INTERVENTION DES ANGLAIS (NOVEMBRE
diulit mariage aussi bien le Roi lui-même, si vous êtes à même de l'entretenir, que sa sœur la duchesse d'Aknçon et tous les Français de leur entourage. Vous direz que cette alliance, non seulement aura pour résultat de réduire au désespoir le Pape et les États italiens, en les laissant tous à la discrétion de l'Empereur, qui, voyant sa puissance démesurément agrandie et dominant sans conteste en Italie, ne se souciera plus de ses anciens amis, mais encore qu'elle excluera irrémédiablement toute éventualité d'un autre mariage plus avantageux pour ledit roi de France. A la duchesse d'Alençon, vous pourrez représenter combien ce mariage de Portugal deviendra peut-être fatal à l'influence de Madame la Régente, à la sienne propre et au crédit de tous ceux qu'elles deux favorisent (1). »
La nouvelle de la paix de Moore arriva en Espagne avant que les Anglais en eussent reçu communication de leur gouvernement. Ce furent les Français qui l'annoncèrent les premiers et on peut penser qu'ils ne firent pas faute d'en exagérer l'importance (2). Leurs bravades et leurs vanteries n'embarrassèrent pas peu leurs collègues d'Angleterre qu'elles exposaient aux reproches des Impériaux. A tout hasard ils nièrent, et, lorsque des lettres venues de Londres les forcèrent à avouer l'accord anglo-français, ils n'en continuèrent pas moins à contredire les allégations intéressées des Français et présentèrent les traités du 30 août comme des conventions sans importance, relatives seulement aux questions pécuniaires (3).
Quant à la mise en liberté de François I^r, comme le Légat Salviati répondit d'une manière dilatoire lorsqu'ils le prièrent de
(1) Henri VIII à Tunstall et Sampson, 8 septembre. St. Pap., vi, 487-488.
(2) Salviati au Pape, 3 octobre, dans Molini, Doc. Stor., i, 196.
(3) Perrenot à M"" Marguerite, 19 octobre, Leglay, ii, 623.— A la date du 3 octobre, A. Navagero avise la Seigneurie que les Anglais ne nient plus la paix, mais soutiennent que ce n'est qu'un accord sur « le pensioni ». Brown, m, 1129. — Nous ne connaissons pas directement les commentaires auxquels se livrèrent les Français en Espagne au sujet de la paix de Moore, car la lettre du 5 octobre par laquelle les ambassadeurs anglais eu informèrent leur souverain est perdue, mais on peut juger quels ils étaient par les reproches que Wolsey fit à Brinon à cette occasion le 24 octobre (cf. Brinon à Madame, P. J., lxx ) et par la lettre de Tunstall à Henri VIU du 2 décembre, B. M. ms. Cottou. Vesp. C m, f'^ 105 et Bkkwer, iv, 1800.
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se joindre à eux pour la solliciter (1), ils furent seuls, le 19 octobre, pour requérir Charles-Quint de délivrer le roi de France au prix d'une rançon en argent et sans insister sur l'abandon de la Bourgogne. L'Empereur leur répliqua qu'en exigeant cette province il ne faisait que poursuivre le recouvrement de son patrimoine et l'affaire en resta là (2). — Une seconde démarche, tentée quelques semaines plus tard, au reçu d'une nouvelle lettre d'Henri VIII, n'eut pas un meilleur résultat. La seule réponse qu'obtinrent les Anglais fut que les négociations étaient en assez bon train et qu'on ne tarderait sans doute pas à conclure. Ils n'en demandèrent pas davantage (3). Évidemment, ils n'attachaient à tout cela aucune importance ; leurs représentations toutes diplomatiques, étaient, même à leurs propres yeux, sans portée.
En revanche, Tunstall et Sampson semblent s'être acquittés avec plus d'empressement de la partie de leur mission qui se rapportait au mariage de la reine Eléonore. Ils trouvèrent en Gattinara un auxiliaire résolu. Celui-ci leur dit en propres termes : « A cette union, je ne donnerai jamais mon consentement ». Ils l'encouragèrent du mieux qu'ils purent dans cette détermination ; en particulier, suivant à la lettre les instructions du 8 septembre, « ils affirmèrent que, puisqu'Éléonore était l'héritière présomptive de l'Empereur^ ce serait mettre en danger la succession de ce dernier que de la donner pour femme au roi de France ». Ils parlèrent dans le même sens à M. de Rœulx qu'ils savaient favorable à Bourbon comme le Chancelier (4). Mais ils durent se montrer plus réservés auprès des autres membres du Conseil. Ils n'avaient en effet aucune illusion à garder sur leurs sentiments ; ils n'ignoraient pas qu'ils étaient prêts à abandonner Eléonore à François 1er afin de donner à la paix plus de chances de durée. « Indubitablement », écrivaient-ils le 2 décem-
(1) A la demande des Anglais, le Légat objecta qu'avant de faire une démarche de cette sorte, il était nécessaire de savoir où en étaient les négociations entre les Français et les Impériaux (Ambassadeurs à Henri VIII, 2 décembre, St. Pap., vi, 516-517). Aussi, lorsque Navagero proposa aux Anglais de les accompagner chez l'Empereur, ceux-ci lui répondirent que le Légat manquait d'instructions et qu'eux-mêmes n'avaient pas commission de négocier la délivrance de François 1" (Navagero à Seigneurie, 8 novembre, Brown, III, 1166). — Les ordres du Pape n'étaient pas encore arrivés à la date du 14 novembre, et d'ailleurs, à en croire l'ambassadeur vénitien, les représentants d'Henri VIII ne montraient pas alors un grand désir de mener l'affaire à bonne fin (Let. de Navagero du 14 novembre, 1167.)
(2) Lettre du 2 décembre, ut sup., p. 499.
(3) Ici., ibid., p. 515.
(4) Ici., ibid.., p. 511.
250 ENVOI d'eD. LEE (NOVEMBRE 1525)
bre, « si le duc de Bourbon peut être satisfait autrement, non seulement ils s'accorderont, mais encore ils s'uniront plus étroitement que nous ne voudrions (1). »
La paix de Moore avait eu pour résultat de modifier profondément la politique que devait suivre auprès de l'Empereur le représentant du gouvernement anglais. Celui ci, qui n'avait jusqu'alors travaillé qu'à maintenir contre la France l'union de l'Angleterre et de l'Espagne, allait désormais avoir à demeurer neutre entre les Impériaux et les Français, et, s'il le pouvait, à devenir le médiateur de leurs différends. A cette situation nouvelle, il fallait un homme nouveau. Aussi, dès le 8 septembre, Sampson et ses collègues furent rappelés et l'aumônier d'Henri VI 11^ Ed. Lee, fut désigné pour les remplacer à la cour impériale (2).
Cet ambassadeur ne quitta l'Angleterre qu'à la fin de novembre. Ses instructions, fort courtes, lui ordonnaient de se conformer à celles qu'avaient déjà ses prédécesseurs, c'est à savoir, au cas où la paix ne serait pas signée lors de son arrivée à Tolède, de supplier l'Empereur de se montrer modéré dans ses prétentions et de n'exiger de son prisonnier qu'une rançon en argent (3).
Taudis qu'il traversait la France à grandes journées (4), les négociations franco-espagnoles, plusieurs fois interrompues, furent reprises de nouveau à la suite de l'envoi de Brion par la Régente. Comme les plénipotentiaires français se montrèrent disposés à céder
(1) Let. du 2 décembre, p. 512.
(2) Sampson à Wolsey, 4 octobre, Rec. Of. Bhewer, iv, 1684. — Lee fut ambassadeur en Espagne jusqu'en 153U, devint archevêque d'York en 1531 et mourut le 13 septembre 1544.
(3) Instructions de Lee, sans date, Brewer, iv, 1798, d'après ms. Cambr. 1044. f° 5. — Il étiiit aussi recommandé à ce diplomate d'éviter de voir la Régente à son passage en France.
(4) Lee à Wolsey, 2 décembre, B. M. ms. Cotton. Vesp. C m, f" 210, et Brewer, iv, 1803. — De Bordeaux, où il parvint lé 2 décembre, Lee écrivit à son maître que les Français lui avaient paru fort satisfaits de la paix de Moore. Dans plusieurs villes, on avait demandé à ses domestiques : « Corne sa porte Madame Dolphynes »; comme si le mariage de la princesse Marie avec le Dauphin eût été déjà décidé. Ce dernier vivait alors à Blois. Lee, qui l'ignorait, ayant traversé cette ville, se trouva fort perplexe. 11 se tira d'embarras en déclarant au précepteur du prince qu'on n'avait pas prévu cette éventualité et qu'ainsi il n'avait pas reçu d'instructions du roi d'.\ngîeterre pour se présenter devant lui. Cf. Lee à Henri VIII, 2 décembre, Ellis, Illd Ser, t. ii, p. 72.