Ô'2 TRAITÉ DE MADRID ( ,) A N V I E R
Ce fut sur ces entrefaites qu'arriva Ed. Lee, le 8 janvier 1526. A cette occasion, les Anglais prièrent l'évêque de Tarbes de leur communiquer les difficultés qui s'opposaient encore à la paix, car, ajoutèrent-ils, leur nouveau collègue avait l'ordre de s'employer en faveur du roi de France et c'était le surlendemain même qu'il comptait s'acquitter de ce devoir auprès de l'Empereur. — L'évêque leur dit qu'il demanderait à François I^r l'autorisation de les en instruire.
Cette autorisation se fit attendre. Comme elle n'avait pas encore été donnée le 10 janvier, jour où Lee eut son audience de Charles- Quint, cet ambassadeur se contenta de renouveler la demande faite par ses collègues à Gattinara, qu'on ajoutât au traité franco-espagnol une garantie des conventions du 30 août. Il ne fut pas mieux écouté ; l'Empereur promit simplement que son frère d'Angleterre serait honorablement compris dans l'accord.
Ce même soir, un secrétaire français apprit aux ambassadeurs d'Henri VIII que les points encore en discussion étaient au nombre de trois et qu'ils se rapportaient à la compréhension des alliés du Roi, à la restitution des biens de ses partisans italiens et à celle des domaines de Bourbon. Mais, tout en protestant que son maître sentait le prix de leurs offres de service, il leur recommanda de ne point descendre à ces particularités et de borner leurs bons offices à une démarche sans objet déterminé.
Les Anglais suivirent à ce conseil. Lorsqu'ils virent Gattinara le lendemain, ils lui demandèrent seulement, s'il y avait quelques difficultés à la paix, de vouloir bien travailler de son mieux à les écarter ; comme celui-ci leur affirma que l'Empereur était disposé à ne s'arrêter à aucune, ils n'insistèrent pas davantage (1).
Deux jours après, le 13 janvier, ils apprirent que l'accord francoespagnol avait été conclu à Madrid (2).
La diplomatie anglaise, dont les représentants avaient été tenus à l'écart de sa négociation, n'avait exercé aucune influence sur ce traité. Il contenait les deux conditions auxquelles Henri VIII et Wolsey s'étaient montrés le plus constamment opposés, la cession de la Bourgogne et le mariage de la reine de Portugal avec le roi de France ; tandis que la première consacrait la victoire de l'Empereur, la seconde l'assurait de l'amitié de son rival vaincu. L'heureux Charles-Quint ne comptait désormais sur le continent que des sujets ou des alliés. — C'était là un rude coup pour l'Angle-
(1) Let. du 26 janvier, ut supra.
(2) M., ibid.
LES ANGLAIS ET FRANÇOIS ler (JANVIER 1520) 253
terre, qui avait à poursuivre auprès de lui le paiement de dettes énormes et que l'exécution du traité de Madrid allait mettre à sa discrétion.
Avant de repartir pour Londres, Tunstall et Sampson furent admis à Adsiter le roi de France, toujours gardé à vue dans l'alcazar de Madrid. Ce prince, que la présence de son geôlier Alarcon semblait gêner beaucoup, leur dit qu'il se sentait obligé à Henri VIII plus qu'à tout autre prince vivant, pour la conduite qu'il avait tenue durant sa captivité; il ajouta qu'il ne serait .pas ingrat et affirma qu'à son retour en France il lui découvrirait ses intentions secrètes (1).
Cette dernière phrase ouvrait le champ aux spéculations. Quelles étaient ces intentions secrètes, et ces mots ne trahissaient-ils pas chez François 1er le désir de se soustraire aux dures conditions du traité de Madrid? On pouvait l'entendre ainsi, et le rapport des ambassadeurs dut rassurer quelque peu le roi d'Angleterre et son ministre sur les conséquences de l'accord franco-espagnol. Le gouvernement anglais serait peut-être moins impuissant à entraver l'accomplissement de ses clauses qu'il ne l'avait été à en prévenir la signature.
(1) « Your Highues is Ihe personne who shall know moost of his secrète mynde after it shall please God that he Shalbe l'etornyil into his realme. » Tunstall et Sampson à Henri VIII, 2S janvier 1526, B. M. ms. Cott. Vespasien C m. F 222, et Biiewer, iv, 1932.