirait aux confédérés italiens, pendant toute la durée de la guerre, un subside mensuel de 50.000 ducats, dont elle fournirait, d'avance et avant aucune entreprise, deux termes, soit 100.000 ducats; enfin, elle mettrait à leur disposition 600 lances, 4.000 fantassins, de l'artillerie et des galères, le tout aux dépens du Trésor français. En retour, les Italiens s'uniraient à la France par une ligue défensive et offensive ; ils promettraient de fournir à leurs alliés, dès que les Impériaux auraient été expulsés de l'Italie , un contingent de 1.000 chevaux et de 1.200 fantassins destinés à concourir au-delà des monts à la délivrance de François F'"'. Un dernier article stipulait que, si le roi d'Angleterre se joignait à la confédération, les Français lui laisseraient l'honneur d'en être le chef (2).

On voit que ces conditions différaient assez notablement de celles qu'avait proposées L. Toscano lors de son arrivée à Venise. Les sacrifices faits par la France aux princes italiens se trouvaient

eiibaxador. » Sessa à Charles V, 12 juillet, ut sup., ï" 279 v° et n" 134. « El obispo de Bayos ya es descubierto embaxador de Francia... Quatro dies despues (le départ de Sigismond, soit le 13) es venido Alberto del Carpio, el quai era en Viterbo cou mas de xxx dias cou color del estar a los bafios, pero la verdad fue por la liga liecha con V. M"^, para no salir vergonçosamente, yde alli toniar la derrota que le oouviniese que por el capitule que tracta de los rebellos uo puede estar en Ronia ni en otra tierra de la Yglesia. » Ibtd., 24 juillet, tit sup., t 301 r° et v et n" 150.

(1) « Dimane ispedirerao M. Sigismundo cou risolutione che, venendo di Francia mandate d'accordar le cose che si domandauo, la cosa sai;à per conclusa » Giberti à Bayeux, 9 juillet, ut su/)., î" 168 v". — « Se que un dia antes que el cavallero Casai partiese fue tambien en diligencia Gismundo. secretario del rey de Francia, à Madama la Régente. » Sessa à Charles V, 14 juillet, ut sup., i" 286 r» et n" 140. Or, Casai partit le 11. — Une lettre de la Seigneurie du 18, pub. par Muelleu (Documenti, 353, u" ci.xxxi) s'accorde avec celle de Giberti du 9; il y est dit que le gouvernement vénitien a répondu au représentant de' Madame que pour vepir h conclusion on n'attendait plus « che valido mandato dalla Francia ».

(2) Giberti îi Rayeux, 9 juillet, ut sup., P 168 v", et G. Muei.ler, Dociimenti, 435-437 (n» ccxi), traduction espagnole des Instructions de Sigismond.

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