‹ La politique extérieure de Louise de SavoieChapitre 103 sur 225 · RÔLE DK LA DIPLOMATIE ANGLAISE · texte numérisé non relu

RÔLE DK LA DIPLOMATIE ANGLAISE

et on ne saurait les en blâmer. Il était assez apparent que cette princesse n'avait qu'un seul but, la délivrance de son fils, et que, pour y atteindre, elle ne reculerait pas devant l'abandon de ses alliances italiennes. La situation n'était plus la même dès que le roi d'Angleterre joignait ses sollicitations et ses promesses à celles de la mère de François l^i". Les Italiens pouvaient espérer qu'ainsi garantis par Henri VIII les traités seraient plus respectés de la Régente ; c'était là une sûreté qui, pour n'être pas absolue, n'en était pas moins très réelle, et il y avait lieu de croire que la conclusion, qui semblait prochaine, d'un accord entre les deux royaumes la rendrait plus effective encore (1). Qu'on ajoute à cela les insinuations de Casai et de Clerk sur l'entrée probable du Roi dans la Ligue et l'on comprendra l'importance du rôle que joua la diplomatie anglaise' dans les négociations de juin et de juillet 1525 (2). En attendant de connaître la résolution de Madame et celle du

Italiens : « Gli luglesi temono che Fraiicesi mancUuo più per intertener et dar pastoetconseguetamente sdegnandosi Cesare con Auglia facilitar tanto più lo accordo col Chiistianissinio. » Giberti à Baveux, 5 juillet, tit sup., f" 168 v°.

(1) Les Italiens attachaient la plus grande importance à la signature de cette paix. « The Poopes Holynes and the Venecians ben bothe resolutely conrludyd to joyn unto France, if France and you do conclude berapon, the matters hère be in pendent to see whether this practise bitwene you and France take efïecte or no ». Clerk h Wolsey, sans date, ut sup., f"' 172 v» et 173 r" et n" 1493. Cf. aussi le même à Wolsey, 28 juillet et 26 août, ut sup., 1°^ (178) 176 et (184) 182 et n"^ 1521 et 1589. — Aussi le Pape n'épargna rien pour en hâter le succès : il sollicita instamment les deux gouvernements de se montrer accommodants. « Por l'amor di Dio attendasi a concordar con Ingbilterra hora..., et sopra tutto diasi a. quel Re et cardinale Eboracense lutta quella gloria et fumo che cercano..., et s'io sapessi di quà che cosa Madama si contentasse fargli ofïerire, potriano farsi mille buoni effetti, pur cosi non manco et credo haver fatto qualche frutto con questi ministri di quel Re. » Giberli à Bayeux, 1" juillet, ut sup.. f» 167 r». « Penso si da fare ogni estrema opéra che li trattati con Inglesi si stringhino. » Let. du 5 juillet, ut sup., i" 168 x". Cf. aussi Instructions de G. Casai, ut sup.

(2) Les agents impériaux et spécialement le duc de Sessa ue s'y trompèrent pas. « Venecianos... non confian paro de Inglaterra.., ; el embaxador de Inglaterra... publicamente mustra discontentamiento y una admirabile sospecion de qualquier novedad que sab y ahun de las que non son verdad. » Sessa à Charles V, 12 juillet, ut sup., i" 279 r" et V et n» 134. « Quanto hày nace del descontentamiento que muestran en Inglaterra y este despierta los que devrian estar reposados eu los sepulcros. » Let. du 14 juillet, ibù/., f» 286 v» et n° 140. « Hazen grand fundamento en el descontentamiento de Ingleses de que se habla a la descubierta. » Let. du 24 juillet, ibic/.,t-"' 300 v» et 301 r° et n° 150. — Cf. aussi Najera à Charles V, 16 juillet, Gayangos, m, 142, le même au même, 21 juillet, iljicl. ,14Q; Caracciolo au même, 28 juillet, ibid., 152.

PHKI'Ah'ATlFS liK GIKHHI'; ( J r I L L K T - A O T T \')-27>) -Jl.")

l'oi d'Angleterre, les Italiens se préparèrent à la guerre. Tandis que les Vénitiens assemblaient des troupes derrière l'Adda (1) et que le nonce en Suisse levait des soldats au compte du Pape (2), le chancelier du duc de Milan, Hieronimo Morone, enhardi par le mécontentement qu'affichait le marquis de Pescaire, tenta d'acheter sa défection au prix du royaume de Naples. On sait quelle fut l'issue de cette intrigue et comment Pescaire, qui en avait paru goûter l'ouverture, découvrit l'affaire à l'Empereur ; le 15 octobre, Morone fut arrêté et les troupes impériales, dont l'efl'ectif avait été augmenté sans bruit, s'établirent fortement en Lombardie et assiégèrent le duc dans le château de Milan (3).

(1) Le duc d'Urbiu était allé à Veuise recevoir les iiisirucliuus de la Seigneurie et s'était ensuite rendu à Brescia où il avait léuui dans le châleau un grand nombre de pièces d'artillerie. Cf. Najera à Charles V, 21 juillet, ut sa/,

(2) Cf. Giberti à Philonardo, 1"^' et 26 juillet, ut .-nip., t"* 164 v" et 170 r".

(3) Nous n'avons pas entrepris de raconter cette affaire dans le détail, car c'est seulement au point de vue de l'action commune des. deux gouvernements anglais et français auprès des princes de la Péninsule que nous nous occupons des négociations italiennes. — Le document fondamental pour étudier la conjuration de Morone est la confession de ce personnage (Rlcordi. inecliti, pp. 169 à 180. et Docurneiiti. pp. 474-496). — Guicciardlm (1. xvi, pp. 327 à 333) doime un récit très circonstancié ; on trouve quelques renseignements intéressants dans la Vie de Pescaire de Paul Jove (pp. 367-378 de ledit, de 1551) et dans Sandoval (chap. xxiii et xxiv du liv. xni, t. iv, pp. 297-304).— Dans Gavangos, la pièce la plus intéressante est une lettre de l'abbé de Najera du 27 octobre (m, 239).— Les Lettere da'Priiicipi contiennent une lettre à consulter, celle de Giberti à Sauli du 19 septembre, i, f»" 174 r'à 175 r". — C'est chez Mueller [Documenti, u"^ clxxxiv, clxxxv, cxc, cxci, cxci6î*-, cxcni. etc..) qu'il faut chercher les lettres de Pescaire et de Leyva à l'Empereur.- MiGNET consacre à la conjuration les pp. 121-131 de son second volume. Il esta noter qu'il ne semble pas s'être servi des lettres du ms. Dup. 452 que nous donnons dans nos Pièces Justificatives. 11 ressort de ces derniers documents que le cardinal de Côme et le comte de Carpi n'eurent jamais de Pescaire « aultre opinion que maulvaise « ; mais les avertissements qu'ils prodiguèrent, parait-il, au Pape et au Dataire ne furent pas écoutés (P. J., xxxiii). Une dépêche de l'évèque de Baveux nous apprend encore qu'après la découverte de la conjuration l'opinion générale à Venise était que Morone avait « esté toujours d'accord avec les Impériaux et que luy mesmes avoit pourchassé de se faire prendre » (P. J., xxxix). —En Italie on s'est beaucoup occupé de Morone, que les historiens d'outre-monts considèrent volontiers comme un de leurs grands patriotes. Nous citerons surtout la préface des Documenti de Muelleu, pp. en et suiv., et les chap. \ii et VIII (pp. 227-282) du récent ouvrage de M. Gioda, Gir. Morone e i suai teinpi. Ces auteurs se sont d'ailleurs surtout aidés des sources italiciuics; en particulier, ils n'ont pas connu les dépêches françaises du ms. Dupuy 452.

■,U(i RÉPONSE d"i1E.NR1 VIII (SEPTEMBRE 15"25

La réponse du gouvernement anglais aux propositions du Pape fut connue en Italie avant celle de la Régente (1). Le protonotaire Jean Ccxsal, frère de Grégoire, l'apporta à Rome dans les premiers jours de septembre (2).

Il y trouva Clément VII mis en défiance par le silence qu'avait gardé Madame et effrayé par les menaces des Impériaux (3). Aux assurances qu'il prodigua de la bonne volonté du Cardinal et de son désir de voir s'achever la conclusion de la

(1) Peudaut cet intervalle, les pourparlers continuèrent entre Rome, Venise et Milan. D'abord assez actifs, ils le devinrent bientôt beaucoup moins il cause de l'incertitude où on était des résultats des négociations alors suivies en Angleterre et en Espagne. « Venecianos levantan quanto puedeu las tramas y aqui pocos sou los diaz que dos vezes su embaxador no sea en palacio y despache estafetas. » Sessa à Charles V, 24 juillet, ut sup., f 300 V et n" 150. « A lo que alcanço, el Papa esta esperando lo que viene de V. Mad y tambien lo que traheran estos otros... Tuve dos letras del embaxador de Venecia do me avisara de conio alli se estrechavau las platicas... eu la ora me fuy a palacio y aile que el embaxador de la Senoria estava cou el Papa y duro su audiencia poco menos de dos oras y vile gran numéro de papeles y leherlos duplicado y al prefato embaxador con mas alteracion y prisa de la que suele traher por el ordinario.» Let. du 1" août, ibid., t" 309 v» et 312 r" et n" 153. « Hasta agora ninguna respuesta es venida ni del cavallero Casai ni de Gismundino y parece segun este otro dia escrivi que las platicas de las tramas que andavan se han mucho resfriado despues que se entiende y se crée por cierto que el acuerdo de V. Mad con el rey de Francia sera infalible, que asi se juzga generalmente. » Let. du 25 août, ibid., t' 338 r" et n" 186. — Cf. Clerk à Wolsey, 28 juillet, 12 août et 26 août, B. M. ms. Cotton. Vitel. B vu, f" (178) 176, (182) 180 et (184) 182 et Bueweu, iv, 1521, 1563 et 1589 ; Caracciolo à Charles V, 28 juillet, Gavangos, ni, 152; Sanchez au même, 10 et 26 août, ibid., 166 et 187; Doge à Orio, 26 juillet, 4 et 26 août, Bhown, ni, 1081. 1085 et 1101 ; B. Sanga à Bayeux, s. date, Lett. Princ, i, f» 171 r°.

(2) Clerk à 'Wolsey, 7 septembre, B. M. ms. Cott. Vitel. B vu, f (190) 187 r" et Bhewer, iv. 1624.

(3) Charles-Quint avait en effet dit au nonce en Espagne, le comte B. Castiglione, que ses négociations avec François \" étaient en bon train et qu'il lui était loisible de traiter à son gré sur la base de la cession de la Bourgogne ou sur celle de l'abandon de l'Italie. Si la ligue italienne ne se déclarait pas contre lui, il prendrait le premier parti ; sinon, il s'attacherait au second et ferait la paix aux dépens des Italiens. Il paraît même que l'Empereur, incapable de maîtriser sa colère, s'était emporté jusqu'à dire : « Comment Dieu peut-il inspirer au Pape de se laisser toujours guider par ce lâche traître de Giberti? » Cf. Clerk à 'Wolsey, 7 septembre, ut sup., f''(191) 188, et Navagero aux Dix , 21 août, Brown, m, 1099.

Ligue, le Souverain Pontife répondit en déclarant que les États italiens étaient tout décidés à s'unir contre l'Empereur, mais qu'ils différeraient la signature de la publication du traité jusqu'au moment où ils ne pourraient plus conserver de doutes sur le concours de la France et de l'Angleterre. La Régente, ajouta-t-il, s'était contentée de les payer de belles paroles et on attendait encore qu'elle mît à exécution ses promesses ; il semblait qu'elle ne se fût servie de la ligue italienne et de la rumeur qui en avait couru que pour rendre moins difficiles les négociations qu'elle poursuivait en Espagne. Ces atermoiements suspects lui paraissaient préjudiciables au dernier point. Il alla jusqu'à dire que la confédération en avait perdu toutes ses chances de succès, car les Vénitiens étaient fort pressés par l'Empereur et il ignorait s'il leur serait possible de différer plus longtemps de s'accorder avec lui (1).

Sur ce dernier point au moins les craintes de Clément VIT étaient vaines. La Seigneurie n'écouta pas les ambassadeurs impériaux, A. Sanchez et M. Caracciolo (2). Le 14 septembre, elle leur intima son refus catégorique d'accéder à d'autres conditions que celles qu'elle avait fixées elle-même dans ses pourparlers avec Bourbon et Lannoy ; c'était une rupture et les négociations en restèrent là (3).

Quant au retard que mit Madame à faire connaître sa résolution, il faut sans doute l'attribuer surtout au désir qu'elle avait de conclure avec Charles-Quint, auprès duquel elle venait de dépêcher la duchesse d'Aleuçon (4). Toutefois, il serait injuste de méconnaître qu'il pût tenir à d'autres causes. Ainsi, le meurtre de S. Santo dans les environs de Brescia retarda la transmission des nouvelles dont il était porteur (5). En outre, lorsque la Régente

(1) Clcik à Wolsey. 7 septembre, ta su/)., t (190) 187 r à (192) 189 r.

(2) Le protonotaire Marino Caracciolo, qui avait été nonce du Pape en France était un Milanais entré au service de TEnipereur. Il quitta Milan le 30 août 1525 et arriva le 5 septembre à Venise où se trouvait déjà sou collègue Alonzo Sanchez, qui représentait Charles V auprès de la Seigneurie depuis 1521.

(3) La réponse courte et décidée des Vénitiens, si contraire aux habitudes de ces cauteleux politiques, excita l'étonnement et les soupçons des ambassadeurs impériaux : aussitôt ((u'ils l'eurent reçue, jugeant inutile d'insister davantage, ils quittèrent la salle et se retirèrent chez eux. Cf. Caracciolo et Sanchez à Charles V, 14 septembre, Gayangos, m, 205, 206 et 208.

(4) Partie de France le 27 août, Marguerite d'Alençon parvint à Matlrid le 20 septembre.

(5) « A Sismundo, criado de Alberto dcl Carpio.que los dias pasados se desparescio yendo en Francia, an hallad'o que lo mataron en una tierra de Venecianos por robarlo y an traido el despacho que llevava, de manera que

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eut été enfin avertie des dispositions des Italiens vers la fin du mois d'août, elle jugea expédient de soumettre l'affaire au Cardinal et de lui demander son sentiment sur la réponse qu'elle leur devait faire (1) : c'était une marque de confiance dont celui-ci ne pouvait être que flatté ; c'était en même temps un biais pour reculer d'autant le moment d'une, résolution définitive.

Quoi qu'il on soit, au commencement de septembre, les méfiances et les craintes du Ptipe étaient à leur comble (2). Les encouragements de Jean Casai finirent cependant par lui rendre quelque assurance. Il semble même qu'il en vint à envisager sans trop de terreur l'éventualité d'une défection de la France et à former le

se an olariticaclo (lue no estava eu pocler de los ministros de V. M""*, de que avia gran sospecha, y fuera harto mejor para el. » Sessa à Charles V, 12 novembre, B. M. Add. ms. 28573. f" 17 r' et v% et Gayangos, m, 258. — Lorsqu'ils apprirent la disparition de Sigisniond, le Pape et les Vénitiens dépêchèrent en France d'autres courriers (cf. Confession de Morone, 169) ; ainsi, vers le milieu d'août. Clément VLI lit partir pour Lyon le florentin -Leongrdo *p«Mi (ef. Doge à Orio, 26 août, Buown, m. 1101, Foscari à Seigneurie, 1''' octobre. ibiiL, 1126, et Seigneurie à Foscari. 17 [septembre], MuKi.LEi!. p. oS;^, n" cLXXxix). — Cf. aussi sur cette afïaire Giberti à Philonardo, 7 septembre, Lett. Prtnt., i, f"^ 172 V et 173 r".

(1) Madame à Brinon et J. Joachira. 28 août, P. J., xvni. — Sur les informations que Madame reçut d'Italie en juillet et en août, cf. P. J., x, xi, xiv,

(2) (' Avisado tengoa V. M"" conio desde la ora ([ue se començo a verificar cl acuerdo de V. Mad cou Francia se fueron aliviando las platicas de los iiamas que se trayan y despues he entendido de muy buena parte que Venecianos ban usado extrenia diligencia pensando que pudieian conduzir a Madama la Régente, madré del Rcy. la quai los havia entretenido por conservar en reputacion la platica con V. Mm\. de que ellos se han clarilicado y estan temerosos y con mayor duda que fasta aqui. La respuesta de inglateWa de lo que llevo el caballero Casai no déviera ser muy calda, porque son oy quatro dias que es venida y no se alcanca lo que es. El Papa se esfuerça grandissimamente con dezir que mayor servicio ha fecho a V. Mad en acordarse con el despues de la batalla de que puede considerar, porquc aquello ha relevado de no haver nueva guerra. No veo contentes a los unos de los otros ni assegurar se. » Sessa à Charles V, 10 septembre, B.^L .\dd.ms. 28574, f° 360 v et Gav., ni, 201. — Les sentiments où étaient alors le Pape et ses conseilleis secrets se laissent apercevoir dans une lettre que Giberti écrivit le 4 septembre à l'évèque de Bayeux : l'Empereur ne semble pas mal disposé, disait le Dataire, et il a déclaré qu'il laisserait à l'Italie sa liberté ; aussi, ajoutait-il, « qui attenderemo a vivere corne si potrà et goderci la pace présente, che faceudo fondamento in gente cosi varia potria rovinarsi ». Lett. Princ, i, f 172 r" et v^~ — Le 7 septembre, après que le Pape eut vu J. Casai, le même Giberti manda au nonce en Suisse de ne pas -s'avancer plus qu'il n'avait fait et de ne pas dépenser un écu pour entretenir l'affaire de la levée des Suisses. Ibid., î"'- 172 v° et 173 r\

LE l'AI'E KASSIHÉ (17 S E F'T i; M B K K \')2T}) :*11J

dessein de résister en ce cas à l'Empereur avec les seules forces de l'Italie ; c'est du moins ce qui ressort d'une lettre que Giberti écrivit à la date du 10 septembre au nonce Philonardo ; il y pria ce diplomate de s'enquérir des dispositions des Suisses et de lui faire savoir s'ils consentiraient à fournir des secours à la ligue italienne, même au cas où il ne serait plus possible de compter sur l'appui de la France (1).

Au reste, quelques jours plus tard, on apprit une nouvelle qui produisit sur l'esprit de Clément VII le plus heureux efïet; ce fut celle du traité de Moore, qui parvint à Rome le 19 septembre (2). Elle dissipa tous les soupçons conçus sur la sincérité de Madame. Dans une lettre moqueuse qu'il écrivit alors à l'évêque de Bayeux, le Dataire protesta qu'il ne songeait plus à s'étonner de la conduite dilatoire tenue par les Français ; il lui suffisait de les connaître pour les en excuser (3) ; au su de la paix de Moore, ajouta-t-il, l'ambassadeur anglais avait parlé au Pape avec beaucoup de décision et lui avait déclaré que son maître ne manquerait à rien de ce qu'on pourrait désirer de lui; et, là dessus, le Souverain Pontife avait rassuré l'ambassadeur de Venise et l'avait prié d'écrire à la Seigneurie de persévérer avec constance dans l'entreprise qu'elle n'avait pas hésité à commencer avant même d'être certaine de l'amitié du roi d'Angleterre (4); ainsi, conclut

(1) Cf. Giberti à E. Philonardo, 10 septembre, Le^i. Princ.,i, 1" 173 r" à 174 r. — Il est aussi question d'une ligue purement italienne dans la Confes. de Morone, mais le marquis de Pescaire et le duc Maximilien, auxquels le nonce pontifical en fit l'ouverture, s'y montrèrent opposés (pp. 174 et 175).

(2) « Questro pare à Nostro Signore un gran contrapeso a ritener Francesi, che non precipitino ad accordar con Cesare et un freno per potergli voltare a peiisare aile pratiche cominciate di quà. » Giberti à Domenico Sauli, 19 septembre, Lctt. Princ, i, f' 175 V.

(3) « Corne dilettano i libri de romanzi et l'altre poésie, cosi sono molto belle a vedere le lettere di V. Sig'"'% nelle quali dice N. Sig" che Francesi devono havergli molto oblige; perche non potendo fargli accorti con efïeto, se li finge almanco pensando con le chimère che lei chiama, ch'essi procedano astutamente ; et certo credo havra una gran fatica, disegnando V. Sig'''" fargli aveduti, già che ne la buona fortuna mai, ne hora l'aversa gli ha potuti trarre del uatural suo, horamai io ci ho l'animo si confirmato che di ciô che faccino non mi maraviglio; assai sarà havergli conosciuti per non lasciarsi trapportare dalla poca prudenza loro. » Lett. du 26 septembre. ut sup., f" 175 v».

(4) Ibid., loc. cit. — Effectivement, M. Foscari écrivit ce même jour à son gouvernement que Sa Sainteté exhortait la Seigneurie à ne pas s'accorder avec les Impériaux. Buown, m, 1121. — Cette démarche du Pape auprès de l'ambassadeur vénitien avait sans doute pour cause des soupçons qu'avaient alors les confédérés de voir Venise les abandonner pour

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Giberti, « comme les pécheurs auxquels Dieu laisse de longs délais pour se repentir de leurs fautes, les Français auront encore le temps de se corriger, mais ils ont si bien refroidi ceux qui avaient cru en leurs promesses qu'il leur faudra s'enflammer afin de les réchauffer et fournir plus de sûretés qu'on ne leur avait d'abord demandé, car sans cela ils ne trouveraient personne qui veuille courir le danger d'être abandonné ou dès le commencement de l'aventure ou au milieu de la danse (1). »

Soit que la conclusion de l'accord avec l'Angleterre eût décidé Madame à se prononcer, soit pour toute autre cause, la réponse du

se rapprocher de l'Empereur ; un secrétaire de la Seiguerie eut eu etïet une conférence avec A. Sauchez à peu prés vers cette époque, mais la paix de Moore ajaut été connue à Venise sur ces entrefaites, cette tentative de rapprochement n'eut pas de suites. Cf. Caracciolo et Sanchez à Charles V, 28 septembre, Gav. . lu, 21(i, et Sauga à Baveux, 4 oclohve. Lctt. Princ, I. 1° 176 v".

(I) Une/., f" 175 y". — Le ton })eu diplomatique de cette lettre s'explique assez par l'étroite amitié qui unissait l'évéque de Baveux et le Dataire; on sait en effet que ce dernier était évèque de Vérone. Mais J.-B. Sanga, qui n'avait pas les mêmes raisons que Giberti pour se mettre à l'aise avec L. de Canossa, n'écrit pas d'une autre encre (cf. let. du 5 octobre, lbld.,i' 177 r"). C'est qu'en Italie il était de bon ton de ne pas cacher la mauvaise opinion qu'on avait des barbares d'au delà les Alpes. Ce mépris, les agents cisalpins de la France, bien qu'à ses gages et au demeurant s'acquittant honnêtement de leur tâche, le ressentait en bons Italiens qu'ils étaient. Aussi ne trouvaient-ils pas mauvais qu'on se moquât de leurs commettants, qu'ils estimaient eux aussi assez pauvres gens. Entre Italiens cela était bien porté et ne tirait pas à conséquence; ils étaient tous un peu compères. — Les lettres des Impériaux s'accordent pour signaler à cette date une recrudescence d'agitation en Italie. » Las praticas proceden todavia y mas calidas agora que nunca y estan tan adelante que en muchas maneras se ve y entiende come se vieue a la execucion de los effectos que délia los que las tratan speran couseguir. » Najera à Charles V, 21 septembre, B. M. Add. ms. 28574, f ' 369 r'.— Le 28, Sauchez écrit qu'entre Rome et Venise les courriers sont toujours en chemin. Gayangos, m, 216. — Le 4 octobre, ce même ambassadeur voyant que les représentants français avaient de fréquentes audiences de la Seigneurie se présenta devant cette dernière et lui demanda des explications, en ajoutant « que non era bien se hiriessen movimientos como se enteudia que se harian su alguuas partes ». Let. du 4 octobre, ut sup., f" 37J v et n'^ 2;30. — « Temeroso estoy que estas platicas audan muy caldas y tolo lo ([ue se vee es para crederlo ; yo no. falto de lo que puedo y voy conforleiido lo mejor que me es possible, pero vale poco...; los correos de Venecia espessean y muchos se despachan eu gran secreto. » Sessa à Charles V, 5 octobre, ut sup., f"'' 382 v° et 384 r et n" 221.

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