‹ La politique extérieure de Louise de SavoieChapitre 127 sur 225 · AUDIENCE DE CHEYNEY (9 AVRIL · texte numérisé non relu

AUDIENCE DE CHEYNEY (9 AVRIL

son égard (1). Madame et la duchesse d'Alençon avaient tenu le même langage (2).

Parvenu à Bordeaux le 9 avril dans l'après-midi, François pi" fit mander le soir même à neuf heures sir Thos. Cheyney et le docteur Taylor. Les Anglais furent reçus à la porte du palais par le Grand-maître Montmorency, qui les conduisit vers le Roi. A leur entrée dans la salle d'audience, celui-ci fit quelques pas au devant d'eux et embrassa cordialement Cheyney en disant que sa mission actuelle lui agréait bien davantage que celle qu'il avait remplie lors de sa dernière ambassade en France. Il les tira ensuite à part pour entendre leur charge et, après avoir renouvelé ses protestations qu'il devait sa délivrance à son frère d'Angleterre, leur promit qu'il n'accorderait rien à l'Empereur tant que ce prince n'aurait pas remboursé à Henri VIII les sommes dont il lui était débiteur. Puis, de lui même et avant que les ambassadeurs lui eussent rien dit à ce sujet, il se prit à parler des menaces qu'on ne lui avait pas ménagées en Espagne, ajoutant qu'il y avait trouvé de bonnes raisons pour protester contre les promesses auxquelles il avait été contraint ; quant à la Bourgogne, les Espagnols ayant exigé des otages, il ne croj'ait pas prudent, déclara-t-il, d'en effectuer la remise^, car il perdrait ainsi la province sans recouvrer ses

(1) GuicciARDiNi. XVI, t. II, p. 358. — « Lo que he podido alcanzar de Su Sanad es que el rey de Francia se holgo mucho cou su visitaciou y le mostro muy bueua voluudad, tractando siempre en lo gênerai, y que en lo que mas se detenia era en contarle la euferniedad passada y en dolerse de no baver sido bien tractado, que ser los Dias Sanctos impedia no passai" adelante eu ninguna otra platica, ma que le cerliflco que passando Pascua le queria largamente hablar ; que lo que sentia de otros era que la ratiflcacion no se haria y que mostrabau deliberacion de no entregar a Borgofia. » Sessa à Charles V, 23 avril. B. M. Add. ras. 28575. f 191 r", etG.w., m. 395.— « Hay aviso que el rey de Francia, hablando con Cappino, el que enbio el Papa, y cou el Secretario de Venecia, se quexava de ser alla mai tractado el que les dixo que havia oydo a V. Ma"" que sin falta séria in Italia por todo Agosto. » Herrera à Charles V, 4 mai, ut sup., f°' 206 V et 207 r°, et n° 413.

(2) Guicci.\RDiNi, ut supra, p. 359. — On peut aussi consulter la lettre de Sanchez à Charles V, du 18 avril (ut sup.. f" 187 V à 194 r°, et n° 388), dans laquelle cet ambassadeur rend à son souverain, d'après le rapport d'un de ses espions, un compte très exact des dépêches de Rosso des 24 et 28 mars. 11 ajoute : « Me ha seido dicho que ayer los de esta republica havieron cartas de Francia de su Secretario de II, III y IIII de este.. : solo me ha seido referido que el dicho Secretario scrive que, haviendo comido con Robertet, le dixo que no pensassen los desta republica capitular agora con el rey de Francia que era libre como quando estava pre.so ; que. si verdad es, noto dello que todavia persévéra en los avisos, que el rey de Francia no quiere observar » (f" 190 r').

AFFAIRE DE l'a M B A S S A DE U R PORTIIGUAIS 271

enfants ; aussi, se bornerait-il à offrir de l'argent en échange de leur élargissement (1).

François I^r annonça en même temps qu'il allait dépêcher en Angleterre le seigneur de Morette, gentilhomme de sa Chambre comme Cheyney l'était de celle d'Henri, et, afin de marquer son estime pour l'envoyé de son allié, il lui permit de pénétrer à toute heure dans ses appartements particuliers, tout ainsi qu'il le faisait dans ceux du roi d'Angleterre. Cheyney ayant été assez discret pour ne pas user de cette autorisation et pour s'abstenir de paraître à sou lever du surlendemain, le Roi remarqua son absence et l'envoya incontinent chercher par Morette. 11 était encore en robe de chambre lorsque l'ambassadeur arriva, et ce fut de ses mains qu'il voulut recevoir la serviette ; enfin, comme il se rendait à la messe après son lever, il le retint à ses côtés et conversa avec lui tout le long du chemin (2).

L'entrée solennelle dans Bordeaux fournit à François I^r une autre occasion de montrer le cas qu'il faisait de l'alliance anglaise et l'honneur dans lequel il entendait tenir le représentant de son frère d'Angleterre. Au cours de cette cérémonie, l'ambassadeur de Portugal prétendit avoir le pas sur Cheyney et, pour assurer cette usurpation, se mit à marcher de front avec l'ambassadeur impérial. Là-dessus, l'Anglais protesta et si haut que ses plaintes attirèrent l'attention du Roi qui expédia le maître des cérémonies au Portugais avec Tordre de reprendre sa place ou de se retirer; ce dernier résista, si bien que François 1er dut lui envoyer le Grand-maître en personne, qui lui ordonna formellement de quitter le cortège et de retourner à son logis. Comme il refusa encore de céder, Montmorency perdit patience et lui dit tout criîment que son maître n'avait pas l'intention de faire un affront au roi d'Angleterre pour le plaisir d'honorer celui de Portugal. L'ambassadeur répondit alors qu'il allait obéir et prendre le chemin de sa demeure, qui d'ailleurs, ajouta-t-il, était le même que celui du cortège, et il continua de s'avancer à la suite du représentant impérial. Cette obstination acheva d'irriter le Grand-maître, assez peu endurant de son

(1) Cheyney à Henri VIII, 12 avril, B. M. ms. CoU. Calig. D ix, f" (179) 187, et Brewer, iv, 2087. — Cheyney et Taylor à Wolsey, 13 avril, B. M. ioc. oit., i" (180) 188, et Breweh, iv, 2091.

(2) Lettre du 12 avril, ut sup. — Cheyney à Wolsey, 14 avril, B. M. ms. Cott. Calig. D IX, f" (183) 191, et Brewkr.iv, 2092. — Le même à Henri VIII, 14 avril, State Papers, t. vi, p. 87.— Cf. aussi François I"iV Brinon. 16 avril, Çabin. hist., t. ii, p. 152.

272 FRANÇOIS I*^'" ET LES ITALIENS (aVRIL 1526)

naturel; il s'emporta, repoussa rudement le Portugais et, pour finir, le fit mettre liors du cortège par quatre hallebardiers. — On conçoit quelle mortification dut causer cette scène à l'ambassadeur de Charles-Quint, qui voyait ainsi insulter sous ses yeux le représentant du beau-père de son souverain. — Le soir, François I*^"" entretint de cette affaire les ambassadeurs anglais et leur jura qu'il prendrait autant de souci de l'honneur d'Henri VIII que du sien propre : « Eh quoi ! )) s'écria-t-il, « un diplomate apothicaire voudrait précéder le représentant du roi d'Angleterre. Vraiment, il fera mieux d'aller à Calicut et d'y donner des lois au commerce des épices, car ici il n'en donnera point (1) ».

Cependant, aux offres que leur fit le Roi de passer aussitôt le traité de Ligue, Rosso et Capino, désireux sans doute d'en référer à leurs gouvernements, objectèrent qu'ils manquaient de pouvoirs. — François P"" semble en avoir ressenti quelque humeur. Le 9 avril, parlant des Italiens à Cheyney et à Taylor, il souhaita charitablement qu'ils fussent tous au diable. Quelques jours après, il apprit à ces ambassadeurs que, pressés par lui, le Nonce pontifical et le Secrétaire vénitien s'étaient retranchés derrière l'insuffisance de leurs instructions; en agissant ainsi, ils n'avaient sans doute pas d'autre dessein que d'éprouver la sincérité de ses intentions ; mais, dit-il, « comme mon frère d'Angleterre et moi sommes d'accord, il seront heureux de se joindre à nous (2) ».

Ce fut à Bordeaux que furent confirmés par actes authentiques les traités et conventions de Moore ; les lettres patentes de ratification portent la date du 15 avril (3).

Jean Joachim était arrivé à Londres le 17 avril (4). Conformément aux stipulations du 30 août 1525 et aux promesses

(1) Cheyney et Taylor à Wolsey, 13 avril, ut sujt. — Rosso à Seigneurie, 10 avril, Brown, m, 1243. — Capino au marq.de Mantoue, 12 avril, ibid., 1245.

(2) Let. du 13 avril, ut sup. — Cheyney et Taylor à Wolsey, 21 avril, B. M-. ms. Cotton. Calig. D ix. f (185) 193.

(3) Confirmation du traité de paix, Ry.mer, Fœdera, xiv, J34; — de celui du douaire de la reine Marie, ibid., 145; — de celui des déprédations., ibid., 147; — de celui de la compréhension du roi d'Ecosse, ibid., 151; — de l'article relatif au duc d'Albany, ibid., 453. — Ces pièces ne furent d'ailleurs remises aux Anglais que trois ou quatre mois plus tard. Cf. dans BrewerIcs lettres de Taylor, du 28 juillet et du 21 août 1526.

(4) Jean Joachim à Brinon, 17 avril, P. J., lxi.

LES TI{AITÉS RATIFIÉS PAU IlKN'kl VIII 27'A

faites ultérieurement, c'était maintenant à Henri VIII (ju'il appartenait de donner aux traités son approbation soleinielle ; il n'y manqua point et le dimanche 29 avril il jura la paix dans la chapelle du clicâteau de Greenwich.

La veille du jour fixé, dans l'après-midi, les ambassadeurs français furent conduits en barque au palais royal par l'évêque de Bath et le vicomte Rochford. Ils y trouvèrent les autres membres du corps diplomatique, qui y avaient été convoqués également, et avec eux tous les gentilshommes des environs de Londres et les magistrats des Cours supérieures. Le Roi les reçut dans la grande salle, assis sur un trône et entouré des seigneurs de sa cour. Le président de Rouen lui adressa une savante harangue où il le remercia de ses bons offices en faveur de son maître ; il affirma qu'à ses seuls efïorts était due la mise en liberté du roi de France et termina en protestant que ce prince n'hésiterait jamais à mettre à son service sa personne, son argent et ses terres. Après que le chancelier du duché de Lancastre, Thos. Moore, eut répondu et qu'Henri VIII se fut retiré dans ses appartements, une collation fut servie aux ambassadeurs et aux gentilshommes; puis ceux-ci furent menés aux logis qui leur étaient destinés et y soupèrent (1).

Le dimanche, à neuf heures du matin, on reconduisit les ambassadeurs à la grande salle, d'où on se rendit processionnellement à la chapelle. Le Roi s'assit sur un siège de drap d'or à la droite du chœur ; le Nonce du Pape et les représentants de François pi' prirent place au-dessous de lui et du même côté; ceux de l'Empereur, de la Seigneurie de Venise et du duc de Milan se tinrent à gauche et en face de leurs collègues français. La messe fut célébrée par Wolsey, assisté de plusieurs évoques, et suivie par la cérémonie des serments que prêtèrent successivement Henri VIII et les ambassadeurs français. On revint ensuite à la grande salle; le Roi se mit à table, et, dès qu'il se fut lavé les mains, les ambassadeurs furent emmenés dans une autre chambre pour dîner à leur tour (2).

En France une cérémonie semblable eut lieu le 10 mai à Cognac, où François I^i' s'était arrêté après avoir quitté Bordeaux. Le vice-

(1) Cérémonial de la ratification du traité de paix. B. M. ms. Cott. Calig. D IX, f" (108) 116 et Brewer, iv, 1633. — Hall, p. 711. -- Cf. aussi Wolsey îl Cheyney et Taylor, 4 mai, B. M. ms. Cott. Calig. D ix, f» (190) 198, et Brewer, iv, 2148 in fine. — Dans cette lettre du 4 mai, Wolsey dit que le discours de Brinon plut tant au Roi qu'il ordonna de le faire imprimer.

(2) Cérémonial, et Hall, ut supra. — Cf. aussi Sessa à Ciiarles V, 25 mai, B. M. Add. ms. 28575, f» 222 V et 223 r' et Gay., m, 435.

Jacqueton, Lnuifio r/e Saroic. 18

274 RKTOUK DK JKAN BKINON ( M A I 1526)

roi do Naples, arrivé la veille afin de presser le roi de France de remplir les engagements de Madrid, y assista. À la suite de la messe, qui fut dite par le cardinal de Bourbon, François V'^\ environné des chevaliers de Tordre et revêtu d'un costume d'une richesse inouïe, prêta le serment d'observer les traités. Un banquet réunit ensuite tous les ambassadeurs à la table du Grand-maître, qui avait déjà traité la veille Cheyney et Taylor (1).

Cette double confirmation était la dernière des formalités convenues à Moore entre les représentants de Madame et les commissaires du roi d'Angleterre; des multiples sûretés que ce dernier avait alors imposées, une seule, l'approbation des États de Normandie, n'avait pas été accordée et le retour du roi de France avait permis de passer outre à leur désobéissance.

Dès lors, la mission du président de Normandie était terminée. Il prit congé du roi d'Angleterre et du Cardinal dans les premiers jours de mai et repassa le détroit (2). — Jean Joachim resta seul à Londres en qualité d'ambassadeur ordinaire ; il devait occuper ce poste jusqu'à l'arrière-saison de l'année suivante, où il fut remplacé par l'évoque de Bayonne, Jean Dubellay.

Quant à Jean Brinon, moins d'un mois après, il était à Angoulême auprès du Roi et de Madame (3). Que devint-il ensuite? Alla-t-il

(1) Cf. Acte du serment de François I", Rvmer. Fœdera, xiv, 175. —

A. Rosso à Seigneurie, 10 et 11 mai, Brown, m, 1270 et 1272. Dans cette lettre, Rosso rapporte que François I" avait un vêtement orné de 28 diamants, d'un fort beau rubis et de perles d'une valeur de 140.000 ducats; à son chapeau il portait l'escarboucle que la Seigneurie lui avait donnée à la mort de son prédécesseur. Rosso nous apprend aussi que l'ambassadeur impérial s'abstintd 'assister au dîner offert par Montmorency. — Cf. encore la lettre de la comtesse Somaglia, 12 'mai, Brown, ni, 1273. — Le serment de François k'' en langue française et l'acte notarié constatant sa prestation sont dans Rvmer, xiv, 175 et 176; mais ou n'y trouve aucun acte relatif à sa soumission aux censures apostoliques semblable à celui qui existe pour Madame: il dut pourtant accomplir cette formalité, car Wolsey la réclamait encore darïs sa lettre du 10 mai, en même temps que le serment luimême. B. M. ms. Cotton. Calig. D ix, f" (200) 209 et Brewer, iv, 2164.

(2) Cf. J. Joachim à Brinon, 12 et 17 mai, P. J., lxiii, et Ar. Nat. J 965, 4, 1. (( Le président de Normandie a pris son congié du Roi pour s'en retourner en France ; l'on a grandement traicté tant en dons et grosse chayue que l'on dit de II" escus d'or que de vaisselles. » Jonglet ;\ Madame, 8 mai,

B. M. Add. ms. 28575, f° 211 v", et Gay., ui, 418. — A Cognac, le Roi avait gratifié Cheyney d'un don de 800 1. t. (ms. Clair. 1215, f" 65 r").

(3) Taylor à Wolsey, 12 juin, EUis, 2'' Ser. i, 338. — Brinon était porteur de lettres d'Henri VIII au Roi [Captlrité, 523|, de Wolsey au Roi (Rec. Of., Brewer, iv, 2198) et à Madame (P. J., i-xn), enfin de la reine Marie et du duc de Suffolk au Roi (B. N. ms. Dupuy 462, f- 32 et 33).

.lEAN BRINON DE lh2C) A 152!^ 275

r(?prendre à Rouen ses fonctions de premier président? Resta-t-il à la cour où le retenait, plus encore que sa qualité de membre du Conseil privé, la faveur de François T"" et de Louise de Savoie ? La deuxième hypothèse semble préférable (1). Mis en relief par sa pénible et fructueuse ambassade d'Angleterre, il dut voir grandir beaucoup sa situation politique. Au lieu de le renvoyer en Normandie, le Roi le retint aupi'ès de lui et lui donna sans doute entrée au Conseil intime du matin, au Conseil des affaires que M. Noël Valois nous montre organisé au cours de cette année même 1526 (2). Son nom se rencontre à chaque instant dans les lettres des ambassadeurs anglais. Il prit une part prépondérante aux longues )iégociations qui précédèrent l'envoi en Angleterre de l'évêque de Tarbes et du vicomte de Turenne en mars-avril 1527 (3). Puis, à la suite du voyage de Wolsey en France, il accompagna Montmorency à Londres en qualité d'ambassadeur extraordinaire chargé de recevoir avec lui les ratifications du traité d'Amiens du 18 août 1527 (4). A son retour en novembre, il fut à n'en pas douter au comble de la faveur. Florimond Robertet venait de terminer sa longue et glorieuse carrière (nov. 1527). Après Duprat, Brinon apparaissait sans contredit comme le plus écouté des Conseillers de robe longue. Ni l'archevêque de Bourges, ni le président de Selve, ni le prévôt de Paris ne jouissaient d'an crédit comparable au sien. En lui, le Chancelier pouvait et devait craindre un rival. Et ce n'est pas là une pure supposition. Qu'on se rappelle la lettre du 28 août 1525 et le ton dont Brinon y répond aux observations de Duprat. Évidemment ces deux hommes s'aimaient peu. De cette mésintelligence sei-ait né tôt ou tard un conflit décisif. Il est diflicile de savoir quelle en aurait été l'issue. Duprat était peutêtre le préféré du Roi , mais Brinon l'était certainement de Madame. Entre le vieux Chancelier et son ard(nit concurrent, la victoire , que Charles-Quint se plaignait de trouver infidèle aux vieillards, serait peut-être allée au jeune président de Rouen. Un événement imprévu mit fin à la lutte à peine engagée. Jean Brinon fut frappé par la mort en pleine maturité; il succomba le 3 avril 1528,

(1) Le ms. fr. 18932 (f°' 38 r" à 43 r) contient une niereuriule prononcée h la date du 20 Novejnbre 1527 par Jean Brinon; mais c'est la seule qu'on y trouve de son retour à, sa mort.

(2) Cf. Introduction à VIncciitaire des arrêts du Conseil.

(3) Cf. Breweu, IV, à la Table v° Brinon et surtout n"' 2320, 2545,3342.

(4) Instructions du 30 septembre 1527, Ar. Nat. J 965, 5, 2, et Décrue, Anne de Montmorency, i, 96-100.

"276 ATTITUDE DES ANGLAIS (aVRIL-MAI 1526)

à l'âge d'environ quarante-quatre ans (1). Duprat ne rendit les sceaux qu'à sa mort, plus de sept ans après, en juillet 1535.

La négociation de la Ligue franco-italienne avançait. Le Pape et la Seigneurie, avertis par leurs représentants des bonnes dispositions de François I^^r, s'étaient empressés de leur expédier les pouvoirs nécessaires, qui parvinrent à Cognac dans les premiers jours de mai (2).

Le plus difficile était d'obtenir l'adhésion du roi d'Angleterre, qui poussait fort à conclure, mais qui se souciait moins de se déclarer à face ouverte. Rosso en ayant voulu parler à Cheyney, celui-ci lui répondit que son maître fournirait volontiers aux alliés des secours pécuniaires, mais qu'il n'était pas encore disposé à entrer dans la Ligue (3). A Londres, Henri et Wolsey donnèrent quelques espérances à Orio et à Gambara, mais, s'ils promirent leur entrée dans la confédération et une contribution mensuelle de 25.000 ducats, en revanche, ils demandèrent que le traité de Ligue fiît conclu en Angleterre. Comme aucun des ambassadeurs, pas plus les Français que les Italiens, n'avait d'instructions à ce sujet, il devint nécessaire d'attendre la réponse des gouvernements intéressés à cette ouverture (4). — La Seigneurie et le Pape, qui la connurent vers le milieu de mai, ne firent d'ailleurs aucune difficulté d'oivoyer à leurs représentants commission de conclure à Londres, mais ils exprimèrent le doute que ces ordres pussent leur arriver à temps et avant la signature du traité en France (5).

(1) Bourgeois de Paris, 341, et Versoris, 205.

(2) Cf. Rosso à Seigneurie, 7 mai, Brown, ni, 1268. — « Papa ad hune effectuni. tam ad oratorem suuni qui est in Gallia quam per uniim civem Florentinum, magna? autoritatis et prudentiaî, nuncin Galliam missuni, misit plenissimum mandatum et instructionem unà cum capitulis faciendis,ipsisque et eoruni cuilibet eliam nunc scribit ut statim fœdus hoc conchidi omni diligentia procurent. » Ghinucci et Casai à Wolsey, 2 mai. B. M. ms. Cott. Vitel. B VIII, f (30) 37 et Buewer, iv, 2140. — Le pouvoir pontifical arriva à Cognac le 7 mai, ut sup., f» (53) 64, et n" 2202.

(3) Rosso à Seigneurie, 17 avril, Brown, m, 1250.

(4) Orio à Seigneurie, 22, 25 et 30 avril, Brown, ui, 1254, 1258 et 1262. — Rosso à Seigneurie, 4 et 7 mai, ibid., 1267 et 1268.

(5) Foscari à Seigneurie, 17 mai, Brown, m, 1281. — Ghinucci à Wolsey, 19 mai, ut sup., t" (49) 60 et n" 2187. — Quant aux "Vénitiens, on trouve dans Brown trois pièces datées du mois d'avril, mais qui se réfèrent certaine-

MISSION DE LANNOY (mAI 1536) 277

— Quant à François lei-, il se contenta de renouveler ses sollicitations à Henri VIII d'autoriser Cheyney et Taylor à prendre part aux négociations (1).

Celles-ci avaient passé par des phases diverses. D'abord assez actives, Tannonce de la venue de Lannoy y avait jeté quelque froid. Les Italiens, dans la crainte que François I^r n'en fût ébranlé, s'étaient tenus à dessein sur la réserve, afin de l'éprouver. Toutefois, contrairement à leurs prévisions, François I^r n'avait pas montré un moindre empressement (2). Le 7 mai, Rosso lui ayant appris qu'il avait reçu ses pouvoirs, il lui en avait exprimé sa satisfaction et l'avait entretenu de l'offre faite par Henri VIII d'un subside de 25.000 ducats ; il était même allé jusqu'à promettre qu'on jurerait la Ligue le jour même de l'arrivée du vice-roi (3).

Ce fut le lendemain que ce dernier parvint à Cognac ; il avait l'ordre de ne céder sur aucun point et d'inviter purement et simplement le roi de France à remplir tous les engagements du traité de Madrid. Mais, tandis qu'il le conjurait de ne pas manquer à ses promesses, ce prince continuait de négocier avec Capino et Rosso, et son Conseil examinait les commissions expédiées d'Italie (4). — Le 10 mai, jour de la ratification des traités d'Angleterre, Lannoy, mandé au Conseil, fut informé officiellement par Duprat que le Roi ne pouvait pas détacher la Bourgogne du royaume de France et que le seul sacrifice acceptable était celui

ment à cette affaire et qui doivent être rapportées au mois de mai. Doge à Orio 17 (avril) mai, 1249; le même au même, 25 (avril) mai. 1256, commission au même de conclure en Angleterre, 25 (avril) mai, 1257. — Les ambassadeurs anglais à Rome ne s'étaient pas bornés à demander au Pape des pouvoirs pour son Nonce à Londres. Le 2 mai, sur l'ordre de Wolsey, Ghinucci, après avoir protesté qu'il agissait de son propre mouvement, pria Clément VII de fournir au roi d'Angleterre quelque sûreté propre à dissiper toutes les méfiances de ce prince sur la fermeté de son attitude vis-à-vis des Impériaux. Le Pape se fit un peu prier, mais il finit par promettre de donner au Roi et au Cardinal une « cédule » autographe à cette fin; la teneur de cet acte, sur laquelle on ne s'accorda qu'assez difïicilement, fut que Sa Sainteté s'engagea à n'avoir aucune négociation avec les Impériaux durant un mois entier à compter de sa date ; si, pendant ce temps, on avait conclu avec le roi de France, l'adhésion de Clément VII serait acquise ipso facto au traité de Ligue ; au cas contraire, le Pape recouvrerait sa liberté d'action. Ghinucci à Wolsey, 2, 8 et 6 mai, tU supra, f- (29) 36, (32) 39, (38) 47, et n- 2141, 2144 et 2156.

(1) Rosso à Seigneurie, 10 et 11 mai, Brown, m, 1270 et 1272.

(2) Ghinucci et Casai à Wolsey, 16 mai. d'après des lettres de Capino du 28 avril dont le Pape leur avait rendu compte. Ut sup., f- (45) 56 et u" 2182.

(3) Rosso à Seigneurie, 7 mai, Brown. m, 1268.

(4) Le même à la même, 10 mai, i/jiiL, 1270.

278 NÉGOCIATIONS A COGNAC (mAI 152fi)

d'une rançon d'argent (1). Ce même après-dîner, Capino et Rosso eurent une audience de François I«' ; il leur dit qu'Henri VIII désirait conclure la Ligue en Angleterre, mais que c'était là un plan impraticable et qu'il serait préférable d'en passer la convention à Cognac. Il l(>s pria de tenter une démarche auprès des représentants anglais et de leur demander s'ils n'avaient pas quelque pouvoir qui leur permît de négocier l'adhésion de leur maître à la confédération. — Ceux-ci ayant répondu négativement, les Italiens se rendirent seuls au Conseil le 11 mai : il y fut définitivement arrêté qu'on signerait le traité en France et qu'on se bornerait à y laisser une place au roi d'Angleterre. Enfin, le 12, on leur demanda communication de leurs instructions et on leur promit une réponse pour le lendemain (2).

En dépit de ces préliminaires, les négociations restèrent languissantes durant les jours qui suivirent. Les témoignages d'honneur et d'amitié que François l^r prodiguait à Lannoy, et qui n'étaient peutêtre inspirés que par la gratitude, semblèrent suspects aux ambassadeurs anglais et italiens. Ces derniers, auxquels on n'avait pas encore notifié la résolution qu'on leur devait faire connaître le 13, remarquèrent non sans méfiance que le viccrroi avait, expédié coup sur coup deux courriers en Espagne et -que le départ de M. de Morette déjà décidé à Bordeaux avait été différé. Cheyney et Taylor entrèrent dans ces inquiétudes. Dans une conversation qu'ils eurent avec leurs collègues italiens, ils s'emportèrent jusqu'à dire qu'ils soupçonnaient fort le roi de France de vouloir s'accorder avec Charles-Quint et qu'ils lui en feraient des représentations (3).

C'est qu'en efïet ces ambassadeurs venaient de recevoir de longues instructions, où il leur était 'expressément ordonné de s'opposer de tout leur pouvoir à l'exécution du traité de Madrid. Cette pièce (4), datée du 4 mai et signée de Wolsey, était une réponse motivée à la demande que François I^i' avait faite par Jean Joachim de l'avis de son frère d'Angleterre et du Cardinal.

(1) Cf. MiciNET, II, 194, et 195 et aux Arch. Nat. dans le carton J 666 les 11"" 4 à 4quater contenant les procès-verbaux du Conseil relatifs à cette affaire.

(2) Rosso à Seigneurie, 10 et 11 mai, Buown, m, 1270 et 1272.— Ghinucci à Wolsey, 26 mai, f° (53) 64 et ut sup., n" 2202.

(3) Rosso à Seigneurie, 15 mai, Buown, m, 1275.

(4) Wolsey à Cheyney et Taylor, 4 mai, B. M. ms. Cott. Calig. D ix. f»" (190) 198 et suiv. — Les ambassadeurs la reçurent le 14 mai.

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