‹ La politique extérieure de Louise de SavoieChapitre 113 sur 225 · LA DIPLOMATIE ANGLAISE EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

LA DIPLOMATIE ANGLAISE EN ESPAGNE

Nous avons vu qu'à la fin de mars 1525 Henri VIII avait envoyé en Espagne deux ambassadeurs extraordinaires chargés d'y négocier une invasion de la France. Ces plénipotentiaires, l'évêque de Londres, Tunstall, et le chancelier de Lancastre, Rie. Wingfield, ne parvinrent que le 20 mai à Tolède où ils trouvèrent la cour impériale et le résident anglais ordinaire, Rie. Sampson (1).

Les États de Castille étaient alors assemblés dans cette ville et Charles-Quint leur avait demandé des subsides destinés à payer la solde arriérée de l'armée d'Italie. Les députés les avaient accordés, mais, en retour, avaient supplié leur souverain de se marier sans retard avec une princesse capable de lui donner promptement un héritier ; ils avaient même désigné pour sa future épouse sa cousine Isabelle de Portugal (2). Ce mariage offrait trop d'avantages (3) pour que l'Empereur se fît prier longtemps ; mais, avant de le conclure, il lui fallait obtenir que son allié d'Angleterre le dégageât de la promesse faite à Windsor d'épouser sa fille Marie.

Ce fut dans ce but que le commandeur Penalosa fut dépêché en Angleterre. Il eut pour instructions de solliciter d'Henri VI 1 1 la remise immédiate de la princesse Marie et de sa dot ou, à son défaut, l'autorisation pour Charles V de contracter mariage

(1) Tunstall, Wingfield et Sampson k Henri VIII, 2 juin B. M. ms. Cotton, Vesp. C m, f 158, et Brewer, iv, 1878.

(2) Sandoval, liv. XIII, c. 7, t. iv, p. 257 ; Mignet, ii, 94-95.

(3) La princesse de Portugal avait la dot énorme d'un million de ducats et ce mariage assurait en outre à Charles V l'expectative du Portugal, le seul des royaumes de la Péninsule que la maison de Bourgogne n'eût pas encore acquis.

Jacqueton, LohI.<c (le Sw oie. Kj

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ailleurs. — Cet envoyé ne se rendit pas directement à Londres. Il y alla par les Pays-Bas et vit à Bruxelles l'archiduchesse Marguerite, à laquelle il laissa connaître l'objet de sa mission. Celle-ci eut peur que l'ouverture relative au mariage de Portugal blessât trop vivement Henri VIII ; elle apporta quelques tempéraments aux instructions du Commandeur, qui dut en taire la seconde partie et se borner à réclamer l'envoi en Espagne de la princesse d'Angleterre ou le versement de sa dot (1). Effectivement, outre un projet d'invasion de la France, ce furent là toutes les propositions que Penalosa et les commissaires flamands présentèrent le 7 juin au roi d'Angleterre. Le succès fut médiocre. Argent et fille, Henri refusa tout ; son dernier mot fut qu'il enverrait des instructions à ses ambassadeurs en Espagne pour discuter l'affaire avec l'Empereur (2).

A Tolède, Charles-Quint avait été moins prudent que la gouvernante des Pays-Bas. Dès le 21 mai, son chancelier Gattinara avait informé les ambassadeurs anglais du vœu des États ; il avait même ajouté que son maître avait enjoint à ses représentants en Angleterre d'en instruire Henri VIII (3). De son côté, l'Empereur avait protesté qu'il ne traiterait avec la France que si son allié obtenait satisfaction, mais il avait repoussé toiite ouverture d'invasion, au moins pour l'année présente; la reprise des hostilités ne lui semblait possible qu'en 1526 et seulement au cas où échoueraient les négociations engagées avec le gouvernement français. Pour s'excuser, il n'avait pas oublié de se plaindre amèrement de l'attitude du gouvernement anglais avant la bataille de Pavie, dont il avait jeté tout le blâme sur Wolsey (4).

Conformément à ses déclarations du 7 juin, Henri VIII enjoi-

(1) Les instructions du Commandeur, modifiées par Madame à la date de Bruxelles 31 mai, d'après celles que lui avait données Charles-Quint à Tolède le 1"' mai, sont dans Gayangos, m, 103. — Sur les intentions premières de l'Empereur, cf. Tunstall, Wingfield et Sampson à Henri VIII, 2 juin, ut sup.

(2) Commissaires à Charles-Quint, 11 juin, Gav., ni, 111.

(3) Tunstall. Wingfield et Sampsou à Henri VIII, 2 juin, ut .tup. II existe au B. M. ms. Cotton. Vesp. C ui, f" 184, une expédition notariée de la délibération des Cortés relative au mariage de la princesse de Portugal. Cette pièce, datée du 3 juin, fut sans doute délivrée aux ambassadeurs anglais à cette époque.

(4) Tunstall à Wolsey, 2 juin, B. M. ms. Cotton. Vesp. C m, f" 60 et Brewer, IV, 1-380. — Tunstall, Wingfield et Sampson à Wolsey, 2 juin, Ellis, iiid ser., t. u, p. 12. — Les mêmes à Henri VIII, 12 juin, ut supra, t" 135 et n" 1421.

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gnit à ses représentants auprès de Charles V de négocier sur les demandes de Peûalosa, c'est-à-dire sur l'envoi de la princesse en Espagne et le paiement de sa dot (1). — Ce n'était pas là ce qu'espérait l'Empereur. Aussi se montra-t-il fort irrité lorsqu'il apprit des ambassadeurs '•anglais les modifications apportées par sa tante aux instructions du Commandeur ; il protesta qu'il n'y était pour rien et qu'il avait formellement ordonné à son envoyé de demander à Henri VIII la rescision du traité de mariage (2). En dépit de ce désaveu, l'ignorance où étaient les Anglais des, intentions de leur maître empêcha de pousser plus loin les pourparlers.

En attendant de nouvelles instructions, les ambassadeurs d'Henri VIII, que leur souverain avait commissionnés à cet efïet par acte en date du 22 mai (3), furent appelés à prendre part aux négociations poursuivies avec François I«''.

Ce prince, arrivé à Valence dans les derniers jours de juiii (4), avait prié l'Empereur de lui accorder une entrevue, un sauf-conduit pour sa sœur la duchesse d'Alençon, et enfin une trêve destinée à permettre la venue en Espagne de commissaires français et l'ouverture régulière de pourparlers pacifiques (5).

Charles-Quint jugea expédient de consulter sur ces trois points les représentants de son allié. Le 8 juillet, son Chancelier s'enquit de leur avis (6). Sur le premier, qui était le transfert du Roi de Valence

(1) Commission d'Henri VIII à ses ambassadeurs du 11 juin, Rec. Of. Rrewer, IV, 1409. — Le Sauch à Madame, 13 juin, Gayangos, m, 115.

(2) Tunstall, Wingfield et Sampson à Henri VIII, 8 juillet, B. M. ms. Cotton. Vesp. C m, f" 176 et Brewer, iv, 1484.

(3) Les mêmes à Henri VIII, 12 juin (post-.scriptum du 16), ut sup., f" 135 et n" 1421. — En venant en Espagne, les ambassadeurs anglais avaient déjà apporté un pouvoir daté du 26 mars, les autorisant à conclure une trêve ou une pai.\ avec la France. Ut sup., î° 24 et n» 1212 (7).

(4) Lorsque François I" eut débarqué à Barcelone, les Anglais demandèrent des explications à Gattinara, qui leur répondit que c'était François l'' lui-même qui avait sollicité son transfert; il ajouta qu'au surplus Charles- Quint l'avait toujours désiré, mais qu'il ne savait pas comment cela pourrait être fait. Let. du 20 juin, ut sujk, f" 144 et n" 1439.

(5) Cf. MiGNET, n, 105.

(6) « Yester nighte .., the Chauncelour sente unto us .., who at our commyng shewed us how th' Empereur had commandyd theym to communicate III pointis unto us and to aske our advise upon the same. » Ambassadeurs à Henri VIII, 9 juillet, ut sup., t" 72 r" et n" 1485.

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en Castille, ils répondirent qu'il ne leur appartenait pas de se prononcer et que l'Empereur devait faire ce qu'il estimerait le meilleur et le plus siir (1). Au sujet delà trêve, ils furent plus afRrmatifs; ils se prononcèrent en sa faveur avec d'autant plus d'empressement qu'une dépêche chiffrée de Wolsey venait de leur apprendre la pénurie du Trésor anglais et le besoin que le royaume avait de la paix (2). En revanche, il s'opposèrent franchement au voyage de la duchesse d'Alençon. On pouvait redouter, dirent-ils, que libre et jeune comme elle était, elle parvînt à inspirer de l'amour à l'Empereur ; semblable à ces femmes dont parle Ovide, qui se rendent au spectacle (( non pas tant pour voir que pour être vues », elle ne venait sans doute que pour se faire admirer et aimer de Charles-Quint. 11 était encore à craindre qu'elle décidât M^^ Éléonore à épouser le roi de France ; son veuvage lui serait un lien avec cette dernière, et, en caquetant avec elle^ elle trouverait sans doute quelque biais pour avancer les affaires de son frère (3).

Ces objections, ainsi appuyées de citations de VAr^t d'aimer^ (4), faisaient autant d'honneur à la perspicacité des Anglais qu'à leur érudition galante. Elles frappèrent le sévère Gattinara, qui reconnut qu'elles avaient leur valeur (5). Mais elles n'eurent pas le don de convaincre son maître. Charles, qui avait' son opinion faite et qui n'avait pris le sentiment des ambassadeurs que pour la forme, n'était pas pour s'émouvoir des plans de séduction prêtés à Marguerite d'Angoulême. Il se connaissait et savait que, sur ce terrain, il était inattaquable. Sans hésiter, il passa outre. Tunstall et Sampson furent informés le lendemain que la Duchesse obtiendrait un sauf-conduit de l'Empereur, pourvu que le duc de Bourbon en eût un semblable de la Régente (6). Quant à la trêve, le Chancelier, d'accord avec Montmorency, arrêta le projet d'une convention aux termes de laquelle il y aurait suspension des hostilités jusqu'au l^'' mars de l'année suivante; le commerce serait libre comme en temps de paix, et tous les alliés des princes belligérants

(1) Même lettre, f» 72 v".

(2) Même lettre, f" 74. et les mêmes au même, 10 juillet, iit sup., f" 76 v et ir 1488.

(3) Lettre du 9 juillet, ut sup., t" 73 r».-

(4) Sic ruit in célèbres cultissima fœmina ludos,

Copia judicium s?epe morata meum; Spectatum veuiunt. veuiunt specteutur ut ipsa?...

(De Ar. Aîn., i, vers 97-99.)

(5) « Unto the secunde, they (les commissaires impériaux) said \ve had shewyd many great and urgent reasons. » Lettre du 9 juillet, ut îfup., 1" 73 v".

(6) Lettre du 10 juillet, ut sup., f" 75 v.

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y seraient compris. Les Anglais, auxquels on le soumit, le trouvèrent trop large ; ils proposèrent que la trêve ne fût pas marchande, que les Écossais en fussent exclus, enfin qu'on se bornât à un simple armistice expirant le l^r janvier 1526 et permettant seulement le libre passage des courriers et des ambassadeurs. Leurs observations furent écoutées ; la trêve conclue le 11 août à Tolède entre l'Empereur^ le roi de France et celui d'Angleterre y fut de tous points conforme (1).

Avant que cette suspension d'armes eût été signée^ parvinrent à Tolède les instructions d'Henri VIII relatives au mariage de Portugal. Le roi d'Angleterre ne refusait pas de renoncer au bénéfice du traité de Windsor, mais il demandait en retour le remboursement des sommes empruntées par l'Empereur. Il désirait aussi que son allié lui assurât un arrangement avantageux avec le roi de France. A ce propos^ il chargeait ses ambassadeurs d'avertir Charles-Quint que la Régente lui avait fait présenter des ouvertures d'accord par un de ses Maîtres d'hôtel et que, le voyant disposé lui-même à traiter et incapable à son propre aveu de continuer la guerre, il s'était résigné à n'obtenir de Madame que des satisfactions pécuniaires, dans l'espoir que sa Majesté Impériale lui ménagerait en Espagne des cessions territoriales (2).

Tout naturellement, Charles-Quint désapprouva ce traité séparé, il demanda qu'Henri VIII envoyât simplement ses pleins pouvoirs en Espagne. Quant au mariage, il fit déclarer aux Anglais par ses commissaires qu'il était prêta accepter les conditions du Roi, mais qu'il ne pourrait payer comptant ses dettes et qu'il faudrait convenir de termes. — Là-dessus, les ambassadeurs répliquèrent qu'ils manquaient de pouvoirs pour en accorder et il fut convenu qu'on écrirait en Angleterre à ce sujet (3).

(1) Lettre du 10 juillet, ut sf</j.— Tuustall à Wolsey, 11 août, ut sup., ^85 et u" 1556. — Trêve du 11 août, Léonard, t. ii, p. 196. — Cf. aussi Charles V à l'archiduc Ferdinand, 31 juillet, Lkglay, t. ii, p. 610.

(2) Ces instructions, datées du 3 juillet, sont perdues, mais il reste une commission du 6 juillet autorisant les ambassadeurs à négocier la rescision du traité de Windsor. B. M. ms. Cotton. Vesp. C m, f" 66, et Brewer, iv, 1477. En outre, on peut les reconstituer grâce à la lettre de ces diplomates publiée au tome vi des State Papera, pp. 451 à 452.

(3) Cf. St. Papers, vi, 454, 455 et 462-464 ; Tuustall et Sampson ;\ Henri Vin, 14 août, B. M. ms. Cotton. Vesp. C m, f" 100, et Buewkr, iv, 1569 ; Charles V à Henri VIII, 12 août, Gayangos, m, 168; le même à Wolsey, ibid., 169; le même à le Sauch, 16 août, ibcd., 174.

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