‹ La politique extérieure de Louise de SavoieChapitre 15 sur 225 · uupR Ai · texte numérisé non relu

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les Boliici'. H avaii [)oul' mère Jacqueline Boliiei', laiiie des quatre frères Bohier, Jean, évoque de Nevers, Antoine, archevêque de Bourges et cardinal, Thomas et Henri, tous deux Généraux des Finances. Antoine Duprat choisit la carrière judiciaire; après avoir débuté comme lieutenant général au bailliage de Montferrand, il était en 1504 avocat général au Parlement de Toulouse lorsqu'il fut distingué pai' Louis XII qui le fit Maître des Requêtes de l'Hôtel; ainsi approché du Roi et en pied à la Cour, il s'avanc^-a rapidement; il fut nonnné quatrième Président au Parlement de Paris en 1506 ; Tannée suivante, il devint premier Président fl). Vers cette époque, et sans abandonner sa charge, il entra dans la domesticité de la maison d'Angouléme ; Louise de Savoie fit de lui le précepteur de son fils; il compte dès lors au nombre de ses familliers. En 1514, ayant eu des démêlés avec le Garde des Sceaux Et. Poucher.il quitta Paris et se retira à Cognac auprès de Madame. A Favénement de sou élève, il fut amplement dédommagé de cet exil; en Jim vier 1515, François ne reçut les sceaux de Pencher que pour les remettre aussitôt à Duprat qu'il nomma Chancelier (2). On le voit, à la différence de Robertet, Antoine Duprat n'était entré aux affaires qu'avec François fer ; au lieu d'être un homme d'État de carrière, c'était proprement un serviteur de la maison d'Angouléme. A. Duprat n'a pas été plus épargné que Louise de Savoie. On lui a reproché, comme à elle, une avidité excessive. Pour tous les historiens, il est l'âme damnée de Madame, mettant au service de ses rancunes sa rouerie de légiste plus habile que scrupuleux^ toujours prêt aux plus basses besognes, sans conscience et sans pudeur. Nous ne discuterons pas cette opinion ; la moralité de Duprat nous importe peu. Mais il est un point sur lequel nous devons attirer l'attention. Peuton tenir pour certain qu'en 1524-25, le Chancelier ait eu auprès de la Régente une situation aussi prépondérante qu'on l'admet générament ? Une première observation s'impose. Sou nom n'apparaît presque jamais dans les pièces relatives aux négociations anglaises ; à peine le consulte-t-on une ou deux fois, sur des points tout spéciaux et de pure forme, oit sa qualité de Chancelier et ses connaissances juridiques le rendaient particulièrement compétent (3). Duprat n'eut donc point à s'occuper de ces affaires; cela ne saurait

(1) DucHESNE, Histoire des Chanceliers, 563, et Vie du chancelier Duprat, par le marquis Duprat, 14.

(2) Jd.. 563; ihid. 16. 25 à 28; Tessereau, Hist. Citron, de la Chancellerie, I, 79.

(3) En particulier sur la rédaction des traités du 30 août; ses observations à ce propos furent d'aillenrs assez mal reçues de Brinon. Cf. P. J. xix.

1) I TK AT

faire doute. Reste à savoir si cet effacement iio doit pas être aUi'ibué à une diminution de son crédit. La cliose n'est pas inadmissible. Qu'on songe en effet que Duprat était cousin germain des Bohier et (|u'il tenait par eux à la coterie des officiers supérieurs des Finances, aux Bric^'onnet, aux Beaune, aux Ruzé, aux Berthelot, tous alliés aux Bohier par des mariages et unis à eux par une étroite communauté d'intérêts. Or, Madame n'aimait guère les Financiers, qu'elle considérait comme des voleurs. « De 151(î à 1522 », écrit-elle dans le Journal, « mon fils et moi feusmes continuellement desrobés par les Gens de Finances (1). » Les Bohier, en particulier, lui agréaient peu. (( En Novembre 1518 », dit-elle ailleurs, (( le moine rouge Antoine Bohier, parent de nostre Revérendissime Chancelier et des im^xtricables sacrificateurs des Finances, alla de repos en travail hors de ce monde et lors fut faict une fricassée d'abbayes (2). » N'y a-t-il pas quelque malice dans ce rapprochement du Rcvérendissime Chancelier et des inextricables sacrificateurs des Finances ? Ces méfiances de Louise à rencontre des Financiers, que le Roi partagea bientôt, eurent de graves conséquences : au début de l'année 1523, une grande commission fut instituée à l'effet de rechercher et de punir avec la dernière rigueur les malversations des Comptables ; peu après, à la suite de réformes dans l'administration financière, les Généraux, jusque là souverains en matière fiscale, virent leurs pouvoirs singulièrement réduits i3). Ces mesures entraînèrent la mise en accusation, la ruine et parfois la condanniation à mort de plusieurs membres des grandes familles de Finance (4). Est-il permis de croire que Duprat ne ressentit en aucune façon le coup qui frappa tant de ses parents et de ses amis ? Non pas qu'il ait été sur le point d'être privé de sa charge et éloigné de la Cour; rien n'autorise une semblable supposition. Sa disgrâce, si disgrâce il y eut, ne présenta pas une telle

(1) Journal, p. 399.

(3) Cf. Notice de M. de Boismi.e sur Semblançay dans VAnnuaire- Bulletin de la Société de l'Histoire de France, t. xiii. pp. 225-272; et l'Ordonnance du 28 décembre 1523 dans Isambert. Ane. Lois Françaises, xn, pp. 223 et suiv.

(4) Semblançay ne fut pas le seul frappé, ainsi (pi'on le croit généralement. La commission, qui fonctionna pendant plus de dix ans, prononça plusi.MU'S condamnations capitales qui furent exécutées, entre autres à rencontre des Poncher, et frappa la plupart des financiers poursuivis d'amendes énormes. Cf. surtout Ar. Nat. J 958, B. N. ms. Dupuv 623, Bourgeois de Paris, pp. 303-314, 375-376, 401, 409, 427-428, 437, 453-456, 462-463, Chronique de François /", pp. 107-9, 136, 1.39, et Versoris, p. 194.

K; JEAN BKlNOiN

gravité. Elle no lui qu'un refroidissement passager du Roi et de Madame à son égard. Mais, pour léger que dut être cet amoindrissement de sa faveur, il n'en fut pas moins réel (^t il y a lieu d'en tenir compte. Par lui, en effet, s'explique le peu de part qu'il prit aux entreprises de la Régente en Angleterre et en Italie.

Le Chancelier écarté, Robertet reste seul. Personne excepté lui ne mérite le nom de conseiller de Madame. Les mesures prises contre les Financiers ont fait maison nette. Ni Semblançay ni ses collègues les Généraux n'ont conservé d'influence. Les successeurs de ces puissants officiers^ les Trésoriers de l'Épargne, Pli. Babou ou Guill. Preudomme, n'ont pas hérité de leur importance politique : ce sont simplement des administrateurs, confinés dans leur obscure besogne de comptables en chef des deniers royaux. Quant aux grands seigneurs, ils ne tiennent pendant la Régence que bien peu de place. Le duc de Bourbon a trahi ; Boisy, Bonnivet, le bâtard de Savoie, le duc d'Alençon sont morts ; le duc de Vendôme ne quitte pas la Picardie et la frontière du Nord ; Montmorency et Brion, encore jeunes et à l'aurore de leur faveur, sont toujours sur la route de Madrid. — 11 faut donc voir en Robertet l'unique confident des manœuvres diplomatiques de Madame ; à lui, après elle, il convient d'en rapporter la gloire et la responsabilité.

Toutefois, il serait injuste de ne pas parler d'un personnage qui fut intimement mêlé aux événements que nous allons raconter et auquel on doit faire honneur en partie du succès des négociations d'Angleterre, de l'ambassadeur qui fut envoyé auprès d'Henri VIII, (lu Président de Rouen, Jean Brinon.

Ce magistrat diplomate était Parisien, d'une famille établie depuis deux générations au moins sur la paroisse Saint-Séverin. Une généalogie conservée au Cabinet des Titres et dans plusieurs mss. de l'Arsenal (1), lui donne pour auteur un Guillaume Brinon, seigneur de Villaines vers 1400 et qualifié de bourgeois de Paris. Ce qui est certain, c'est que le père et le grand-père du Président de Rouen, appelés tous deux Guillaume, furent l'un et l'autre Procureurs au Parlement et Commissaires examinateurs au Châtelet (2). Le premier, marié à Jeanne Boylesve, fonda, par son testament du 6 mai 147G, la chapelle Saint-Pierre ou des

(1) Mss. Arsenal 4963, f''33 r°; 4974 f" 107 r° ; 5033, p. 143; 5034, p. 159; 5146, tableau 37.

(2) Sur ces deux Brinon et leur chapelle à Sainl-Séverin, cf. B. N. Pièces Originales, dos. Brinon, pièces 3 et 5; ms. Arsenal 5421, pp. 394-396; Ar. Mat. S 3528, LL 942, f 3 et L 728, liasse 8; enHn, Lebœuf, Hist. fin Diorèso do Pai-is, éd. Cochoris-Bonrnon. i, p. 423. note 9.

Trois-Nativités clans l'Église Saint-Séverin. Le second se haussa, paraît-il, jusqu'au rang de Conseiller au Paiiement : nous le voyons ainsi qualifié dans des lettres de décembre 1490 (1). 11 eut pour femme Jeanne Hennequin. De lui naquit aux environs de 1484 le futur ambassadeur eu Angleterre (2). Au lieu d'être Procureur, comme l'avaient été son père et son grand-père et comme le resta son oncle Yves (3), Jean Brinon s'établit avocat au Parlement de Paris (4). Devenu en cette qualité le chargé d'afïaires du duc d'Alençon, il reçut de ce prince le titre de Chancelier de son duché (5). Le duc ayant épousé en 1509 la fille de Louise de Savoie,

(1) Arch. Nat. JJ. 221,û" j356. 11 s'agit bien du père de notre Biinon, car il est dit seigneur de Villaines. Il n'était pas encore Conseiller au 12 septembre 1483, car il ne hgure pas dans les lettres de confirmation données aux Gens du Paiiem(mt à cette date (Ordon. xix, 126-127) et il ne l'était plus en 1498, car il ne figure pas davantage dans les nouvelles lettres de confirmation octroyées par Louis XII le 13 avril 1498 {Op. cit. xxi, 22). Blanchard ne le mentionne pas.

(2) Arg. du Boui-geois de Paris qui nous apprend (p. 341) qu'en 1528 Jean Brinon « avait environ quarante-quatre ans ».

(3) Sur Yves Brinon, cf. B.N. ut sup. pièce 60; ms. Arsenal 5401. p. 394; Ar. Nat. X3a 17 et 18. — Yves fut père de René Brinon, Conseiller au Parlement de Paris de 1525 à 1539, puis Président au Parlement de Bordeaux, et de Guillaume Brinon, avocat au Parlement de Paris. Cf. Blancuard, Cat. des Conseillers, p. 52; les Robertet, n"' 524 et 571; B. N. tit sup. passim, en particulier pièces 11 et 25; Arsenal, mss. et loc cit., en particulier 5146, tableau 38.

(4) Il l'était déjà en 1507. Cf. Ar. Nat. X3' 17. — M. J. Pichon (Notice sur Médan, Bulletin du Bibliophile, an. 1849, ix, 3) a confondu notre Jean Brinon avec un autre Jean Brinon, des Brinon de Saint-André-des-Arts, son cousin, fils d'André, notaire et secrétaire du Roi, et lui-même Conseiller au Parlement de Paris de 1462-1469 à 1514 environ; ce personnage eut pour fils un troisième Jean Brinon, à peu près de l'âge du Président de Rouen, nommé Auditeur des Comptes le 6 février 1505, reçu le 28 août 1518 Maître des Comptes et mort en février 1541 après avoir fondé à Saint-André-des- Arts la chapelle de Saint-Jean-Baptiste. Cf. B. N. ut sup., pièces 4, 6, 7, 17, 63, 64, etms.fr. 26091, f° 66 r»; Arsenal, mss. 4966, f^ 68 et 236, et 5146, tableau 37 ; Ar. Nat. Xla 4842, f 203 v», 4843, f" 183 y", 4850, t" 813 v», 4851, f° 114 v", 8329, f» 276 r°, X3a 13, P 2303, f°' 147-149, L 630, n» 1, pp. 4 à 7, 632, n»^ 27 et 40; Ordonnances, xxi, pp. 22 et 42 (note); Blanchard, ut sup., p. 28; de BoiSLiLE, Hist. des P.P. de la Cit. des Comptes, pièces just., n"* 7 et 39 ; Bertv, Top. hist. de Paris, 171 ; Lebœuf-Cogheris, m, 377.

(5) Dans le Dialogue des Aoocats de Loysel (Divers Opuscules, 456), Du Mesnil est rapporté avoir dit que « quand il vint au Palais, toutes les affaires des Princes et Seigneurs du Royaume passoient par les mains des Advocats jusqu'il estre et prendre qualité de Chancelliers de leurs maisons, nommant feu M. Brinon, Président à Rouen, lequel, estant simple Advooat, estoit Chancellier d'Alençon ». Cette assertion contredit la phrase du Bourgeois de

Jacqueton, Louise de Savoie. 2

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