XXXI. — 22 OCTOBRE
dépesche arrivèrent icy les très mauvaises nouvelles de la grant maladye du Roy et du grant danger de sa vye. Qui furent telles que nous demourasmes presque tous mors pour cinq ou six jours, auquel temps je vous prometz, Madame, que furent faictes tant de prières et oraisons pour sa santé que par adventure il n'y a ville en son royaume qui les passast ; et non seullement cela fut faict faire par nostre très saint Père et des bons serviteurs et amys du Roy, mais encores aucuns de ceulx du party contraire qui s'en monstroient très desplaisans, car jusques aux pierres en ploroient et avoient pitié d'un tel prince. Mais Dieu par sa grâce donna bien tost les bonnes nouvelles d'estre ledit seigneur hors de tout danger et en voye de bien tost guérir, ce que nous feit resusciter de mort à vye et resjouyrent fort nostre très saint Père. Loué en soit Dieu le Créateur et remercyée éternellement sa divine Majesté.
Madame, puisque le Roy n'en peult avoir de toutes sortes plus qu'il en a eu et qu'il a pieu à Dieu le mener jusques à la porte de la mort et le préserver d'icelle, vous devez consoler et estre en tout asseurée, estant passez tous les maulx, que doresenavant il ne peult plus venir que bien et qu'il l'a préservé pour le récompenser et vous aussi de tant, plus de prospérité et contentement et plus que n^ont esté les douleurs et adversitez que avez endurez et qu'il veult faire de luy quelque bien grant chose l'ayant faict passer per igneni et aquam. Et Dieu inspira bien vous et Madame la Duchesse, elle d'aller et vous de l'envoyer au voyage oîi elle est allée, afin qu'elle eust à se trouver au cas de ladite maladye que sa présence devoit estre de merveilleuse consolation et restaurement audit seigneur, voyant auprès de luy l'une des deux personnes que méritement il ayme comme soy mesmes et la plus souveraine médecine qu'on luy eust sceu approprier.
Et ne laisseray, Madame, de vous dire que le danger de ceste maladye du Roy m'a tant eschaufïé le désir de sa délivrance qu'il me feit venir en oppinion autre que je n'estoye quasi auparavant (I) qui estoit qu'il ne se deust pas bailler telles seigneuries ne diminuer, en sorte qui fust. Testât du royaulme de France en la délivrance dudict seigneur, pensant pourtant qu'il seroit délivré en toutes sortes ou par ung moyen ou par ung aultre sans cela. Mais depuys ayant entendu ce dangier, pour l'oster de là, j'eusse voulu que l'on eust tout baillé pour le veoir retiré en liberté en son royaulme ; car, luy délivré, qui est le plus d'estimer que tous les royaulmes et
(1) Commencement du chiffre.