TRAITÉ DE COGNAC(22 MAI
l'organe de leurs ambassadeurs, la mise en liberté contre rançon des otages français, et, s'ils ne l'obtenaient, aussitôt l'Italie délivrée, ils fourniraient à François I*"^ un secours de 1000 hommes d'armes, 1.500 chevau-légers et 10.000 fantassins.
De son côté, le roi de France reconnaissait Fr. Sforce comme duc de Milan et s'engageait à lui donner en mariage une princesse de sa famille et à obtenir des Suisses qu'ils se chargeassent de la défense du Milanais. Si le duc mourait ou s'il était déposé, les mêmes avantages seraient faits à son frère Maximilien. En retour, François Sforce serait tenu de servir au Roi une pension annuelle d'au moins 50.000 écus, de pourvoir aux dépenses de son frère Maximilien et de restituer les biens des proscrits et spécialement ceux du comte Albert, de Carpi ; il devait aussi rendre le comté d'Asti à François I*^»',ou, si les confédérés le jugeaient préférable, à son fils le duc d'Orléans.
Quant à Gênes, la seigneurie en reviendrait de même au roi de France, mais le doge Adorno y garderait sa dignité, s'il se ralliait à la Ligue.
Si l'Empereur refusait d'accéder aux demandes des confédérés, même après que ses troupes auraient été expulsées de la Haute- Italie, ceux-ci entreprendraient la conquête du royaume de Naples et le Pape pourrait en disposer à son gré, à charge pour le détenteur de ce royaume de payer à François I^r une pension qui ne saurait être moindre de 75.000 écus.
Deux articles additionnels complétaient le traité. — Le premier réservait les droits de la France sur Naples et une pension de 40.000 écus pour le Pape au cas de la restitution de ce royaume à l'Empereur. — Le second avait trait à la République de Florence, dont un article précédent avait garanti la possession aux Médicis; ilportait que cet État, bien que neutre, jouirait de tous les avantages assurés aux confédérés par le traité.
Enfin, les conditions de l'entrée du roi d'Angleterre dans la confédération faisaient l'objet de l'article suivant :
(( Il est convenu que Sa Majesté sera protectrice et conservatrice de la très sainte Alliance, afin que toutes et chacune des choses contenues dans la présente convention soient observées sincèrement, inviolablement et sans aucune exception. C'est en effet dans cette espérance et sur sa promesse qu'elle en serait non seulement la protectrice, mais encore la principale contractante que les susdits ont décidé de conclure cette très sainte Alliance. Aussi elle est sollicitée et instamment suppliée d'agir en conséquence et d'y
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donner son assontiment. Les confédérés, désireux de montrer leur amour pour Sa Majesté, conviennent que, lorsqu'elle aura adhéré à cette très sainte Alliance et quand les affaires d'Italie seront mises en ordre, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, ils témoigneront leur reconnaissance et donneront à Sa Majesté ou à son très illustre fils naturel pour eux et leurs successeurs, des terres dans le royaume de Naples, portant le titre de duché ou de principauté et rapportant un revenu annuel d'au moins 30.000 ducats, et semblablement ils donneront au Révérendissime Cardinal d'York, à la prudence^ aux labeurs et à la vigilance duquel la République chrétienne tout entière a de grandes obligations, pour lui et ses successeurs, d'autres terres en Italie d'un revenu annuel de 10.000 ducats (1). »
La signature de la Ligue, ainsi que les pourparlers qui l'avaient précédée, avaient eu lieu dans le plus grand secret. On en avait même écarté les ambassadeurs anglais, qui n'avaient aucun pouvoir pour traiter et qui continuaient de solliciter auprès du Roi l'envoi d'une commission autorisant J. Joachim à conclure en Angleterre. Lorsqu'on dépêcha enfin Morette, vers les derniers jours de mai, avec l'ordre d'annoncer au gouvernement anglais l'heureux succès des négociations franco-italiennes, Cheyney et Taylor n'en connaissaient rien encore; aussi prièrent-ils François 1er de confier une commission à cet envoyé. Le Roi leur répondit simplement qu'il n'en était pas besoin (2).
Morette parvint à Londres le 6 juin (3), et quelques jours après arriva de France une copie authentique de la convention du 22 mai (4). Henri VIII et Wolsey ne la désapprouvèrent pas et se montrèrent satisfaits qu'il leur eût été laissé trois mois pour en accepter la protection, mais ils exprimèrent le désir qu'on en modifiât quelques articles. Ainsi, ils demandèrent aux confédérés la
(1) DuMONT, Cod. dipl., t. IV, 1" partie, 451-455.
(2) Rosso à Seigneurie, 25 mai et 1" juin, Brown, m, 1293 et 1298. — Cf. François l'' k Wolsey, s. date, B. M. ms. Cott. Calig. E i, f" (14) 16 et Brewkr, IV, 2147, et Madame à Henri VIII et à Wolsey, ibid. Add. part. of Calig. E I, f" (34) 153, et Calig. E m , f" 8.
(3) G. Spinelli à Seigneurie, 6 juin, Buown, m, 1305.
(4) Le même à la même. 13 juin, ibuL, 1315. — C'était le 3 juin seulement que François I" avait envoyé à Morette la copie du traité de Ligue. Cf. François I";^ Morette, 3 juin, Rec. Off. Brkwkr, iv, 2224.
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promesse de ne pas s'accorder avec l'Empereur que les dettes anglaises ne fussent payées ; ils prétendirent aussi que les terres qu'on leur devait donner en Italie fussent situées dans la Lombardie et non dans le royaume de Naples. Leur conclusion fut qu'un nouveau traité réformé était nécessaire ; et, revenant à leur dessein favori, ils décidèrent qu'il le fallait négocier à Londres et que les ambassadeurs en devaient demander commission à leurs gouvernements (1).
Ces réserves, qui ne paraissent guère indiquer qu'un vif désir de gagner du temps et d'éloigner ainsi le moment des engagements définitifs, n'étaient pas capables d'enlever leur valeur aux stipulations du 22 mai. La Ligue franco-italienne, dont les Anglais avaient fait les premières ouvertures près d'un an auparavant, était conclue sans esprit de retour. Ratifiée le 2 juin par la Seigneurie (2) et le 4 par le Pape (3), elle fut proclamée solennellement le 21 du même mois à Angouléme (4) et le 8 du mois suivant à Rome et à Venise (5).
(1) G. Spinelli à Seigneurie, i:^ et 14 juin et 4 juillet, Brown, m, 1316 et 1339. Lorsque François I"' connut ces exigences, il appela les ambassadeurs italiens au Conseil et les en instruisit. Rosso à Seigneurie, 22 juin, Bhown, m, 1324. — Quelques jours plus tard, ayant reçu de nouvelles lettres d'Angleterre, il dit qu'il consentirait à modifier le traité dans le sens indiqué par Henri VIII, mais qu'il faudrait que celui-ci se déclarât franchement contre l'Empereur. Le même à la même, 7 juillet, ii/rf., 1342. — La Seigneurie fit une réponse analogue. Doge à Foscari, et Sénat à Spinelli, 10 juillet, ibid., 1345, 1347 et 1348. — Pour les négociations suivies postérieurement en Angleterre relativement à l'entrée d'Henri VIII dans la Ligue et au cours desquelles les Anglais recouraient sans cesse à de nouveaux i^rétextes.pour ne pas s'engager, cf. Brown, m, 1349, 1351, 1358, 1371, 1377, 1378, 1379.
(2) J. Casai à Wolsey, 5 juin, Rec. Ofï. Brewer, iv, 2227.
(3) « Heri pontifex habuit capitula fœderis conclu.sa in Gallia, ex quorum reccptione valde laîto animo est, et maxima cum diligentia curavit per litteras apostolicas sub plumbo fœdus hujusmodi cum ipsius capitulis conflrmare, quas litteras per velocissimum cursorem in Galliam mittit. » Ghinucci k Wolsey, 5 juin, B. M., ms. Cotton. Vitel. B viii, f (66) 81, et Brewer, iv, 2226. — Cette ratification, ainsi que celle des Vénitiens, était arrivée le 17 juin à Cognac. Taylor à Wolsey, 18 juin, B. M. ms. Cotton. Calig. D ix. f" (221) 230, et Brewer, iv, 2254.
(4) Procès-verbal de cette proclamation, 21 juin. Rec. Ofï. Brewer, iv, 2267. — Cf. aussi Taylor à Wolsey, 18 juin, B. M. ms. Cotton. Calig. D ix, f- (225) 234, et Brewer, iv, 2257.
(5) Campeggio ;ï Wolsey, 8 juillet, B. M. ms. Cotton, Vitel. B viii, f" (92) 110, et Brewer, iv, 2304. — Doge à Spinelli, lettre datée inexactement du 8 juin et qui est en réalité du 8 juillet, Brown, m, 1311. Cette erreur de Brown devient manifeste lorst^u'on rapproche cette lettre des deux suivantes : Sénat à Spinelli, 10 juillet, n"'^ 1.345 et 1348, et Seigneurie à