‹ La politique extérieure de Louise de SavoieChapitre 104 sur 225 · NOUVELLES NÉGOCIATIONS (OCTOBRE · texte numérisé non relu

NOUVELLES NÉGOCIATIONS (OCTOBRE

gouvernement français suivit de près la nouvelle de la paix; elle fut connue à Rome vers le commencement d'octobre (1).

Malheureusement, elle n'était pas aussi favorable que l'avaient laissé espérer les agents français. Sous prétexte que le comte de Carpi et l'évêque de Bayeux avaient dépassé les instructions confiées à Toscane, des restrictions importantes avaient été apportées aux avantages promis aux Italiens par le projet de Ligue arrêté en juillet ; de 50.000 écus, le chiffre du subside mensuel était redescendu à 40.000 et il n'était plus question d'envoyer au delà des Alpes la gendarmerie des Ordonnances (2)..

Le désappointement fut vif à Rome. (( La montagne en travail est accouchée d'une souris, » écrivit le 5 octobre J.-B. Sanga à l'évêque de Bayeux ; « cette fameuse résolution dont les Français avaient annoncé la venue comme celle du Messie s'est trouvée en fin de compte assez inférieure aux offres de L. Toscane; il semble en vérité qu'ils tiennent les Italiens pour des sots ; ils pensent peutêtre que ceux-ci se livreront à eux sur la seule garantie de leur bonne foi, afin de leur faire obtenir de l'Empereur des conditions moins onéreuses ; au reste, ce serait vouloir l'impossible que d'attendre qu'ils se gouvernent avec quelque sagesse (3). »

En dépit de ce mécontentement, on ne laissa pas d'engager des négociations sur les bases posées par les nouvelles propositions de la Régente (4). — Bien que le Pape eût reçu sur ces entrefaites des lettres de Salviati, son légat en Espagne, l'informant que Charles- Quint faisait montre de dispositions conciliantes, son attitudi; resta telle vis-à-vis des Français que Raince pensait (( qu'il eust plus envye que la pratique tirast oultre que d'appoincter avec l'Empereur (5) ». Le 7 octobre, on dépêcha de Rome un courrier à Madame

(1) Cf. Sanga à Bayeux, 5 octobre, Lett, Princ, i, f" 177 r". — Quant à Venise, les ambassadeurs Impériaux dans cette ville disent que la résolution de Madame y fut apportée par un certain Claude, secrétaire de la Régente, (jiii se rendit ensuite à Rome, mais, ajoutent-ils, cela n'est pas certain et les ambassadeurs français ont peut-être reçu directement les instructions de leur gouvernement. Caracciolo et Sanchez à Charles V', 8 octobre, G.wangos, m.

(2) C'est ce qui ressort des déclarations de Duprat à Casai. Cf. G. Casai à VVolsey, s. date (9 septembre), R. M., ms. Cott Vitel. Bvii, f- (195) 193. R. \. ms. Moreau 714, f"223, et Rreweu, iv, 164:^.

(3) Lett. Princ, i, f 177 r°.

(4) Dès le 5 octobre, Sanga reconnaissait que. bien que les offres de Madame fussent inacceptables, cependant il était encore possible d'en emprunter quelque chose et d'arriver à un l)on résultat. /'/. , //'/'/.

(5) N. Raince k Robertet. 24 octobre. I'. .1., xwii.

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pour lui demander des explications; on échangea des messages avec Venise et Milan; les pourparlers et les discussions reprirent de plus belle dans toute l'Italie (1). Bref, avec des concessions de part et d'autre, on serait vraisemblablement parvenu à s'entendre, lorsque l'arrestation de Morone, bientôt suivie de la saisie du Milanais par les troupes impériales vint bouleverser les plans des confédérés.

Cet événement, qui réduisit à l'impuissance le duc de Milan, remit tout en question. — A vriii dire, au premier moment, on put croire que les projets de Ligue n'en recevraient aucune atteinte à Rome ni à Venise. « Pour cela, » écrit Carpi le 22 octobre, « le bon courage n'est pas failly aux parties, mais y demeurent plus fermes que jamais. » Que Madame s'empresse de faire connaître sa « résolution )), et rien ne sera compromis. « Vray est », continue Carpi, (( qu'il ne se fera riens jusques à ce qu'on ayt vostre responce et résolution, sans laquelle bien asseurée il n'y a celuy qui veuille entrer en dance,- mais, estant les choses descouvertes aux termes qu'elles sont, toutes les parties de deczà sont délibérées "sans plus diflférer ou prendre l'appoinctement en la meilleure forme qu'ilz pourront ou venir à l'exécution vivement, faisans vous ce que dernièrement je vous ay escript (2). » Deux jours après. Rainée mande aussi à Robertet que « les parties sont tousjours au bon couraige que le comte de Carpy escript et se peult croire qu'ilz ne sont pour tirer arrière s'ilz voyent que de vostre côté on vienne à ce que je croy aurez vu, et sans poinct de faulte les Véniciens tiennent bon (3) ». Mais il est déjà moins afïirmatif que son ambassadeur ; le caractère indécis du Pape et l'influence que prend sur lui l'archevêque de Capoue lui inspirent de tristes réflexions. Il avoue que Clément VII (( s'est trouvé très estonné et mesmes se sentant désarmé et sans argent conmie il dict et d'aultre part luy estant dépainctes les peines infernales par l'archevêque de Capua... ; le seigneur comte de Carpy faict plus que le possible de tenir l'homme en cueur ; le semblable faict le cardinal de Côme et vivement, et le Dataire prent ung traveil intolérable, monstrant sa bonne volonté plus que jamais ; mais le personnaige et tant froyt et douteux et mesmement estant mené de près comme il est de ce frater qu'on ne scait comme y pren-

(1) Cf. Carpi à Madame, 22 octobre, et Raince à la même, 25 octobre, P. J., XXXI et xxxni; Clerk à Wolsey, 25 octobre, B. M. ms. Cott. Vitel. B VII, f" (199) 196, et Brfaver, iv, 1719 ; Carracciolo et Sanchez à Charles V, 11 octobre, Gav., m, 224; Lope Hurtado au même, lo octobre, ibuf., 226; Najera au même, 27 octobre, ihich. 239.

(.3) p. J., XXXII.

POLITIQUE HXPECTANTK D C PAPE 223

dve pied ferme et asseurer (1) ». — A Venise, la Seigneurie sembla d'abord disposée à jeter aussitôt le masque et à prendre les armes ; Sanchez et Caracciolo en eurent peur pendant cinq jours au moins (2). Mais bientôt ce beau feu s'amortit. Que la faute en soit à l'attitude embarrassée du Pape ou à toute autre cause, il est certain que, vers le 25 octobre, malgré les bravades qu'affectaient encore de faire le Pape et les Vénitiens, la ligue était à vau l'eau; là dessus le témoignage de Clerk ne nous laisse aucun doute (3). Chacun cherchait à pourvoir à sa sûreté et à s'accommoder avec les Impériaux. La Seigneurie, qui avait d'abord augmenté ses troupes et fortifié ses places, se ravisa et sollicita le 27 octobre auprès des ambassadeurs de Charles V la reprise des pourparlers rompus par son ultimatum du 14 septembre (4). Du Pape, Lope Hurtado, que Pescaire avait dépêché à Rome pour expliquer sa conduite, reçut l'assurance qu'il ne prendrait aucun engagement avant d'être avisé des intentions de l'Empereur à son égard (5).

Ainsi qu'il le dit à l'évêque de Bath, Clément VII voulait simplement gagner du temps et empêcher la ruine complète du duc de Milan en obtenant des généraux impériaux qu'ils attendissent la

(1) Jbid., lor. cit.

(2) Cf. Sanchez et Caracciolo à Pescaire. 21 et 2:2 octobre, Gav.. m. 2,i6, 237; Sessa à Charles V, 30 octobre, ibu/.. 244.

(3) Clerk à Wolsey, 25 octobre, ut su/,. — Cf. aussi Rainée à Madame. 25 octobre. P. J., xxxiu.

(4) Caracciolo et Sanchez k Charles V, 27 octobre, Gav.. m, 240. - Le 19 octobre, Sanchez avait communiqué à la Seigneurie la lettre de Pescaire l'avertissant de l'arrestation de Morone ; celle-ci lui avait répondu évasivement et avait commencé des préparatifs de guerre qui avaient fait redouter aux Impériaux une rupture immédiate. Cf. ut .<^up., 236, 237, 244.

(5) « Pregunte a Su San»"' si era verdad que el Auditor de la Camara y el cavallero del Casai venian con la liga para que Su Bea* y Venocianos la slipulassen ; dixo que ellos venian, pero que no ténia tal pensamiento hasta saber lo que V. Ma" queria. » !.. Hurtado à Charles V, 5 novembre.' B. M. Add. ms. 28575, f» 4 v" et n" 253.— « A los xviii vino el aviso del marques de Pescara de la presion de Geronimo Morone y despues el comendador Lope Hurtado a dar larga razon al Papa de la causa, laquai nueva no puso menos confusion en gênerai y en particular ()ue la perdida del rey de Francia y dolîlada en los que tenian las manos en las tramas de que se tractaban. » Sessa à Charles V, 31 octobre, ut sup., f" 438 r» et n" 244. — Non seulement Clément Vil promit de ne pas entrer dans la ligue, mais encore, désireux de faire parade de son dévouement h l'Empereur, il affirma qu'avant cette catastrophe « estaba el negocio en ser (lue con dar sa volundad se concluya, pcro que se entretenia para ver si V. M'"* tomariamejor camino en lo que le tocaba ». Ibid., i" 439 r".— Cf. aussi Sessa et Hurtado à Charles V, 21 octobre. Gav., m, 235, et Hurtado au même. 5 novembre, B. M. .\dd. ms. 28575. f' 4 ù 10 et n" 253.

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