‹ La politique extérieure de Louise de SavoieChapitre 129 sur 225 · INSTRUCTIONS ANGLAISES DU 4 MAI · texte numérisé non relu

INSTRUCTIONS ANGLAISES DU 4 MAI

de la plus grande partie de ses forces et tout spécialement de sa flotte, qui serait montée par des soldats impériaux et resterait ainsi à la discrétion complète de son rival. — De plus, ce dernier devant recevoir en un seul versement la solde de 6000 fantassins pour six mois, pourrait entretenir avec cet argent 36.000 hommes pendant un mois ou 18.000 pendant deux mois, ce qui lui permettrait de briser toute résistance en Italie, et, ce pays une fois soumis, d'attaquer la France ou toute autre contrée, au grand dommage de la chrétienté.

Les enfants de France devaient rester entre les mains de l'Empereur jusqu'au moment où toutes les conditions du traité de Madrid seraient accomplies. C'était là une clause qui ne laissait au roi de France aucune sûreté pour leur élargissement; car celui-ci ne dépendrait que de la libre volonté de Charles-Quint et ne serait garanti que par sa seule promesse ; et on n'ignore pas, ajoutait Wolsey, qu'il n'a pas accoutumé de la garder.

Enfin, l'abandon de ses alliés qu'on avait imposé à François I^r n'était conforme ni à la raison ni à la justice et, d'ailleurs, il était contradictoire à un autre article du traité qui stipulait la restitution des terres et des biens des proscrits d'en deçà les monts.

La chrétienté tout entière n'était pas moins lésée que le royaume de France, Les conditions du traité étaient telles que l'Empereur, désormais assuré de l'appui du Roi et maître de l'Italie, pourrait entreprendre de s'élever à la monarchie universelle, ce qui était son dessein avoué ; et de là, s'ensuivraient des guerres acharnées entre chrétiens, au grand avantage du Turc, qui ambitionnait la monarchie comme Charles-Quint lui-même et à la puissance duquel le concert des princes chrétiens étaitseul capable de résister. En conclusion et pour toutes les raisons ci-dessus exposées, écrivait le Cardinal, « l'avis de Sa Grâce est (lue le roi de France, pour son honneur, son intérêt et sa sûreté, pour éviter à son royaume, à ses sujets et à toute la chrétienté d'irréparables dommages, ne doit observer en aucune manière le traité de Madrid ; tout au contraire, il lui faudra, autant qu'il sera en lui et que sa mère et ses conseillers sauront l'imaginer, s'efforcer d'obtenir la restitution de ses fils, aussi bien par les voies qui sont spécifiées dans les instructions de sii' Thos. Cheyney que par toutes autres; et dans ce dessein, c'est à savoir celui de délivrer ces otages et aussi de réfréner l'ambition démesurée de l'Empereur, Son Altesse ne manquera pas de l'aider en telle manière que l'on pourra convenir ».

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Le roi d'Angleterre et son Conseil ne s'étaient pas bornés à donner une consultation dogmatique sur les inconvénients du traité de Madrid; ils avaient recherché aussi les moyens pratiques capables d'en assurer la réforme et Wolsey les exposait dans le détail aux représentants anglais. — Une première mesure à prendre, disait-il, était de passer une nouvelle convention aux termes de laquelle chacun des deux Rois s'engagerait à ne jamais traiter avec l'Empereur, sinon de concert avec son allié et en vertu d'un accord préalable ; de plus, le roi de France promettrait de n'observer aucun des engagements pris durant sa captivité, sinon de l'avis et de l'exprès consentement de son frère d'Angleterre. Cette convention garderait toute sa force au cas où Charles-Quint, efïrayé des mauvaises dispositions des Italiens et désireux de mener à bonne fin l'entreprise de son couronnement, offrirait de modérer ses exigences, dans le but de gagner François Jei- et d'obtenir de lui la consommation de son mariage avec M me Éléonore et des secours pour son voyage d'Italie ; car ce ne serait là qu'une proposition décevante, qui, sous de feints avantages, couvrirait les plus graves périls. Permettant k Charles-Quint de réaliser ses projets dans la Péninsule, elle aurait pour résultat de livrer ensuite à sa merci le roi de France et ses États.

La signature sans délai du traité de la Ligue franco-italienne paraissait également indispensable Les Impériaux avaient déjà une grosse armée en Italie et se proposaient de l'augmenter sans retard à l'aide des ressources pécuniaires que mettaient à leur disposition le mariage portugais et les impôts votés par les États de Castille ; il était donc urgent, d'agir avant qu'ils aient pu y pourvoir. Il faudrait stipuler que la confédération avait pour but la liberté des États italiens et l'élargissement des enfants de France contre une rançon convenable ; le soin d'en fixer la quotité serait remis au roi d'Angleterre et on placerait la Ligue sous sa protection, en lui laissant la faculté d'y adhérer quand il lui plairait. — La Ligue serait comprise dans la convention anglo-française de réciproque obligation, c'est-à-dire qu'on marquerait dans cette dernière qu'aucun des deux Rois ne pourrait, sans l'aveu dé l'autre, s'entendre avec l'Empereur au préjudice de la confédération. On y déclarerait aussi que, tant que la Ligue n'aurait pas obtenu pleine satisfaction, Henri VIII ne fournirait aucun secours à l'Empereur sans le consentement de son allié. C'était là, pour le moment, tout ce que l'honneur et l'intérêt permettaient à Sa Grâce de faire. 11 lui fallait attendre en effet un honnête prétexte qui (expliquât son

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changement de politique, et il n'importait pas peu de sauver les deux millions dont l'Empereur lui était redevable, ainsi que les biens et les créances que les Anglais possédaient dans ses États et qui ne montaient pas à une moindre somme.

Aussi bien, afin de préparer sa déclaration éventuelle en faveur des confédérés, le roi d'Angleterre avait l'intention d'adopter la ligne de conduite suivante. — Il enverrait auprès de Charles- Quint un ambassadeur qui, en présence des représentants françaisj lui adresserait une triple requête : d'abord la délivrance des enfants de France contre une rançon en argent, soit, au jugement du Roi, un million ou même davantage; en second lieu, le licenciement de l'armée d'Italie, et, si l'Empereur entendait se rendre en personne dans ce pays, l'assurance qu'il n'en prendrait pas occasion pour attenter à l'indépendance de ses princes ; enfin, l'acquittement des dettes anglaises et la reconnaissance des droits prétendus par Henri VIII sur les royaumes de Castille et de Léon. — Que si Charles-Quint se déclarait prêt à donner pleine satisfaction sur les deux premiers points, Henri VIII consentirait à sacrifier quelques-unes de ses prétentions personnelles ; par exemple, il accorderait des termes pour le paiement de ses créances et il se montrerait accommodant dans l'arrangement des affaires de Castille et de Léon. — Si au contraire l'Empereur répondait par un refus ou par des ouvertures dilatoires, l'ambassadeur anglais aurait l'ordi'e de lui déclarer que son maître se verrait contraint d'accepter la protection de la Ligue franco-italienne, et effectivement, passé un délai de trois mois, le roi d'Angleterre accepterait cette protection.

Toutefois, en ce cas, il serait convenu que Son Altesse n'encourrait d'autre obligation que celle de payer un subside mensuel, qui n'excéderait pas 25.000 écus, et lui serait remboursé ultérieurement. On aurait également soin de lui attribuer sur le duché de Milan la pension annuelle dont il avait déjà été question et on déterminerait la nature de l'aide, probablement pécuniaire, qu'Elle devrait recevoir de ses confédérés pour la défense de son royaume, le recouvrement de ses créances et le soutien de ses droits sur la Castille et Léon. De plus, il serait bon que la Ligue fût déclarée universelle et qu'on y offrît une place à l'Empereur, en même temps qu'on arrêterait les conditions d'une alliance offensive et défensive au cas oià ce prince voudrait attaquer l'Angleterre, ou la France.

Quant à la conclusion présente de la Ligue, Henri VIII et Wolsey avaient tiré promesse du Pape et de la Seigneurie que les pouvoirs

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