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DERNIERES NEGOCIATIONS. — CONCLUSION DE LA LIGUE DE COGNAC

Le maréchal de Montmorency apporta le 28 janvier à Saint-Just la nouvelle de la paix de Madrid (1). Madame fit aussitôt appeler auprès d'elle l'ambassadeur anglais Taylor. Après lui avoir appris la prochaine délivrance de son fils, elle lui déclara que l'honneur en devait être rapporté au gouvernement anglais et que le Roi en garderait une éternelle reconnaissance à Henri VIII et à Wolsey. Montmorency renchérit encore sur ces protestations ; parlant au nom de son maître, il dit que Sa Majesté Très Chrétienne, touchée des services que lui avait rendus le roi d'Angleterre dans l'adversité, le regardait non pas comme son bienfaiteur et son frère, mais plutôt comme son père ; car, ajouta-t-il, ainsi que les enfants sont redevables de l'existence à leur père naturel, de même Sa Majesté estimait qu'après Dieu elle devait à Henri son retour dans son royaume ; et, quant au Cardinal, Elle le tenait pour son

(1) J. Joachim à Briaon, 30 iauvier, P. .I.,Liv,et Madame à Brinon, 28 janvier, P. J., LUI. MiGNET (t. II, p. 185), donne à tort la date du 29 janvier. — Il y avait fort longtemps que Madame n'avait eu de nouvelles d'Espagne; la dernière lettre qui lui était parvenue portait la date du 18 décembre. Cf. J. Joachim à Brinon, 13 et 19 janvier, P. J., xlix et lu. — Toutefois, Montmorency avait été précédé par un gentilhomme du prince d'Orange, parti de Tolède le 13 et arrivé à Lyon le 22, qui avait annoncé la conclusion imminente de la paix et la venue prochaine du Maréchal ; mais, bien qu'il fût porteur d'une lettre de Lallemand à Praët qui confirmait ce rapport, on lui avait accordé peu de créance et on l'avait retenu sous bonne garde jusqu'à l'arrivée de Montmorency. Cf. J. Joachim à Brinon, 30 janvier, ut sup. — Cf. aussi Marguerite d'Alençon au Roi, dans Génin, t. ii, n" 29, p. 69.

MADAME Notifie la paix aux anglais 255

grand-père et Elle espérait que les conseils prudents et affectueux de Sa Grâce lui permettraient de voir la fin de ses malheurs (1).

Le Maréchal, qui avait quitté Madrid avant la signature du traité, n'en avait pas avec lui le texte authentique (2). Ce fut une excuse pour n'en pas faire connaître toutes les clauses à Taylor ; on se contenta de Tavertir de sa conclusion et de sa condition nécessaire, qui était la mise en liberté du Roi ; pour les détails, on le remit à l'arrivée du prochain courrier.

On n'agit pas autrement avec le roi d'Angleterre et son ministre. Dans la lettre qu'elle écrivit le même jour à Brinon, Madame chargea cet ambassadeur de leur annoncer le traité, mais elle ajouta que Montmorency ne lui en avait pas su dire les conditions et qu'ainsi elle ne pouvait « pour ceste heure faire entendi'e les particularitez de ladicte paix », Elle promit, du reste, de ne point retarder à les leur découvrir, dès qu'elle en serait instruite ellemême ; aussitôt le texte du traité entre ses mains, elle dépêcherait Vaulx, assura-t-elle, « pour aller en toute diligence par delà, par lequel ledit Seigneur roy d'Angleterre et Cardinal entendront amplement toutes choses ». Enfin, elle n'oublia pas de remercier Henri VIII des démarches de ses ambassadeurs en Espagne en faveur de son fils. « Ledit Mareschal m'a dit, » écrivitelle, (( que les ambassadeurs dudit Seigneur roy d'Angleterre se sont tant honnestement acquitez, tant à tenir main et pourchasser la deslivrance du Roy que en toutes autres choses qu'ilz ont peu congnoistre y povoir aider et servir, qu'il ne soyt possible de mieulx et tellement qu'ilz en sont grandement à recommander, et, pour ceste cause, vous le ferez bien entendre audit Seigneur Cardinal en mercyant encore un coup ledit Seigneur roy d'Angleterre et luy de ce bon et ouvert office que lesditz ambassadeurs ont fait, qui est venu et procédé principallement de luy comme je suis bien asseurée (3) ».

Si secrètement qu'eussent été menées les négociations engagées en Espagne à la venue de Brion, il n'avait pas été sans en transpirer quelque chose en Angleterre. Dès les premiers

(1) Let. du 3 janvier, ut .•^up.

(2) Let. des 28 et 30 janvier, ut sup.

(3) Let. du 28 janvier, ut sup.

256 DÉCLARATIONS d'hENRI VIII ET DE WOLSEY

jours de janvier, il s'y ébruita que l'accord franco-espagnol était conclu et que François I^r allaii épouser M^e Éléonore (1) ; bientôt même, on eut des détails plus circonstanciés et des lettres venues d'Italie en firent connaître la plupart des clauses (2). Il ne manquait plus que d'en recevoir la communication officielle. Ce fut des Flandres qu'elle vint. M^^ Marguerite, qui avait appris l'affaire à la fois d'Espagne et de France, écrivit le 29 janvier que la paix avait été signée le 14 à Madrid (3). Cette lettre, qui parvint à Londres avant le 10 février, précéda de quelques jours celle que Madame avait expédiée le 28 janvier à Brinon, et que cet ambassadeur reçut seulement le 12 février (4). Pas plus que la Régente, d'ailleurs, M^e Marguerite n'entrait dans le détail des particularités, qu'elle ignorait encore ; elle annonçait simplement la conclusion de l'accord (5).

Ni Wolsey ni son maître ne ménagèrent à Brinon les expressions de leur satisfaction. Déjà le 10, à propos de lettres arrivées de Rome presqu'en même temps que celle de la gouvernante des Pays-Bas, le Cardinal avait (( dit et réitéré plusieurs foys que en quelque sorte que la personne du Roy soit mise en liberté et restituée en son royaulme, il en sera joyeulx plus que de chose qui lui sceut advenir » (6). Le 12, lorsque l'ambassadeur lui apporta la lettre de Madame, il le complimenta fort et lui montra « face et contenance fort joyeux ». Il protesta que (( depuys dix ans il ne avoit ouy nouvelle qui plus luy eust donné de joye que de entendre la deslivrance de la personne du Roy ». Ayant ensuite demandé quelles étaient les conditions sur lesquelles, fit-il obser-

(1) Cf. lettre de J. Joachim du 19 janvier, se référant à des lettres de Brinon des 5 et 9, P. J., lu.

(2) Naturellement les Impériaux ne s'étaient pas fait faute de répandre le , bruit que le roi de France cherchait à se rapprocher de Charles-Quint et

qu'il se montrait disposé à lui sacrifier ses alliés. C'était surtout en Italie qu'ils s'étaient attachés à laisser connaître ces particularités et, dès les premiers jours de décembre, le légat Salviati avait informé Clément Vil des dispositions pacifiques des Français. Cf. Ghinucci à Wolsey, 4 janvier 1526, B. M. ms. Cotton. Vitell. B viii, f» (3) 4, et Brewer, iv, 1867 ; le même au même, 8 janvier, ihid., i° (4) 5 et n" 1871; le même au même, 17 janvier, ihicL, î- (9) 10 et n» 1890; Fitzvvilliam et Taylor à Wolsey, 24 décembre, B. M. ms. Cott. Calig. D ix, f" (101) 109 et Brewer. iv, 18.37; enfin l'analyse des lettres de Campeggio du 10 janvier que Brinon donne dans sa lettre du 11 février, P. J., lvi.

(3) Lettre de Brinon du 11 février, ut sup.

(4) Brinon à Madame, 14 février. P. J., t.vii.

(5) Let. du 11 février, ut sup.

(6) /(/., Ibid.

DÉCLARATIONS u'ilENRl VllI ET DE W O L S E Y 257

ver, « on disoit beaucoup de choses » et ayant eu pour réponse que Montmorency ne les « avoit sceu dire », il s'empressa d'ajouter « que, en quelque sorte que les choses soyent accordées, elles luy plairont, puisque la personne du Roy se délivre, mais, si avec bonnes conditions, elles luy seront très agréables ; et ce qu'il demande des particularitez n'est pour suspeçon qu'il ait que le Roy et vous ayés accordé chose qui soit au préjudice et à la diminution de ceste amytié et alliance, saichant que le Roy son maistre y est nommé des deux parties et cognoissant le Roy si vertueux et si magnanime et tant bon prince, vous, Madame, si très saige et tant véritable dame que pour rien vous ne le voudriés faire ; ne semblablement, ne les demande pour approuver ne réprouver la forme des conventions, saichant que ce n'est pas leur affaire, et au Roy et à vous est de faire et disposer du vostre comme il vous plaist, mais seulement pour entendre en amytié comme les choses vont et là-dessus faire fondement de quelque bonne chose qui soit et serve, non seulement à la conservation et manutention, mais augmentation de ceste amitié, laquelle il désire de plus en plus conserver, asseurer, faire et rendre de tout son povoir durable et perpétuelle ». Il loua la prudence et la sage conduite de Madame, qu'il compara au roi Salomon « en sa grande lumière de sapience ». Mais, en même temps, il insinua un conseil, sur lequel il importe d'appeler l'attention, c'est que le gouvernement français « pour plusieurs bons respectz » devait éviter de (( désespérer le Pape ne les Vénécians ». Il fallait, dit-il, « doulcement entretenir » Clément VII, car cette conduite donnerait « cy-après un grand fruict ». Quant aux Vénitiens, il convenait de (( ne les getter du tout hors de espoir pour les inconvéniens qui en pourroient advenir et ce que le futur pourra produire » (1).

Le lendemain 13, Brinon fut mandé à Greenwich où. se trouvait alors Henri VIII. Il y communiqua à ce prince le contenu de la lettre de la Régente et en reçut les mêmes félicitations que du Cardinal. Comme son ministre, le Roi parla des pratiques d'Italie et dit qu'il ne fallait point que Madame abandonnât ce qu'elle avait à la main, si elle ne voyait « le jeu bien asseuré du costé de l'Hespaigne ». Sur le chapitre des particularités, il se montra moins réservé que Wolsey ; il ne craignit point de laisser paraître l'appréhension que lui causait le mariage de François et d'Éléonore « auquel il dit avoir grande risque », car, si l'Empereur et son frère (( mouroient sans lignée, Madame Aliéner, qui

(1) Let. du 14 févi'ier, ut sup.

Jacqueton, Louise de Saooic. 17

258 POLITIQUE d' HENRI VIII ET DE WOLSEY

estoit leur seur aînée, emporteroit toute la succession, qui u'estoit pas petite chose » (1).

Ce n'est pas dans ces témoignages officiels qu'il faut chercher les véritables sentiments d'Henri VIII et de Wolsey. La paix de Madrid, qui consacrait l'effacement de la seule puissance continentale capable de faire échec à Charles-Quint, ne pouvait que leur déplaire. François 1" devenu le beau-frère de son ancien rival et son allié contre les Italiens et les Turcs, c'était l'Europe mise à la discrétion du tout puissant Empereur, et l'Angleterre, désormais isolée en face de l'immense empire, se voyait, menacée d'y être absorbée bientôt à son tour. Heureusement pour l'indépendance du monde, tout n'était pas perdu encore; pour que cette extrémité cessât d'être à craindre, il suffisait que François pr délivré refusât de tenir les engagements souscrits durant sa captivité.

Wolsey ne s'y trompa pas, et dans des notes qu'il ajouta vers le milieu de février à une lettre de Rob. Wingfîeld, relative aux particularités du traité, et qui étaient sans doute destinées à passer sous les yeux de son maître, il n'hésita pas à affirmer hautement sa conviction que le Roi, revenu en France, n'observerait pas les clauses de l'accord (2).

La politique du gouvernement anglais fut réglée en conséquence. On continua d^encourager les Italiens à s'unir à la France et de leur promettre les bons offices et les secours de l'Angleterre (3). Quant

(1) kl., Ibid.— Ajoutons que le 24 février, Wolsey chanta solennellement la messe à Samt-Paul et y publia le traité de Madrid; le soir du même jour, il y eut dés feux de joie allumés devant les logis des ambassadeurs alors présents à Londres. Cf. Orio à Seigneurie, 25 février, BrowN, ni, 1223, et Hall, 710.

(2) « Ifis to be thouzt Ihat the said peax is not coucluded with suche articles as is hère rehersed, ffor diverse of them coucernyng alienacion of the rightes of his croune be not in his power to performe, and the other, whiche be in his power, be to grete, that, being ons at liberté, it is not like that he intendeth to performe them, and specially in actual delyvere of the duchie of Burgoyn... nor also in delyvere of the Dolphyn... Finally, if al be true as is in this lettres rehersed, 1 can not persuade to my self that the IFrencjhe King is determyned after his restituciou unto libertie to performe the same, » Annotations marginales de la lettre de Rob. Wingfîeld du 9 février, B. M. ms. Cotton. Galba B ix, f" 3 et Brewer, iv, 1963.

(3) Orio à Seigneurie 12, 19, 28 février, 11, 17, 24-28 mars, dans Brown, III. 1219, 1220. 1224. 1230, 1231, 1235. —A Venise. Jean Casai remontra au

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