‹ La politique extérieure de Louise de SavoieChapitre 121 sur 225 · OPINION DE CLÉMENT VII (FÉVRIER · texte numérisé non relu

OPINION DE CLÉMENT VII (FÉVRIER

à la liberté, oublierait les promesses faites à l'Empereur et joindrait ses forces à celles de l'Italie (1).

La situation n'était pas pour effrayer Clément VU. Le premier, et bien avant sa conclusion, il avait aperçu clairement les avantages éventuels d'un accord franco-espagnol. Dès le mois d'octobre 1525, il avait jugé cette solution plus favorable aux intérêts italiens que la captivité prolongée de François L'''. Aussitôt qu'il eut appris la signature de la paix, il revint avec empressement au plan alors exposé à l'évéque de Bath, celui de décider au parjure le prince libéré. « 11 est possible », dit-il aux ambassadeurs anglais, « que le roi de France ait conçu le dessein habile de recouvrer à tout prix sa liberté, avec l'intention bien arrêtée de n'accomplir de ses promesses que ce qui ne sera pas contraire aux intérêts de son royaume et à ceux de la République Chrétienne et du bien public. De tous les sacrifices auxquels il s'est soumis en Espagne, il ne se résignera sans doute qu'à ceux qu'il lui faudra faire avant sa délivrance, qui consisteront vraisemblablement en la remise de ses fils, et il se refusera à tous ceux qu'on lui demandera ultérieurement, comme, par exemple, à son mariage avec la reine Éléonore et à la cession de la Bourgogne; et, ainsi,

(1) « Ministri régis Gallorum. quos. per aliquas conjecturas et signa qute video, puto persu:idiM-e Sanctitati Siuc ut virilem animum induat, dando ei spem quod eorum Rex, dum liber fiierit, spreîis promissionibus Ctesari lactis, vires suas cuni SancLitate Sua et aliis interponet, ut mouarchi;e per ipsura Cfesarem ambitie resistatur; et, li':et putem hujusmodi ministros ha^c non nomine régis Gallorum aut ejus matris Papai dicere, sed tanquam ex seipsis, ne forte, si aliquid penetraret, eorum Régi adhuc in manibus Csesaris existenti noceret, tamen pro certo teneo Papam credere talia non ab ipsis solis procedere... Hsec autem, licet a Sanctitate Sua aut suis non intellexerim, sed solum per aliquas conjecturas et signa, ut dixi, circa ha\c viderim. » Ghinucci à Wolsey, 4 mars, B. M. ms. Cotton. Vitel. B viii. f' (20) 25 et Brewer, IV, 2008. — GuicciARDiNi parle aussi d'avis officieux donnés au Pape et dit que « oltre a quelle che pareva verisimile, gli penetrô a gl'orecchi per parole dette dal Re, innanzi che fusse liberato, e da altri, a quali erano noti i consegli suoi, egli havere l'animo alieno dell'osservanza délie cose promesse a Cesare » (liv. xvi, p. 355). — L'historien italien fait sans doute allusion dans cette dernière phrase à une confidence de Montmorency à Capino da Capo, alors sur son chemin d'Espagne en Italie. Il dit en effet à cet Italien que son maître n'avait qu'un but, recouvrer sa liberté par quelque moyen que ce tut. Cf. Caracciolo et Sanchez à Charles V, 6 mars, G.wangos, m. 356. — Quant au rôle joué par le comte de Carpi, nous trouvons dans une lettre du duc de Sessa la phrase suivante : « A quanto puedo conosler no factan nuevas tramas de Alberto del Carpio y las intelligencias de Venecia no a mi ver andare vivas. » Sessa à Charles V, 16 mars, B. M. Add. ms. 28- 575, f" 157 r°, et Gav.\ngos, ui, 364.

NÉGOCIATIONS EN ITALIE (maRS 1526) 261

raccord n'aura d'autre effet que de substituer au père ses deux fils, ce qui dans l'espèce importe peu. attendu que le père est plus capable d'assurer l'élargissement de ses enfants que les enfants celui du père. » — La conclusion du Pape fut que, si François 1er était dans ces dispositions, (( il n'épargnerait pour sa part ni travaux ni dépenses afin d'amener l'afïaire à un heureux succès et il ferait bien voir qu'il ne désirait rien tant que le bien public, la paix de l'Italie et celle de toute la République chrétienne » (1).

En attendant de connaître les véritables intentions du roi de France, il importait d'amuser les Impériaux par des semblants de négociation. C'est ce qu'on fit à Rome aussi bien qu'à Venise.

On sait que l'Empereur avait un délai de deux mois pour ratifier le traité consenti le 12 décembre par le Pape. Sa réponse parvint à Rome en temps utile, mais elle ne contenait pas une acceptation pure et simple de la convention de décembre ; certaines clauses en étaient modifiées, en particulier celles qui se rapportaient à l'attribution du duché de Milan, au chiffre de la contribution exigée du Souverain Pontife et aux villes prétendues sur le duc de Ferrare. — Clément VII en fit son profit. Il éleva des objections sur tous les points, discuta pendant plusieurs jours sans résultats, et enfin, comme Sessa et Herrera se refusaient à toute concession, déclara qu'il ne pouvait accepter leurs exigences et qu'il préférait en référer de nouveau à l'Empereur (2).

Il en fut de même à Venise où Sanchez et Caracciolo avaient essayé de reprendre les pourparlers sur la nouvelle du traité de Madrid. Aux demandes qu'ils présentèrent le 26 février, la Seigneurie ne répondit le 3 mars que par des protestations vagues de bon vouloir et de désir de la paix. Une seconde tentative que Sanchez fit le lendemain 4 mars pour obtenir des déclarations moins ambiguës ne fut pas plus heureuse. Le 8, l'ambassadeur dut

(1) Ghiuucci et G. Casai à Wolsey, 7 février, B. M. ms. Cott. B viii. f» (18) 22 et Brewf.r, iv, 1956. — L'opinion des ambassadeurs impériaux en Italie ne différait pas de celle du Pape; ils pensaient aussi que la captivité de François I" était très favorable aux intérêts de l'Empereur dans la Péuiusule et que ceux-ci seraient compromis à dater du jour de son élargissement. Cf. Caracciolo et Sanchez à Charles V, 6 mars, Gav., m, 356.

(2) Cf. GuicciARDiNi, liv. XVI, p. .355. — Herrera à Charles V, 16 mars, B. M. Add. ms. 28575, f- 151 r à 153 v et Gayangos, m, 363. — Sessa à Charles V, ibid. f- 154 r" à 160 v, et u° 364. — Ce dernier ajoute : « Lo que estimo por medula verdadera de la causa desta dilacion, sino me engano, es una esperança en que quasi todos generalmente eoacurren que le rey de Francia no guardara lo prometido » {ut sup., f" 156 v).

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