INSTRUCTIONS ANGLAISES DU 8 SEPTEMBRE
On voit que les ambassadeurs anglais en Espagne étaient loin de compte. Les instructions qui leur furent adressées après la conclusion du 30 août durent les éclairer là-dessus. Non seulement ils reçurent l'injonction de notifier à Charles-Quint la signature de la paix de Moore, mais encore ils furent chargés, conformément à une de ses clauses, de solliciter la mise en liberté du roi de France contre une rançon en argent ; dans ce but, leur souverain les autorisa à requérir, s'il en était besoin, l'assistance du nonce pontifical et de l'ambassadeur vénitien et à tenter d'accord avec eux une démarche commune auprès de l'Empereur (1). — Afin de leur assurer le concours de ces diplomates, le Saint-Siège et la Seigneurie furent priés de transmettre à leurs représentants des ordres en conséquence (2).
Toutefois, il ne faudrait pas croire que l'élargissement de François 1er à des conditions favorables fut la seule préoccupation de Henri VIII et de Wolsey. Le soin d'empêcher qu'il épousât la reine Éléonore ne leur tenait pas moins à cœur. Les ambassadeurs en Espagne eurent mission de ne rien épargner pour mettre obstacle à cette union : insinuations perfides auprès des Impériaux, menaces et promesses couvertes auprès du roi de France et de ses agents, manœuvres destinées à éveiller les défiances et les jalousies de la duchesse d'Alençon, tout devait leur être bon à entraver la réalisation d'un tel projet. « Vous devrez, » leur écrivait-on, « vous préoccuper toujours de vous opposer par tous les moyens en votre pouvoir au mariage du roi de France avec Mma Éléonore, surtout parce que à elle reviennent, après don Ferdinand, tous les héritages de l'Empereur, ce qui ne donnerait pas petit sujet au roi de France de rechercher leur perte, dans l'espoir de jouir ensuite à la fois desdits héritages et de l'Empire. Au cas où vous vous apercevrez qu'au nombre des conditions mises à la délivrance du roi de France on compte son mariage avec la reine Éléonore, vous dissuaderez
Seigneur l'advis dudit Cardinal, affin qu'il ne consente ne accorde aucune chose audit Empereur.., par quoy, j'espère le voyaige de madite fille estre fort à propos, ayant l'autorité envers ledit Seigneur telle qu'elle a, et que en ce il portera grand proutlict. » Madame aux ambassadeurs, 16 août, Cab. hist., t. ii, p. 144. — Cf. aussi les instructions de Filzwilliam et de Taylor, B. M. ras. Cott. Calig. D ix, f" (88) 96, et Brewer, iv, 1705. - Il est encore parlé des négociations d'Espagne dans les lettres de Madame et de Robertet des 17 et 28 novembre, P. J., xxxvii, xlii, xmi.
(1) Henri VIII aux ambassadeurs en Espagne, 8 septembre, State Paners VI, 480 à 482.
(2) Doge à Orio, 23 septembre. Buown, m, 1118, et le même à Navagero. 30 septembre, ibid., 1124.