XXXI. — 22 OCTOBRE
seigneuries du monde, le tout se feust peu raccoustrer. Et, Madame, je suys encores en partie de ceste opinion, combien que ledict seigneur soit hors de danger, que, ne se povant faire aultrement pour le tirer dehors que de lascher quelque chose, que l'on ne doibt avoir reguard à cela pour le faire, pour ce que tout ce qui se laisseroit se pourroit recouvrer avec le temps. Car tout se doibt faire pour le mectre en liberté, c'est à scavoir, ou par la voie de l'accord, ou de force faisant la guerre si vivement et de tant de costez à l'Empereur qu'il ait de grâce de le délivrer pour se asseurer et sortir dehors de tant de traveilz et dangiers. Par quoy se doibt venir résolument à Tung ou à l'aultre party sans plus aller en longueur de pratiques ne de parolles. Vray est que la raison vouldroit que l'Empereur, actendu la maladie du Roy et qu'il l'a veu et parlé à luy, seroit, selon que l'on dict et selon l'appoinctement qu'avez faict avec le roy d'Angleterre, qu'il eust humilié et amoUy son cueur à venir à conditions plus raisonnables et telles qu'on a voulu jusques icy. Et ainsi le doinct Dieu. Mais estant autrement, Madame, et ne voulant venir à conditions aucunement raisonnables, se venant à l'exécution des choses qui setraictent icy, il n'en pourra que bien tost sortir l'efîect de mectre le Roy dehors, comme dict est dessuz.
Madame, je ne doubte poinct que aurez sceu la prinse de Hyéronyme Moron que a faicte le marquis de Pesquère, qui a joué au double. Laquelle chose a bien esté trouvée maulvaise à Venise et encores icy ; néantmoins pour cela le bon couraige n'est pas failly aux parties, mais y demeurent plus fermes que jamais. Vray est qu'il ne se fera riens jusques à ce qu'on ayt vostre responce et résolution, sans laquelle bien asseurée il n'y a celuy qui vueille entrer en dance; mais, estant les choses descouvertes aux termes qu'elles sont, toutes les parties de deczà sont délibérées sans plus difïérer, ou prendre l'appoinctement en la meilleure forme qu'ilz pourront, ou venir à l'exécution vivement, faisans vous ce que dernièrement je vous ai escript. Par quoy. Madame, vous voyant au temps et les choses là où elles sont venues, il sera bon estre vostre plaisir mander le plus tost que sera possible vostre finale résolution ou de l'ung ou de l'aultre, avec la forme de l'asseurance que vous vouldrez pour ce faire (1).
Madame, nouvelles sont venues du Légat qui alla en Espaigne à nostre très saint Père : qui luy mande de l'honneur avec lequel
(1) Fin du chiffre.