G. CASAL A LYON (OCTOBRE
bien conduyre avec icelle Sa Saincteté, le roy d'Angleterre et les Véniciens, en brief temps on rendroit l'Empereur si très bas et las qu'il auroit de grâce de venir et d'entendre à faire tout ce que l'on vouldroit )). Raince répondit qu'il rendrait compte de cette conversation à Madame et même, « s'il luy plaisoit, » qu'il ferait tenir directement au Roi les bons conseils de Sa Sainteté. Loin d'y voir aucun inconvénient, Clément VII répliqua que lui aussi « il le feroit entendre audict Seigneur et toutes choses bien au long pai^ son Légat ou autrement » (1).
Cependant, le découragement des Italiens ne fut pas de longue durée. L'arrivée de deux agents anglais suffit à ranimer l'esprit d'indépendance dans la Péninsule. Ces envoyés étaient le cavalier Grégoire Casai et le nonce pontifical en Angleterre, Hieronimo Ghinucci, devenu ambassadeur au compte d'Henri VIII : leur départ avait été décidé à la suite de la signature du traité de Moore (2).
Parti le premier, G. Casai était à Lyon le 28 septembre (3) ; mais les préoccupations qu'avait alors Madame de la santé du Roi son fils l'empêchèrent de lui donner audience avant le 8 octobre. Elle ne lui répondit du reste qu'en termes généraux lorsqu'il la pressa au nom de Wolsey de ne pas refuser son concours à la Ligue ; pour les détails, elle le remit au seigneur de Lautrec et au chancelier Duprat (4). Grégoire les vit le lendemain et se plaignit que le
(1) Raince à Madame, 25 octobre. P. J., xxxiii.— Le clairvoyant Sessa n'avait pas été sans démêler les desseins du Pape. « Parecoles que no les esfuera de proposito que V. M»* se acuerde con el rey de Francia con los arliculos que querra y con quanta seguredad se pudiese, conosciendo que ninguna es bastante para que, despues de libre, el no intente et procure de restaurarse de lo que a perdido de honra y estado y que, hallando la materia y los animos dispuestos cou lo que temen el dominio de V. M»* podria ser el mundo de por medio como ya estuvo, y no estiman en poco que estas sus platicas y intelligencias ayuden a facillitar la libertad del dicho Rey, vicndo (lue V. M^* sera constrenyido a tomar partido con el pues no le quiere con ellos. » Sessa à Charles-Quint, 31 octobre, ut sup., i" 440 V.
(2) Cf. J. Joachini à Robertet, 3 septembre, P. J., xxiv.
(3) G. Casai à Bayeux, 28 septembre, Brown, mi, 1123. — 11 avait quitté Londres avant le 22 et Ghinucci était parti h son tour le 24. Cf. Orio ù Seigneurie, 22 septembre, ibid.. 1116.
(4) G. Casai à Wolsey, s. date (9 octobre), B. M. ms. Coït. Vitel. B vu. f° (19.^) 192. B. N. ms. Moreau 714, f 223, et Bmcwicn, iv, 1643.
Jacquf.ton, LouI.-<c fie Sai'oie. 15
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gouvernement français eût jugé à propos de revenir sur ses premières ouvertures et de les modifier dans un sens aussi désavantageux. Duprat s'excusa en affirmant que le comte de Carpi avait dépassé ses pouvoirs et que Madame n'avait jamais eu l'intention de fournir aux Italiens un contingent de gendarmerie et un subside supérieur à 40.000 écus ; il soumit ensuite à Casai un nouveau projet de ligue dont voici la substance :
1° Le gouvernement français s'engageait à ne jamais s'immiscer dans les affaires italiennes ;
2° Au lieu de la contribution mensuelle de 40.000 écus, il offrait 500 hornmes d'armes entretenus à ses dépens ;
3o II offrait de même 6.000 fantassins qu'il laisserait en Italie jusqu'à l'expulsion des Espagnols, à la condition que ces troupes, soutenues del.OOO chevaux et de 12.000 fantassins italiens seraient ultérieurement employées à poursuivre la délivrance du roi de France ;
4° Il promettait également un secours de 14 galères, mais sous réserve de les rappeler au cas d'une attaque de Marseille par la flotte impériale ;
5» Il s'emploierait auprès des Cantons suisses pour décider ceux-ci à défendre le duché de Milan aux mêmes conditions qu'ils faisaient auparavant pour le compte du roi de France ;
6° En dédommagement de l'abandon des droits de la couronne sur Milan et sur Napies, il demandait qu'il lui fût assigné sur les revenus de ces deux États une pension dont le chiffre serait déterminé plus tard ;
7° Au cas où le Pape et les Vénitiens soulèveraient des difficultés sur les articles ci-dessus, la contestation serait soumise à l'arbitrage du roi d'Angleterre (1).
Casai accueillit assez bien ces ouvertures : il fit observer seulement que, ruinée comme elle l'était, l'Italie serait peut-être hors d'état de subvenir aux dépenses entraînées par l'entretien d'une armée de terre et de mer (2).
L'arrivée de Ghinucci, qui eut lieu peu après, n'exerça aucune influence sur la marche des négociations (3). Cet ambassadeur
(1) Let. de Casai, ut sujtt-a.
(2) kl., ihid. — En comparant ces offres du Chancelier avec la lettre que G. Casai écrivait à Baveux le 28 septembre, on voit qu'elles différaient fort peu des articles présentés par cet ambassadeur au nom de son gouvernement. Cf. Bhown, III, 1123.
(3) « Post alias litteras scriptas ad D"'" V. R"»'» quatuor ab hinc diebus, fui cura 111""" Domina matre Régis Christianissimi eique exposui quantum
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repartit presque aussitôt pour Rome (1). Quant à Casai, il sollicita pendant quelques jours encore la remise des propositions françaises, dont il désirait emporter un mémorandum en Italie ; puis, comme leur mise en forme se trouva retardée par une indisposition de Robertet, il prit son congé sans les avoir reçues et se contenta de la promesse qu'on les expédierait incessamment au comte de Carpi (2).
Ce ne fut pas sans peine qu'il réussit à traverser la Haute Italie occupée tout entière par les troupes impériales. Il dut se déguiser en paysan pour pénétrer dans Milan. Ayant atteint après bien des dangers le territoire vénitien, il écrivit de Brescia à la Seigneurie qu'il avait vu la Régente et qu'elle lui avait manifesté sa ferme résolution de suivre en toutes choses les conseils du roi d'Angleterre. De là, il se rendit à Garzano, dans le Véronais, où il vit l'évêque de Bayeux, et enfin gagna Rome qu'il atteignit le 31 octobre. Il y avait été précédé par l'évêque de Worcester, arrivé quelques heures auparavant par un autre chemin (3).
Les négociations commencèrent aussitôt. En attendant la venue des instructions françaises promises à G. Casai, on se mit à déli-
mihi datum fuerat in mandatis; reperi eam observantissimam potentissimi Régis nostri et plaoe agnoscentem se maxime obnoxiam Majestati suse ob ea que ipse Serenissimus Rex in sui filii et ejus regni beneficium fecit voluitque ut hoc prefato Régi et D"> V. R"» signiflcarem...; quod attinet ad ea que sibi per me dicta fuerunt. cum relativa faerint ad dicta per magistrum Dominum Gregorium, ipse Domiuus Gregoiius et diebus pra?tei'itis ad D'"^"' V. R"'"' super eis scripserit et nunc de novo scribkt, visum est mihi, etc.. » Ghinuçci à Wolsey, 13 octobre, Rec. Of. Brewer, iv, 1697.
(1) « Ego tanquam gravior, ut saltem eodem tempore, quo ipse Dominus Gregorius Romara perveniat, sim, ibi prajcedara quod omniuo cras erit. » Id., ibid.
(2) G. Casai à Wolsey, 7 novembre, B. M. ms. Cott. Vitel. B vu, f (206)201, B. N. ms. Morean 714, f" 219, et Brewér, iv, 1748.— Cf. aussi Ghinuçci à Wolsey, 13 octobre, ut sap.; Robertet à Brinon, 16 octobre, P. J., xxx ; Praet à Charles V, 15 octobre, Leglav, ii, pp. 615 et 616, et Lanz. p. 177 ; Vaniol à Seigneurie, 14 et 15 octobre, Brown, m, 1136 et 1137.
(3) G. Casai à Wolsey, 7 novembre, ut sup. — M. A. Venier à Seigneurie, 24 octobre, Brown. m, 1144. — Gouverneur de Bergame à la même, 25octobre, Ibid., 1148.— Tiepolo et Mocenigo à la même, 26 octobre, f6?W., 1149. — Bayeux à A. di Fiorenza, 27 octobre, ibid., 1152. — Najera à Charles V, 27 octobre, Gavangos, m, 239.— Caracciolo et Sanchez au même, 4 novembre, ibid., 253. — M. Foscari à Seigneurie, 31 octobre. Brown, m, 1157. — Ghinuçci à Wolsey, 7 novembre, B. M. ms. Cott. Vitel. B vu, 1" (205) 202 et Brewer, iv, 1750. — Une seconde lettre de Casai à Wolsey du 7 novembre nous apprend que l'évêque de Bath ([uitta Rome à cette date pour retourner en Angleterre. Cf. B. M. ms. Cott. Vitel. B vu, f» (206), 203 et Brewer iv, 1747, et dans Balan (n" 135 bis) un bref du 5 novembre i\ Wolsey accréditant Clerk.
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bérer sur le sort do royaume de Naples que la trahison de Pescaire rendait disponible. Le comte de Carpi, qui n'était jamais à court d^expédients, ouvrit l'avis de le partager en trois lots et d'attribuer le premier à l'État pontifical, le second à la Seigneurie de Venise et le troisième au roi d'Angleterre ou à son fils naturel le duc de Richmond; mais, comme le Pape protesta qu'il n'en voulait rien accepter et que les Anglais évitèrent de se prononcer, l'affaire ne fut pas discutée plus avant ce jour-là. — Clément VII se montra fort désireux de voir Henri VIII entrer dans une Ligue défensive qu'on déclarerait ouverte à tous les princes chrétiens sans en excepter l'Empereur ; il insista beaucoup en ce sens auprès de Casai et de Ghinucci, disant que les Vénitiens le souhaitaient autant que lui. Casai répondit que son maître voulait qu'on fît d'abord la Ligue sans lui et qu'il s'y joindrait ultérieurement. Mais le Pape ne laissa pas de s'y obstiner et de prier les Anglais d'en écrire en Angleterre. Il s'attacha surtout au cas où l'Empereur entreprendrait de subjuguer l'Italie : pour y pourvoir, dit-il, il était nécessaire que le Roi envoyât à ses agents en Italie la commission d'entrer dans la Ligue en son nom et d'en accepter la protection. Au surplus, ce fut seulement sur la déclaration même de ce prince en faveur de la Ligue qu'il pressa les Anglais; il reconnut volontiers qu'il appartiendrait à Wolsey et à son maître d'en déterminer à leur gré les conditions et les charges (1).
(1) G. Casai à Wolsey, 7 novembre, ai sup. — « Sanctus Dominus iioster, par ea qupe dicit, iiihil aliud expectat quam resolutioûem Francorum, quam, licet D. Gregorius per multos dies Lugduni expectaverit et postea in ejus discessn promissum sibi fuerit. ut asserit, brevi eam mittero, adhuc tamen habita non est... Dum vellem jam litteras meas claudere, Papa niisit pro me voluitque ut scriberem ad Dnem V. Revmam quod expediret Sermum N. Regem mittere hue unum mandatum oujus vigore Maj'" sua intrarel fœdus quod S^anctitas Sua cogitavit procurare inter omnes christianos principes etiani incluso Csesare et hoc in defensionem reipublice christiane et sedis aposto- Jice. » Ghinucci à Wolsey, 7 novembre, Rec. Of., Brewer, iv, 1749. — Bien que les dépêches encore existantes des agents anglais soient muettes sur les conditions de l'adhésion du roi dWngleterre à la Ligue, il est probable que ceux-ci s'ouvrirent au Pape des intentions' de leur maître ;\ cet égard. La correspondance des Vénitiens nous permet de savoir quelles elles étaient M. Foscari écrit aux dates du 1''' et du 3 novembre que G. Casai et Ghinucci lui ont dit qu'Henri VIII exigeait pour prix de son concours une pension annuelle de 100.000 ducats que lui promettraient les Italiens (cf. Brown, m, 1159 et 1160); quant aux charges acceptées par le gouvernement anglais, une lettre d'Orio nous apprend qu'aux termes de ses instructions secrètes, G. Casai avait l'ordre d'oiïrir aux confédérés une contribution mensuelle de 25.000 ducats tant que durerait la guerre (cf. Orio à Seigneurie, )i2 septembre), ibid., 1116.